Les premiers interrogatoires menés par les services de sécurité à la suite de son arrestation, ainsi que les aveux qu’il a clairement formulés, indiquent que «Ahmad M.» incarne l’un des modèles les plus dangereux d’agents recrutés par Israël, dans lesquels le Mossad a investi pendant des années. Les résultats de ces opérations se sont traduits par des assassinats, des éliminations ciblées et la destruction d’infrastructures appartenant au Hezbollah et à ses proches, tant au Liban-Sud que sur l’ensemble du territoire libanais.
Un parcours discret, étalé sur plusieurs années, de l’Italie à l’Allemagne puis jusqu’en Israël, témoigne des efforts déployés par le Mossad israélien pour recruter ce ressortissant libanais, «Ahmad M.», devenu un atout jugé particulièrement rentable au regard des nombreux objectifs sécuritaires atteints.
Il s’est ainsi imposé comme un «agent de confiance», exécutant fidèlement les ordres de ses recruteurs et accomplissant avec rigueur les missions qui lui étaient confiées: repérage de sites et de positions du Hezbollah, localisation de dépôts d’armes, et transmission de coordonnées d’installations de fabrication de drones. Il n’a pas épargné les habitants de son village d’Ansar, à Nabatiyé, en particulier ceux affiliés au Hezbollah, qui ont été pris pour cibles lors de frappes aériennes et d’opérations de liquidation.
L’agent d’Ansar n’est ni le premier ni le dernier infiltré par Israël au sein du Hezbollah. Les premières investigations, corroborées par ses aveux devant la juge d’instruction militaire Ghada Abou Alouane, montrent qu’ «Ahmad M.» faisait partie des agents les plus dangereux, impliqué dans des assassinats ciblés et la destruction d’infrastructures du Hezbollah et de ses proches à travers tout le Liban.
L’acte d’accusation, publié en exclusivité par Houna Loubnan, révèle des épisodes particulièrement graves du rôle joué par cet individu, ayant entraîné des victimes dans le Liban-Sud.
Informations personnelles
Selon les informations disponibles, le 27 janvier 2026, «Ahmad M.» a été arrêté sur la place de Nabatié par les services de renseignement libanais, après avoir été repéré puis placé sous surveillance. Cette arrestation est intervenue dans le cadre de suivi de mouvements suspects liés aux services de renseignement israéliens, révélant des contacts directs avec le Mossad. Deux téléphones portables ont été saisis lors de son interpellation, dont l’un équipée d’une carte SIM italienne. Lors de son interrogatoire, Ahmad M. a reconnu qu’en janvier 2020, une personne l’avait contacté via Messenger se présentant sous le nom de Rami Mourad, originaire de Zahlé. Ce dernier lui avait proposé une collaboration, qu’il avait acceptée, lui transmettant de ce fait ses informations personnelles ainsi que ses comptes électroniques.
Un mois plus tard, cette personne l’a recontacté via WhatsApp, affirmant travailler dans le domaine de la comptabilité et disposer de réseaux en Europe susceptibles de collaborer avec lui dans des activités commerciales. Il lui avait alors demandé de rester disponible en vue d’opportunités futures.
Affiliation politique et partisane
Ahmad M. a précisé avoir été ensuite contacté via WhatsApp par un numéro étranger, par une personne se présentant comme Michael Lima, de nationalité brésilienne. Celui-ci s’était présenté comme l’employeur évoqué par Rami Mourad, souhaitant lancer une activité commerciale. Il lui avait alors demandé des informations personnelles le concernant, ainsi que sur sa famille.
Début 2021, Michael Lima a repris contact avec Ahmad M., après son retour en Italie s’enquérant de sa situation familiale, de son affiliation politique, ainsi que du contexte politique et sécuritaire au Liban, notamment de la présence du Hezbollah dans sa région natale du sud. Les échanges se sont poursuivis jusqu’à ce que Rami Mourad, en coordination avec Michael Lima, lui propose une rencontre en Italie. Celle-ci a eu lieu début août 2021 à Turin, sur la place Castello, durant environ trois heures, et a porté principalement sur les perspectives de collaboration avec Michael Lima.
