À l’extrême sud-ouest de l’Iran, à la frontière de l’Irak et face au golfe Persique, s’étend une province qui concentre à la fois richesse énergétique, diversité ethnique et tensions politiques: le Khouzestan. Longtemps restée à la périphérie des débats internationaux sur l’Iran, cette région est revenue sur le devant de la scène ces derniers jours après la diffusion d’un communiqué attribué à des tribus arabes locales appelant à la chute du régime de la République islamique et soutenant le retour du prince héritier en exil, Reza Pahlavi.
Comprendre la portée d’un tel message suppose d’abord de comprendre ce qu’est le Khouzestan: une province clé de l’État iranien, à la fois pilier économique et foyer de contestations récurrentes.
Une province riche en pétrole et tournée vers le Golfe
Le Khouzestan couvre environ 64.000 km² et compte plus de cinq millions d’habitants. Située dans la plaine qui prolonge la Mésopotamie, entre les contreforts des monts Zagros et le golfe Persique, la région est traversée par plusieurs fleuves majeurs, dont le Karoun et le Karkheh. Ses terres alluviales fertiles ont longtemps fait du Khouzestan une zone agricole importante, où l’on cultive notamment céréales, riz, coton et canne à sucre.
La véritable richesse du Khouzestan se trouve, toutefois, sous son sol. C’est ici que furent exploités les premiers gisements pétroliers du Moyen-Orient au début du XXᵉ siècle, notamment autour de Masjed Soleiman. Aujourd’hui encore, les plus grands champs pétroliers iraniens — comme Ahvaz ou Marun — se situent dans cette province.
Cette concentration de ressources explique l’importance stratégique du territoire: le Khouzestan constitue l’un des piliers de l’économie iranienne et une part majeure des revenus énergétiques du pays provient de ses gisements de pétrole et de gaz.
Sa position géographique renforce encore cette centralité. Frontalière de l’Irak et proche de Bassora, la province fut un champ de bataille majeur pendant la guerre qui a opposé l’Irak à l’Iran dans les années 1980 et demeure aujourd’hui une zone militaire et politique sensible pour Téhéran.
Une mosaïque ethnique dominée par une forte présence arabe
Contrairement à l’image d’un Iran homogène, le Khouzestan est une province profondément composite. On y trouve des Perses, des Lurs, des Bakhtiaris, mais aussi une importante population arabe. Les Arabes du Khouzestan — souvent appelés Arabes ahwazis — constituent la plus grande communauté arabophone d’Iran, avec environ 1,6 million de personnes, principalement concentrées dans l’ouest de la province et autour de la capitale régionale, Ahvaz.
Ces populations arabes vivent dans la région depuis des siècles et entretiennent des liens historiques, linguistiques et parfois tribaux avec les populations du sud de l’Irak et du golfe Persique. La société locale reste marquée par des structures tribales, notamment dans les zones rurales et dans les plaines proches de Chatt el-Arab.
Parmi les tribus arabes les plus connues figurent notamment les Bani Kaab, les Bani Lam ou encore les Bani Tamim, dont l’influence sociale et tribale dépasse parfois les frontières nationales. Ces réseaux tribaux jouent encore un rôle dans les dynamiques politiques locales, même si leur poids s’est transformé avec l’urbanisation et l’intégration de la province dans l’État iranien.
Des tensions anciennes avec le pouvoir central
Depuis plusieurs décennies, les relations entre ces populations arabes et le pouvoir central sont marquées par des tensions récurrentes. Malgré la richesse énergétique du territoire, la région souffre de pauvreté, de chômage et d’importants problèmes environnementaux, notamment la pénurie d’eau et la pollution industrielle. De nombreux habitants dénoncent une marginalisation économique ainsi que des restrictions touchant l’usage de la langue arabe ou l’accès à certains emplois publics. Ces frustrations ont régulièrement donné lieu à des manifestations ou à des mouvements de contestation, parfois violemment réprimés.
Dans ce contexte, certaines tribus ou organisations arabes accusent la République islamique de négliger le développement de la province tout en exploitant ses ressources pétrolières. C’est ce sentiment d’injustice économique et politique qui alimente aujourd’hui une partie de l’hostilité envers le régime et explique pourquoi certains groupes tribaux expriment leur soutien à des alternatives politiques, comme le retour de la monarchie incarnée par Reza Pahlavi.
Ainsi, les prises de position de ces tribus sont-elles aujourd’hui suivies de près, puisqu’elles touchent une province dont la stabilité reste essentielle pour l’économie et la sécurité de l’Iran.




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