Drones kamikazes, robots terrestres, opérations éclairs, tunnels souterrains… Au Liban-Sud, les tactiques de guerre ont changé. Entre le Hezbollah et Israël, le conflit ne ressemble plus à celui qui secouait la frontière en 2023. Il s’éloigne même progressivement des schémas militaires observés au début de l’année 2025.
Depuis mars 2026, les affrontements sont entrés dans une nouvelle phase, plus technologique, plus mobile, mais aussi plus imprévisible. Sur le terrain, les méthodes évoluent rapidement, les lignes rouges se brouillent et les deux camps adaptent désormais leurs stratégies à une guerre où les drones miniatures, les frappes ciblées et les opérations de précision prennent peu à peu le pas sur les confrontations classiques. Quelles sont ces nouvelles tactiques? Quelles armes ont fait leur apparition? Et surtout, que révèlent ces changements des objectifs militaires réels de chaque camp?
Les nouvelles méthodes de combat du Hezbollah
Du côté du Hezbollah, l’évolution la plus marquante concerne l’utilisation croissante des drones FPV à fibre optique. «Peu coûteux, parfois assemblés localement à partir de composants commerciaux ou de pièces imprimées en 3D, ces appareils se sont progressivement imposés comme l’une des principales menaces pour les unités israéliennes opérant au Liban-Sud», explique-t-on à Ici Beyrouth de source sécuritaire.
À la différence des drones conventionnels, ils ne reposent pas sur les fréquences radio classiques. .«Reliés à leur opérateur par un câble extrêmement fin en fibre optique, ils échappent en grande partie aux systèmes de brouillage électronique israéliens, ce qui les rend particulièrement difficiles à neutraliser en vol», souligne-t-il.
Cette évolution modifie profondément les rapports de force sur le terrain. Désormais, un drone valant quelques centaines de dollars peut suffire à endommager, voire neutraliser, un blindé coûtant plusieurs millions. Néanmoins et au-delà de son aspect matériel, l’enjeu est d’abord et avant tout psychologique. En maintenant une menace constante au-dessus des soldats israéliens déployés près de la frontière ou dans les villages du sud, ces drones instaurent un climat d’insécurité permanente. «Même après une première frappe, la possibilité qu’un second appareil surgisse quelques secondes plus tard demeure omniprésente», note notre interlocuteur. Une dynamique qui pousse plusieurs analystes militaires à parler d’une véritable «ukrainisation» du front libanais.
Si les impacts sont tels que nous les avons énumérés plus haut, les motifs derrière le recours à ces drones sont moins glorieux. En effet, l’affaiblissement des axes logistiques iraniens transitant par la Syrie, combiné aux difficultés d’acheminement d’armements lourds, a contraint le Hezbollah à se tourner vers des armes simples, bon marché, facilement reproductibles et capables d’épuiser l’adversaire dans la durée.
«Le Hezbollah continue certes de recourir à ses missiles antichars, à ses roquettes et à ses drones explosifs conventionnels. Leur emploi s’inscrit toutefois dans une logique désormais différente», précise-t-on de source susmentionnée. Il ne s’agit plus, selon elle, de privilégier des confrontations frontales massives, mais plutôt des opérations de harcèlement, de précision et d’attrition destinées à maintenir une pression continue sur les forces israéliennes. Une transformation à laquelle Israël a, lui aussi, commencé à répondre par une adaptation progressive de ses propres méthodes de combat.
La nouvelle tactique militaire israélienne
Face à cette évolution des méthodes du Hezbollah, l’armée israélienne adapte à son tour sa manière de combattre. Depuis mars, les opérations menées au Liban-Sud se veulent plus rapides, plus ciblées et surtout beaucoup plus intégrées technologiquement. «Dans plusieurs zones situées au sud du Litani, les unités israéliennes ont commencé à recourir à des robots terrestres afin d’avancer dans des secteurs soupçonnés d’être piégés ou placés sous surveillance par le Hezbollah», indique-t-on de même source. Ces engins sont utilisés pour inspecter des bâtiments, détecter des explosifs ou encore pénétrer dans des tunnels sans exposer directement les soldats.
Parallèlement, l’armée israélienne semble progressivement élargir son champ d’action au nord du Litani. Depuis plusieurs jours, des opérations terrestres limitées y sont menées dans le but affiché de neutraliser des cellules de mortiers ainsi que des réseaux tactiques souterrains.
Dans le même ordre d’idées, les assassinats ciblés se multiplient également. Début mai, Israël a frappé la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis le cessez-le-feu d’avril. Depuis, plusieurs opérations similaires ont été signalées dans différentes régions libanaises. La plus récente remonte à ce mercredi matin, lorsque des véhicules ont été visés sur la route de Jiyé.
Sur le terrain, les deux camps modifient ainsi profondément leurs habitudes de combat. «Le Hezbollah évite autant que possible les regroupements massifs de combattants, tandis qu’Israël cherche à réduire son exposition terrestre prolongée», affirme l’expert interrogé, sous couvert d’anonymat. Chacun tente désormais de frapper vite, précisément et à distance. Le front se fragmente progressivement en micro-zones mouvantes où le drone remplace parfois l’artillerie classique et où la caméra embarquée devient presque aussi stratégique que la charge explosive elle-même.




Commentaires