L'utilisation massive de drones, de l'Iran à l'Ukraine, renforce l'intérêt autour des lasers de défense, déjà déployés en Israël et utilisés en Russie, leur faible coût et leurs capacités inépuisables incitant armées et dirigeants à les généraliser à moyen terme.
Ils ne payent pas de mine, ces engins d'une taille relativement modeste montés sur un véhicule blindé ou un navire de guerre, reconnaissables à leur hublot.
Ces armes dites à énergie dirigée (AED) sont pourtant capables, grâce à un rayon de haute intensité concentrant plusieurs lasers, de neutraliser un drone en plein ciel, à une distance pouvant aller jusqu'à 20 kilomètres environ.
La Russie en utilise déjà plusieurs modèles contre les frappes ukrainiennes sur son territoire, l'Ukraine teste le sien, tandis qu'Israël a déployé sa version, l'Iron Beam de la start-up maison Rafael.
L'armée israélienne a révélé jeudi au Jerusalem Post, sans en préciser les raisons, que l'Iron Beam n'était pas prêt à être activé durant le conflit avec l'Iran, bien que le système ait déjà intercepté, dès 2024, des drones attribués au mouvement libanais pro-iranien Hezbollah.
«Les armes laser sont en développement depuis des décennies», explique Iain Boyd, directeur du centre de recherche NSI à l'université du Colorado, «mais il y a eu beaucoup de progrès ces 10 à 15 dernières années».
En septembre, la Chine a dévoilé son LY-1 lors d'une parade militaire, tandis que le Royaume-Uni teste son DragonFire et que la France, elle, intègre progressivement à son arsenal le Helma-P.
Moins d'un dollar le tir
Côté américain, plusieurs appareils ont fait leur apparition dans les systèmes de défense, surtout dans la marine, notamment l'HELIOS de Lockheed-Martin sur un destroyer ou le LWSD de Northrop Grumman sur un navire polyvalent.
«Nous avons montré que cette technologie avait de larges applications, y compris pour des opérations militaires et de défense du territoire», a indiqué Northrop Grumman à l'AFP.
La quasi-totalité des industriels contactés par l'AFP n'ont pas donné suite ou pas souhaité communiquer.
«La technologie de nos lasers est incroyable», a affirmé cette semaine Donald Trump, annonçant qu'elle serait déployée «bientôt». «Les lasers feront la même chose que les (missiles antiaériens) Patriots, à un coût bien moindre.»
Un responsable du programme britannique DragonFire a estimé le coût d'utilisation à environ 10 livres par tir (12 euros), quand un Patriot revient à au moins trois millions de dollars pièce.
«Le coût du tir d'un laser se résume à celui de l'électricité» pour le déclencher, «et une fois les investissements réalisés (la fabrication des armes), cela ne coûtera que quelques cents», selon un chercheur spécialiste du design des AED et qui a demandé l'anonymat.
«Pas un remplaçant, un complément»
Même les désormais fameux drones iraniens Shahed, que les estimations les plus basses évaluent à 20.000 dollars, ou les drones intercepteurs ukrainiens low-cost (700 dollars pour les moins chers), ne peuvent rivaliser.
Des milliards de dollars ont été dépensés dans le développement de cette technologie et, en 2018, la marine américaine avait commandé deux prototypes pour 75 millions de dollars pièce environ, mais une fois la production standardisée, le coût unitaire devrait baisser sensiblement.
Autre avantage majeur, le laser n'a pas besoin d'un lanceur, autorise une modulation de sa puissance, ne produit pas d'explosion et n'est pas limité par une quantité de munitions.
En l'état, les lasers «sont plus fiables contre les drones, cibles plus faciles notamment parce qu'ils sont généralement lents», selon Iain Boyd, car «il faut être capable de garder le faisceau sur la même zone pour pouvoir créer un effet» de chaleur.
Autre difficulté, le laser manque d'efficacité par temps couvert et peut aussi constituer un danger pour le trafic aérien environnant.
Mi-février, le régulateur américain de l'aviation civile (FAA) a brièvement ordonné la fermeture de l'aéroport d'El Paso (Texas), après que les douanes (CBP) ont utilisé, sans avertir préalablement la FAA, un laser contre les drones des cartels mexicains.
«Ce n'est pas un remplaçant» des missiles et obus, estime le chercheur sous couvert d'anonymat, «mais un complément».
Par Thomas URBAIN, AFP



Commentaires