Quand le Hezbollah se pose en victime…
©Ici Beyrouth

Face à ses revers militaires, à une défaite de plus en plus difficile à dissimuler et à la dévastation du Liban-Sud, le Hezbollah semble aujourd’hui exceller dans un seul exercice: celui du deux poids, deux mesures.

La formation pro-iranienne donne l’impression de parier sur l’amnésie des Libanais. Dès que le rapport de force lui devient défavorable, il se drape dans les habits de la victime, oubliant opportunément le rôle de bourreau qu’il a longtemps endossé.

Les exemples récents ne manquent pas. L’affaire Ali Berro en est une illustration frappante. Ce jeune homme, au ton outrancier, s’en est pris à la profession journalistique, multipliant menaces et insultes sur ses plateformes. Mais sitôt arrêté, le Hezbollah et ses alliés se sont empressés d’invoquer la sacralité de la liberté d’expression.

Qu’en est-il, pourtant, de cette même liberté lorsqu’il s’agit de ses opposants? Le Hezbollah a-t-il jamais accepté la contradiction dans un cadre démocratique? Rien n’est moins sûr.

L’histoire récente montre qu’il n’a guère recours à la justice pour trancher les différends. Peut-être par défiance à son égard. Ou peut-être parce que certains de ses responsables, à l’instar de Wafiq Safa, semblent se considérer comme les véritables maîtres du jeu judiciaire. Dans les faits, les voix dissidentes sont bien plus souvent réduites au silence par l’intimidation, voire par la violence.

Le cas de Lokman Slim reste, à cet égard, emblématique. Opposant déclaré au Hezbollah, il n’a jamais été traduit devant les tribunaux. Il a été assassiné en plein jour. Après sa mort, des récits fallacieux ont tenté de le présenter comme collaborateur, cherchant moins à établir la vérité qu’à justifier l’injustifiable. Poussé à l’extrême, un tel raisonnement reviendrait à ériger la violence en mode de règlement des différends — une perspective que tout État de droit ne peut que rejeter.

Autre illustration de ce double discours: la gestion du pouvoir. Durant deux décennies, le Hezbollah a exercé une influence déterminante, imposant ses choix au détriment du fonctionnement normal de l’État, souvent au service de ses intérêts et de ceux de ses alliés.

Lorsqu’il décidait, il contraignait. Il intimidait. Il imposait.

Aujourd’hui, après le retrait de l’agrément de l’ambassadeur iranien désigné à Beyrouth par le ministre des Affaires étrangères Youssef Rajji, le même Hezbollah se pose en victime. Il agite la menace d’une démission gouvernementale, de recourir à la rue, voire de désobéissance civile.

Il faut rappeler qu’il fut, hier encore, le promoteur de slogans tels que «l’armée, le peuple et la résistance», tout en interdisant toute solidarité avec le peuple syrien et en engageant ses combattants aux côtés d’un régime aujourd’hui déchu. Dans le même temps, il n’a cessé de multiplier les attaques verbales contre plusieurs pays arabes allant de l’Arabie saoudite au Koweït, en passant par la Jordanie ou Chypre.

Si le camp souverainiste avait adopté les mêmes méthodes, il aurait pu, lui aussi, expulser des ministres, rompre des relations diplomatiques ou répondre par l’escalade verbale. Il n’en a rien été. Ce camp s’est tenu, pour l’essentiel, aux règles constitutionnelles et au cadre institutionnel, sans menacer d’autres États ni verser dans les outrances.

Et pourtant, aujourd’hui, la situation est présentée comme une crise existentielle — simplement parce qu’un ambassadeur a été traité conformément à l’intérêt national et aux conventions de Vienne.

Au fond, le Hezbollah semble prisonnier de sa propre logique: dominateur lorsqu’il est en position de force, victime dès que l’équilibre vacille. Entre ces deux postures, il ne laisse guère de place à la nuance.

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