Amana Petroleum Company: une entreprise sous haute surveillance
©Amana

Amana Petroleum Company – plus connue sous le nom d’Amana – est officiellement une société de distribution de carburants opérant au Liban depuis 2005. Pourtant, son inscription sur les listes de sanctions américaines, conjuguée à sa présence récurrente dans des rapports sécuritaires, géopolitiques et médiatiques, a progressivement alerté l’opinion publique.

Dans ce contexte, l’entreprise dépasse largement le simple cadre d’un acteur commercial classique. En effet, Amana est souvent présentée comme un maillon d’un écosystème économique plus large, directement ou indirectement lié au Hezbollah.

Un ancrage territorial révélateur

Cette lecture est renforcée par l’implantation géographique du réseau. Le déploiement d’Amana n’a rien d’anodin : toutes ses stations-service sont situées dans des zones sous influence du Hezbollah, la milice pro-iranienne. Si l’entreprise y fournit du carburant aux populations locales, elle ne constitue toutefois pas l’unique source d’approvisionnement, ce qui relativise son rôle purement économique.

Dans le même temps, les données opérationnelles de l’entreprise témoignent d’une structure particulièrement organisée. Selon ses propres chiffres, Amana dispose de 45 stations-service, de 7 camions-citernes, de 37 pick-up et de 15 centres de distribution de diesel. Une telle infrastructure logistique traduit une capacité opérationnelle significative — capacité qui prend tout son sens lorsqu’on la replace dans le contexte de la crise énergétique qu’a traversée le Liban.

Un rôle clé durant la crise énergétique

C’est précisément durant cette crise, en 2021, que le rôle d’Amana a gagné en visibilité. Plusieurs reportages audiovisuels ont ainsi mis en lumière sa flotte, impliquée dans l’importation et la distribution de diesel iranien au Liban.

Parallèlement, cette même flotte a été accusée d’avoir servi de canal informel pour l’acheminement de carburant vers la Syrie, notamment durant la période de subvention des produits pétroliers par l’État libanais. Ce phénomène aurait contribué à l’érosion des réserves en devises du pays, déjà fortement fragilisées, renforçant ainsi les critiques à l’égard du rôle économique de l’entreprise.

Une double fonction : commerciale et stratégique

Dès lors, l’activité d’Amana apparaît sous un jour plus ambivalent. Derrière son apparence d’acteur économique classique, l’entreprise remplirait une double fonction. D’une part, elle générerait des revenus substantiels au profit du Hezbollah ; d’autre part, elle constituerait une infrastructure logistique susceptible de soutenir ses opérations, notamment via l’approvisionnement en carburant de ses véhicules.

Cette dimension hybride éclaire, en partie, les dynamiques régionales dans lesquelles l’entreprise s’inscrit.

Pourquoi Israël cible-t-il Amana ?

Dans cette optique, les frappes répétées menées par Israël contre les installations d’Amana dans les régions sous influence du Hezbollah prennent une signification particulière. Elles suggèrent qu’il ne s’agit pas d’objectifs civils ordinaires, mais bien de cibles à caractère stratégique.

Depuis le 23 mars, ces attaques se sont intensifiées. À titre d’exemple, la municipalité de Choueifat, située à une quinzaine de kilomètres de Beyrouth, a annoncé, en coordination avec la direction de l’entreprise, la fermeture d’une station-service locale opérant sous le label Aman pour des raisons de sécurité.

Selon Hussein Ibish, chercheur principal à l’Arab Gulf States Institute in Washington, cité par « The Wall Street Journal », ces frappes visent à affaiblir le Hezbollah en tarissant ses sources de revenus tout en exerçant une pression directe sur sa base sociale. « Ces frappes constituent un moyen de pression en ciblant ses actifs économiques et en fragilisant la situation financière des populations dont il dépend », explique-t-il.

Des sanctions américaines ciblées

Cette perception d’Amana comme acteur à dimension stratégique se reflète également dans les mesures prises par Washington. Amana Petroleum Company figure en effet sur la liste noire du Département du Trésor américain depuis le 26 février 2020, dans le cadre des « Global Terrorism Sanctions Regulations ».

Accusée de soutien à des activités terroristes, l’entreprise fait l’objet de mesures strictes, notamment le gel de ses avoirs sous juridiction américaine et l’interdiction de toute transaction avec des ressortissants américains, conformément à l’Executive Order 13224.

Plus largement, ces sanctions s’inscrivent dans une stratégie visant un ensemble d’entités et d’individus libanais soupçonnés de liens avec le Hezbollah ou la « Martyrs Foundation », considérés par Washington comme des composantes de son réseau financier.

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