Rencontres à Milan
En septembre 2021, Michael Lima a recontacté Ahmad M. via WhatsApp afin de convenir d’une nouvelle rencontre. Ils se sont retrouvés à Milan, conformément à un rendez-vous fixé à l’avance.
La discussion a d’abord porté sur un projet d’activité commerciale entre le Liban et l’Europe, incluant la création d’une plateforme en ligne. Toutefois, l’échange a progressivement dérivé vers des questions de nature sécuritaire, portant sur la situation sociale, politique et sécuritaire au Liban.
Les interrogations se sont focalisées sur le Hezbollah, ses bases, ainsi que l’aide qu’il fournit à ses partisans. Face à l’orientation de ces questions, Ahmad M. a compris que son interlocuteur travaillait pour le Mossad. Malgré cela, il a poursuivi la collaboration, fournissant des informations sensibles, notamment sur des membres du Hezbollah, leurs lieux de résidence, leurs numéros de téléphone, ainsi que sur des véhicules et bulldozers utilisés dans le Liban-Sud, y compris les identités de leurs propriétaires.
Il a par ailleurs rédigé un rapport détaillé à partir de ces informations, en sollicitant certains de ses contacts au Liban, qu’il a ensuite transmis à Michael Lima, en échange de la somme de 500 euros.
Test du détecteur de mensonges
Le deuxième rendez-vous avec Michael Lima s’est tenu à Milan, où celui-ci a conduit Ahmad M. dans un bâtiment abritant plusieurs salles de réunion. Ahmad M. y est resté environ une heure, jusqu’à l’arrivée d’une personne se présentant comme originaire d’Afrique du Sud. À ce moment, Michael Lima a quitté les lieux, prétextant des engagements professionnels, laissant Ahmad M. seul avec cette personne pendant deux heures.
Durant cet entretien, ce dernier l’a interrogé sur les noms des commerçants d’engins et bulldozers mentionnés dans le rapport qu’il avait précédemment remis à Michael Lima.
Ahmad M. a ensuite été soumis à un test du détecteur de mensonges afin de s’assurer de la véracité de ses déclarations. Un dispositif a été placé sur sa poitrine et son avant-bras droit, relié à un appareil électronique, tandis qu’il devait répondre à une série de questions en restant détendu, sous surveillance de ses réactions physiologiques.
À l’issue du test, qui a duré environ une heure et demie, il a été informé qu’il l’avait réussi avec succès et qu’il pouvait poursuivre leur collaboration. Une somme de 800 euros lui a été remise à cette occasion.
Environ trois mois plus tard, selon ses déclarations, Michael Lima a repris contact avec lui et l’a rencontré à Cologne (Köln), en Allemagne. Il l’a conduit dans une pièce isolée, où Ahmad M. a été mis en présence d’un individu s’exprimant en dialecte libanais. L’entretien a duré près de trois heures, au cours desquelles de nombreuses questions lui ont été posées.
Par la suite, Michael Lima l’a de nouveau soumis à un test du détecteur de mensonges, cette fois centré sur les noms des familles de sa ville natale, sur les membres du Hezbollah y résidant, leurs familles, l’emplacement de leurs habitations ainsi que les moyens de transport qu’ils utilisaient.
À l’issue de cette rencontre, Michael Lima lui a explicitement révélé être un officier du Mossad et lui a demandé de poursuivre sa collaboration. Ahmad M. a accepté. Il a alors reçu pour instruction, à son retour au Liban, d’acheter six lignes de téléphonie mobile (trois auprès de l’opérateur Alfa et trois auprès de Touch) enregistrées sous des identités anonymes.



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