Alors que les intérêts du Liban et d’Israël convergent autour du désarmement du Hezbollah, le moment est venu pour les deux États de coopérer afin de poursuivre cet objectif commun et de poser les bases d’une paix durable.
Le 2 mars, le Conseil des ministres libanais a tenu une réunion d’urgence, déclarant illégales les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah. Il a ordonné au groupe de remettre ses armes et de se limiter à un rôle politique. Présidée par le président chrétien Joseph Aoun et dirigée par le Premier ministre sunnite Nawaf Salam, la séance semble avoir bénéficié de l’assentiment des ministres chiites proches du président de la Chambre, Nabih Berry, ce qui lui confère une légitimité transconfessionnelle.
Israël, de son côté, a mis sa puissance militaire au service du même objectif, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui exige le désarmement des groupes armés au Liban.
Alors que le Liban affirme sa légitimité politique pour affronter le Hezbollah et qu’Israël exerce la pression militaire nécessaire, les Libanais ont aujourd’hui l’occasion de tourner la page des décennies de souffrances provoquées par le Hezbollah et ses guerres sans fin.
Cette coopération peut paraître improbable. Elle implique de briser des tabous historiques, notamment l’interdiction, dans le monde arabe et au Liban, de considérer Israël autrement que comme un ennemi permanent — du moins tant que la création d’un État palestinien reste un objectif lointain.
Attendre «un État palestinien» revient à attendre Godot. Aucun gouvernement responsable ne peut fonder sa politique sur une perspective aussi indéfinie. Pendant ce temps, maintenir le Hezbollah armé représente un risque que le Liban ne peut plus se permettre. La formation pro-iranienne doit être désarmée au plus vite, ce qui suppose une coopération immédiate entre Beyrouth et Jérusalem.
Jusqu’à présent, le Liban a traité la coopération avec Israël, ainsi que la normalisation, comme inacceptables. De nombreux Libanais invoquent des théories du complot pour justifier leur hostilité envers l’État juif. La plus fréquente prétend qu’Israël chercherait à s’emparer du territoire libanais jusqu’au fleuve Litani pour sécuriser ses ressources en eau.
Cette crainte aurait pu sembler plausible il y a plusieurs décennies, lorsque le Litani constituait une source vitale. Aujourd’hui, le Liban a épuisé ses nappes phréatiques et pollué ses rivières. Israël, en revanche, a maîtrisé la désalinisation au point d’être un leader mondial et ne dépend plus des ressources en eau du nord.
On prête à tort à Israël l’idée que le pays viserait à contrôler le territoire allant du Nil à l’Euphrate. Lorsque des responsables israéliens évoquent «le Grand Israël», ils font en réalité référence à la Palestine sous mandat britannique, éventuellement incluant le plateau du Golan, et rien de plus. Jérusalem a scrupuleusement respecté ses traités de paix avec l’Égypte et la Jordanie. Un accord formel entre le Liban et Israël scellerait en fait définitivement la frontière et dissiperait les craintes de prétentions israéliennes sur le sol libanais.
Par ailleurs, certains intellectuels libanais prétendent qu’Israël chercherait à intégrer le Liban dans sa «sphère d’influence». Dans une région déchirée entre l’islamisme chiite iranien et l’islamisme sunnite turc, s’allier avec Israël reste pourtant l’option la plus pragmatique. Les intérêts nationaux du Liban y gagneraient plus qu’en s’alignant sur l’un ou l’autre des courants islamistes.
Enfin, les opposants à toute coopération ou normalisation avec Israël affirment que l’initiative ne recueillerait pas l’appui de la population au Liban. Cette perception reflète sans doute la réalité actuelle, où le Hezbollah et l’antisémitisme dominent le débat public, tandis que des lois strictes criminalisent tout contact avec les Israéliens, toute visite en Israël ou même la simple promotion de la paix, entraînant souvent ostracisme social ou intimidations physiques à l’encontre des chantres du dialogue.
Le Liban doit abroger ces restrictions et garantir une véritable liberté d’expression aux partisans de la paix. Ce n’est qu’en ouvrant le débat public, sans censure, que l’opinion réelle pourra se manifester — et elle montrerait sans doute un soutien bien plus fort à la paix que ce que laisse penser le climat actuel.
En définitive, une coopération directe entre les gouvernements libanais et israélien permettrait de désarmer le Hezbollah plus rapidement et efficacement, tout en évitant le sang versé et les coûts financiers d’une confrontation longue et difficile.
Israël est lassé des promesses répétées du Liban de désarmer le Hezbollah, alors que Beyrouth prévient qu’une telle initiative déclencherait une guerre civile. Une telle responsabilité n’incombe ni à Israël ni au reste du monde. Le Liban doit assumer ses responsabilités en tant que nation souveraine.
Si les dirigeants libanais estiment devoir d’abord obtenir l’aval de l’Arabie saoudite ou de l’Iran avant de prendre des décisions, le pays renonce de facto à sa souveraineté. Dans ce cas, le Liban resterait un patchwork de proxies tribaux au service de puissances étrangères, tandis que ses citoyens vivraient sur un territoire qu’Israël se verrait contraint de sécuriser par la force pour protéger sa population.
Pour reconquérir sa souveraineté, le Liban doit saisir la fenêtre actuelle d’intérêts convergents avec Jérusalem avant qu’elle ne se referme.



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