Le Fonds monétaire international a publié un rapport d’assistance technique relatif aux dépenses consacrées aux employés du secteur public au Liban, dans le cadre du soutien aux efforts de réforme et du renforcement de la gestion des finances publiques. Le rapport précise que son contenu constitue un avis technique formulé par des experts du FMI à l’intention des autorités libanaises, représentées par le ministère des Finances, en réponse à une demande d’assistance dans ce domaine. Il vise à fournir une analyse fondée sur les données disponibles, ainsi que des scénarios et options pour établir un cadre à moyen terme permettant une gestion plus durable et efficace des dépenses publiques.
Résumé exécutif
Le Liban a subi une série de chocs imbriqués ayant conduit à l’effondrement de la livre libanaise et à l’érosion des salaires dans le secteur public. Avant 2020, les dépenses liées aux agents publics étaient relativement élevées. Entre 2019 et 2025, le pays a traversé des crises successives, notamment l’explosion du port de Beyrouth, la crise financière, la pandémie de Covid-19 et des évolutions sécuritaires régionales complexes.
Au pic de la crise, la chute de la valeur réelle des salaires a provoqué une dégradation, voire un arrêt, des services publics essentiels, en raison de la forte baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires. Beaucoup ont quitté leur poste, fait grève ou cessé de travailler. En réponse, le gouvernement a adopté des mesures temporaires d’ajustement salarial, aboutissant toutefois à un système fragmenté et incohérent de rémunération, affectant l’efficacité des services publics.
Le rapport analyse les données disponibles et propose un scénario de référence ainsi que plusieurs scénarios de réforme. Il examine les défis et les options relatifs aux salaires du secteur public au Liban, en s’appuyant principalement sur les données du ministère des Finances et de la Banque du Liban. Il développe également un cadre et des projections destinés à soutenir l’élaboration d’une politique salariale à moyen terme.
Les ajustements importants des retraites et des dépenses militaires en 2025 indiquent une capacité limitée à procéder à des augmentations généralisées des salaires réels, sauf en cas de nouvelles recettes ou de mesures d’austérité. En effet, avec l’expansion des effectifs dans les secteurs militaire et sécuritaire, ainsi que la hausse du salaire minimum dans les entreprises publiques commerciales, la marge pour des augmentations salariales importantes reste réduite, sauf en cas de nouvelles sources de financement ou d’économies budgétaires.
Selon un scénario de référence modéré, les dépenses totales liées aux employés devraient passer de 2,7 milliards de dollars en 2025 à 3,4 milliards en 2029, soit une croissance annuelle réelle de 7 %. Toutefois, d’ici 2029, les salaires réels (environ 45 %) et les pensions de retraite (environ 23 %) resteront inférieurs à leurs niveaux d’avant la crise.
Toute hausse supplémentaire des dépenses publiques liées aux effectifs constitue un risque pour ce scénario, qu’elle résulte d’augmentations salariales plus importantes, d’un accroissement significatif du nombre d’employés ou de hausses des pensions supérieures aux prévisions. Ces pressions pourraient alourdir davantage les finances publiques, d’autant que le scénario de référence repose sur des hypothèses modérées. En cas de dégradation économique, la capacité de l’État à absorber ces coûts diminuerait, imposant des réductions ou des reports dans d’autres secteurs, voire de nouvelles mesures.
Le développement de scénarios plus détaillés permettrait d’identifier des options de dépenses plus ciblées. Cela pourrait inclure des évaluations approfondies de l’efficacité et de la soutenabilité des dépenses dans des secteurs spécifiques tels que l’éducation, les retraites, les forces militaires et de sécurité, ainsi que les avantages sociaux et indemnités. Ces analyses sectorielles contribueraient à identifier des marges d’économie et à formuler des recommandations plus précises, limitant le recours à des mesures générales mal calibrées.
En parallèle, le Liban dispose d’une opportunité pour définir une trajectoire à moyen terme plus durable et équitable des dépenses publiques. Cela nécessite une refonte des grilles salariales, leur alignement sur l’inflation et le taux de change, l’intégration transparente des indemnités dans les salaires de base, ainsi que l’élaboration d’une nouvelle politique salariale et d’une structure de rémunération permettant de rétablir l’équilibre et l’équité d’un système actuellement fragmenté.



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