Comment les FSI parviennent-elles à maintenir l’ordre malgré la crise?
©Ici Beyrouth

Incidents armés localisés, tensions sociales, pression migratoire et crispations politiques… Tant d’éléments qui constituent les conséquences directes d’une guerre dans laquelle le Hezbollah a entraîné le pays et qui font que les Forces de sécurité intérieure (FSI) se retrouvent, une fois de plus, en première ligne. À l’ombre des développements sécuritaires, la police libanaise doit plus que jamais composer avec une équation désormais devenue familière: maintenir l’ordre dans un État fragilisé, avec des moyens contraints et des attentes croissantes.

C’est dans ce contexte que le ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, a déclaré, mardi matin depuis le palais de Baabda, suivre avec le président de la République, Joseph Aoun, l’ensemble des développements, en particulier sur le plan sécuritaire, lui présentant les mesures prises par les forces de sécurité à travers le pays.

Il a insisté sur la nécessité de renforcer la présence sécuritaire sur l’ensemble du territoire, conformément aux directives présidentielles visant à rassurer la population et à protéger les citoyens, rappelant que l’État demeure leur seul refuge. La question du poste-frontière de Masnaa, évacué après un avertissement israélien samedi soir, a également été abordée, des contacts étant en cours pour une réouverture prochaine. Il convient de souligner que le point de passage de Masnaa constitue le corridor terrestre le plus stratégique entre le Liban et la Syrie. Il joue un rôle central dans les échanges commerciaux bilatéraux et représente, pour le Liban, l’axe principal de connexion routière avec son environnement régional.

Le ministre a, en outre, mis en avant le rôle clé des municipalités, en coordination avec les Forces de sécurité intérieure, l’armée et les services de renseignement, soulignant que toutes les régions, sans distinction, font l’objet du même suivi afin d’éviter de nouvelles dérives sécuritaires.

«Ce n’est pas la première fois que nous devons faire face à un tel défi», affirme un responsable au sein des FSI, interrogé par Ici Beyrouth. «Les problèmes sécuritaires au Liban sont récurrents et, à chaque fois, nous parvenons à surmonter les obstacles, à contrôler la situation et à rétablir la sécurité», poursuit-il. Derrière cette constance affichée, une réalité plus nuancée se dessine: celle d’une institution sollicitée sur tous les fronts, sommée de faire plus avec moins.

Une présence sous contrainte

Avec un effectif estimé à environ 25.000 hommes, les FSI constituent l’ossature policière du pays. Un chiffre stable en apparence, mais qui masque des défis structurels. «Le besoin principal reste l’effectif», reconnaît notre interlocuteur, évoquant également des lacunes logistiques persistantes. Véhicules, équipements, capacités techniques constituent autant de ressources mises à rude épreuve dans un contexte de crise prolongée.

La répartition des forces sur le territoire libanais obéit, en principe, à des critères démographiques et opérationnels, comme l’explique le responsable au sein des FSI.

Beyrouth, en tant que capitale densément peuplée, concentre naturellement une part importante des effectifs, tout comme les grandes agglomérations. Il n’en demeure pas moins que les impératifs sécuritaires imposent aussi une présence dans des zones plus sensibles, notamment à proximité des zones où sont logés aujourd’hui les réfugiés internes ou dans certaines régions périphériques. «La distribution est relativement équitable, mais elle dépend des réalités du terrain», précise, dans ce contexte, l’officier. Patrouilles mobiles, déploiements ponctuels, renforts ciblés: la gestion des ressources se fait au cas par cas, au gré des tensions.

Une baisse relative de la criminalité

Paradoxalement, alors que le sentiment d’insécurité semble s’ancrer dans l’opinion publique, les indicateurs avancés par les FSI suggèrent une tendance inverse. Selon les premières données internes, une baisse de la criminalité aurait été enregistrée en mars 2026 par rapport à mars 2025, et ce «dans tous les domaines». Des chiffres détaillés devraient être communiqués ultérieurement, mais cette évolution, si elle se confirme, témoigne d’une capacité de résilience opérationnelle.

Cette apparente contradiction entre perception et statistiques s’explique en partie par la nature des incidents récents, souvent spectaculaires et fortement médiatisés, mais pas nécessairement représentatifs d’une hausse généralisée de la délinquance. Elle souligne aussi un enjeu central pour les FSI: restaurer la confiance, autant que l’ordre.

Une institution pivot de la sécurité intérieure

Placées sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, les Forces de sécurité intérieure constituent la police nationale au sens plein du terme. Leur champ d’action couvre la criminalité ordinaire, les enquêtes judiciaires, le maintien de l’ordre, la sécurité routière, la lutte contre les stupéfiants, la surveillance des sites sensibles et la protection des institutions publiques et diplomatiques.

Leur organisation repose sur une architecture complexe et complémentaire. L’Inspection générale veille à la discipline interne et au respect des lois. L’Institut des FSI assure la formation continue des agents, dans un contexte où la professionnalisation reste un enjeu clé. L’État-Major, de son côté, joue un rôle stratégique dans la planification et la coordination des opérations.

Sur le terrain, plusieurs branches se partagent les missions:

- Les unités de gendarmerie mobile interviennent en renfort lors des opérations de maintien de l’ordre d’envergure.

- La gendarmerie territoriale assure une présence dans l’ensemble des régions, tandis que la police de Beyrouth se concentre sur la capitale.

- La police judiciaire, enfin, constitue un pilier essentiel, avec ses divisions spécialisées – police scientifique, unités de lutte contre la criminalité, brigades d’enquête – chargées des dossiers les plus sensibles. 

À ces missions s’ajoutent celles, plus discrètes mais cruciales, de la protection des ambassades, des administrations publiques et des infrastructures critiques.

Dans un Liban en crise, les Forces de sécurité intérieure apparaissent ainsi comme une institution à la fois éprouvée et indispensable. Leur capacité à «tenir», malgré l’usure et les contraintes, constitue l’un des derniers remparts d’un État en quête de stabilité. Cette résilience a, toutefois, un coût aussi bien humain, que matériel et institutionnel et qui, à terme, pose une question inévitable: jusqu’où les FSI pourront-elles continuer à compenser les fragilités du système ?

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