Quand la musique transcende les divisions: Ahmad Kaabour
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Ahmad Kaabour est décédé. Chanteur emblématique des nationalistes arabes et des forces du Mouvement national pendant les années de guerre, sa voix et son humanisme ont réussi à franchir les barrières confessionnelles et régionales pour toucher les jeunes et les moins jeunes de toutes les régions. Il a ensuite incarné l’ère de la reconstruction dans les années 1990, notamment auprès de Rafic Hariri, pour qui il dirigera le département artistique de la chaîne Future TV, empruntant le chemin d’un arabisme moderne qu’il percevait comme une continuité de l’arabisme pour lequel il avait milité, tout en cherchant à dépasser les frontières que cet arabisme avait érigées et à s’ouvrir à l’autre, même si cette ouverture n’était pas toujours acquise.

Cette démarche culminera en 2005, lorsque, pour la première fois dans l’histoire contemporaine du Liban, des Libanais de toutes confessions et de tous horizons se sont réunis pour demander la fin de l’occupation syrienne du Liban du régime de Bachar el-Assad, symbole des dictatures qui ont commis tant de crimes au nom de l’arabisme et qui ont bâti leur pouvoir sur le sang et l’oppression de leurs citoyens. Sa voix devint alors le symbole d’une jeunesse unie, tous bords confondus, luttant pour la liberté de son peuple. Je me souviens de mes camarades et moi, étudiants de droite à l’époque, et de la force de ses chansons, qui nous ont touchés au-delà de nos convictions politiques, rappelant que l’art peut dépasser toutes les divisions.

Ahmad Kaabour s’en est allé hier, après une longue lutte contre la maladie dont les effets s’étaient fait sentir lors de son dernier concert à l’Assembly Hall de l’AUB, touchant profondément l’assistance et le public, qui avait suivi ces images sur les réseaux sociaux. Il laisse derrière lui, comme ceux qui l’ont précédé, le souvenir d’immenses espoirs et d’un humanisme dont le Liban a tant besoin.

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