Les prix des générateurs repartent à la hausse… et le rationnement refait surface. Les causes sont multiples, mais le constat reste inchangé: l’électricité 24 heures sur 24 demeure hors de portée. Symbole de cette dégradation, les abonnements dits «Gold» — ces formules premium garantissant une alimentation continue — ont été suspendus par la plupart des fournisseurs privés.
Dans le même temps, la situation d’Électricité du Liban (EDL) se détériore. Sa capacité à assurer un minimum de fourniture s’érode progressivement. La collecte des factures est à l’arrêt total depuis février 2026, après un mois de janvier déjà marqué par l’absence des agents chargés du recouvrement.
Ce dysfonctionnement relance les critiques sur le système mis en place depuis 2012, lorsque EDL avait confié la facturation et une partie de la gestion du réseau à des opérateurs privés, les «Distribution Service Providers» (DSP). Depuis, ces prestataires sont régulièrement accusés de ne pas remplir pleinement leurs obligations contractuelles, alimentant un peu plus la dérive d’un secteur électrique en crise chronique.
Qu’on ne rêve plus de courant continu
Le rationnement électrique n’a surpris personne. Face à la crise énergétique mondiale, le Liban ne pouvait y échapper, d’autant que son secteur électrique est déjà en grande difficulté.
La situation risque même de se détériorer davantage. Le Hezbollah, milice pro-iranienne, entraîne le pays dans des guerres absurdes — l’une de soutien à Gaza, l’autre de soutien à l’Iran — sur une période de près de quinze mois, accentuant la pression sur l’État et ses infrastructures.
Pour Électricité du Liban (EDL), le plan progressif d’amélioration de l’alimentation en courant subit un coup d’arrêt quasi fatal. Entre décembre 2025 et mi-février 2026, il était encore possible d’assurer 10 à 12 heures d’électricité par jour dans le périmètre du Beyrouth administratif et de ses banlieues, avec une collecte des factures atteignant 100% selon le Conseil d’administration.
Aujourd’hui, les revenus d’EDL sont quasiment inexistants. Dans ce contexte, il ne faut plus espérer d’électricité continue, ni pour le présent, ni pour le moyen terme.
Budgets des ménages sous pression
Face à la flambée des coûts, les ménages n’ont plus de marge de manœuvre. Bilal, propriétaire d’un générateur de quartier, annonce déjà la couleur: il s’apprête à rationner les heures d’alimentation pour les abonnés au compteur. En cause, une hausse inévitable des factures que nombre de foyers risquent de ne plus pouvoir assumer. Selon ses estimations, une facture mensuelle de 35 dollars pourrait tout simplement doubler.
Une réalité dont les opérateurs eux-mêmes disent être conscients. Interrogé par Ici Beyrouth, le président du syndicat des propriétaires de générateurs, Abdo Saadé, critique une tarification jugée inadaptée. «La grille du ministère de l’Énergie et de l’Eau n’est pas équitable. L’augmentation officielle de 45 cents ne tient pas compte des coûts de maintenance ni de la main-d’œuvre», souligne-t-il. Une réponse attendue.
Dans ce contexte, certains tentent d’amortir le choc. Les propriétaires de générateurs acceptent désormais des abonnements limités à un ou deux ampères, présentés comme un geste de solidarité face à l’urgence.
Au bout du compte, c’est une évidence qui s’impose: la guerre précipite le pays dans le chaos énergétique, et ce sont les ménages qui en paient le prix fort.




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