Les Houthis du Yémen entrent dans la guerre, quelles conséquences?
Des hommes portent un faux missile lors d'un rassemblement d'étudiants et de professeurs d'université dénonçant les frappes sur le Yémen et en solidarité avec les Palestiniens, dans la capitale Sanaa, contrôlée par les Huthis, le 25 décembre 2024. ©Mohammed Huwais / AFP

Un nouvel acteur dans une guerre aux multiples fronts: les rebelles houthis du Yémen, alliés de l'Iran, ont attaqué samedi Israël pour la première fois depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Voici les répercussions possibles.

Depuis un mois, les Houthis, qui contrôlent de larges pans du Yémen et sa capitale Sanaa depuis 2014, ont affiché leur soutien aux Iraniens face à l'offensive israélo-américaine.

Et après avoir menacé plusieurs fois d'intervenir, ils sont passés à l'acte samedi, en disant avoir visé des «sites militaires sensibles» israéliens, après qu'Israël a annoncé avoir détecté des missiles tirés du Yémen.

Leur entrée dans le conflit «marque une escalade grave» et risque d'avoir «avec des conséquences majeures», notamment pour la stabilité régionale et le commerce mondial, résume pour l'AFP Farea Al-Muslimi, chercheur du programme de Chatham House pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

«Rendre la pareille»

Les Houthis ont probablement «tout fait pour rester en dehors de cette guerre, ils savent bien que cela ne leur amènera rien de bon. Mais ils ont dû, en fin de compte, rendre la pareille à l'Iran», qui les a soutenus depuis des années, avance Farea Al-Muslimi.

Pour cette première frappe, ils ont ciblé Israël, comme ils l'avaient régulièrement fait en soutien aux Palestiniens pendant la guerre à Gaza, pas les intérêts américains dans les riches monarchies du Golfe.

Un message «clair» adressé à l'intérieur du Yémen et aux alliés de l'extérieur: «la priorité, c'est toujours la cause palestinienne», analyse le cabinet américain de conseil en risques Basha Report sur X.

«En même temps, ils disent aux États-Unis et à l'Arabie saoudite qu'ils ne les visent pas, en tout cas pas pour l'instant».

L'étape d'après, estime encore Basha Report, serait donc plutôt de s'en prendre au commerce maritime dans la région plutôt qu'à des cibles américaines, afin de «faire pression mais sans franchir une ligne qui pourrait entraîner une réponse directe» des États-Unis qui les ont déjà visés par le passé.

Un deuxième détroit stratégique en péril

Les Houthis ont depuis leurs positions montagneuses sur la mer Rouge la possibilité d'y perturber sérieusement le trafic maritime avec des drones et des missiles, comme ils l'ont montré pendant la guerre à Gaza en ciblant des navires liés selon eux à Israël.

Ils peuvent notamment entraver la circulation dans le détroit de Bab el-Mandeb. Ce couloir maritime, l'un des plus empruntés au monde, est devenu encore plus essentiel dans cette région stratégique pour le pétrole mondial depuis le verrouillage par l'Iran, de l'autre côté de la péninsule arabique, du détroit d'Ormuz.

Les pétroliers et navires commerciaux en provenance de l'océan Indien passent par là pour emprunter la mer Rouge puis le canal de Suez, où ils débouchent sur la mer Méditerranée, et vice versa, la seule alternative étant de contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

Si ce passage est à son tour compromis, les marchés mondiaux déjà fragilisés en seraient à nouveau ébranlés. Et l'Arabie saoudite risque de ne pas laisser faire.

Le risque d'un basculement de l'Arabie saoudite

Avec le blocage d'Ormuz, l'Arabie saoudite a vu les pétroliers se diriger vers ses terminaux d'exportation côté mer Rouge, sur le port de Yanbu.

Mais c'est la dernière route dont elle dispose pour faire sortir son pétrole. Si elle n'est plus praticable, le royaume pourrait abandonner sa position actuelle où il se contente d'intercepter les missiles et drones iraniens tombant quasi-quotidiennement sur son sol, et désormais envisager des «représailles, même limitées», indique à l'AFP Hesham Al-Ghannam, expert saoudien en sécurité.

Et d'une escalade dans la région

Dans leur discours, les Houthis laissent planer la menace de frappes sur leurs voisins du Golfe. Et comme le remarque Farea Al-Muslim, «ils sont encore plus près et mieux placés que l'Iran» pour frapper les infrastructures saoudiennes, ce qu'ils ont déjà fait par le passé, et les bases militaires occidentales dans le Golfe.

Avec des conséquences potentiellement «dévastatrices», selon le chercheur, notamment un risque élevé de nouvelle «confrontation directe» entre les Houthis et l'Arabie saoudite, en guerre entre 2015 et 2022, date d'une trêve pour l'heure respectée.

Et un risque de nouvelles victimes civiles. Si le Yémen, déjà durement touché par le précédent conflit, devait replonger dans la guerre, les conséquences seraient dramatiques, assure-t-il.

AFP

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