Deux ans, deux semaines et deux projets…
©Ici Beyrouth

La décision du Parlement de proroger son propre mandat de deux ans et deux semaines – la fin de la législature actuelle étant désormais fixée au 31 mai 2028, au lieu de la mi-mai – ne résulte ni de calculs objectifs ni de raisons immédiates. Elle répond plutôt à des considérations propres à chaque camp, à ce que chacun espère en secret ou déclare publiquement. D’autant plus qu’il est actuellement impossible d’organiser des élections, et que tout le reste relève davantage de la surenchère politique.

Du côté des forces chrétiennes, les Forces libanaises, les Kataëb et les indépendants misent sur le fait que cette prorogation pourrait consacrer une nouvelle dynamique, notamment au sein de la communauté chiite, afin de sortir de l’emprise du Hezbollah après de longues années de domination sur les décisions de la communauté. L’objectif serait également que le prochain Parlement puisse élire un président de la République dans un rapport de forces différent.

Le Courant patriotique libre ne souffre pas non plus de cette prorogation. Le parti continue de récupérer certaines de ses cartes politiques et tente de profiter de sa position dans l’opposition pour reconstruire la base populaire qu’il a perdue après ses années au pouvoir.

Les députés sunnites, quant à eux, ont besoin de ce délai. Leur situation reste confuse ces dernières années avec les nombreux bouleversements et, en l’absence d’un leadership clair, il est difficile d’unifier le discours ou de définir un programme politique pour la prochaine phase.

Dans le désarroi qui règne sur la scène chiite, certains pensent que l’intérêt du Hezbollah serait d’organiser des élections le plus rapidement possible afin de tirer profit du sentiment de victimisation et de jouer sur la carte d’une communauté en crise pour récupérer ses sièges, voire davantage. En réalité, le Hezbollah a besoin de plus de temps et n’est pas aujourd’hui en mesure d’organiser des élections dans la plupart des régions, car il est militairement épuisé. Le parti compte également sur le facteur temps et sur l’usure du conflit pour obtenir certains gains.

Dans cette équation, le Parti socialiste progressiste pourrait être le seul à ne pas s’en soucier réellement, conscient que son poids parlementaire reste stable et que sa place au sein du pouvoir demeure assurée.

Bien que cette prorogation semble inévitable – et peut-être la seule prorogation « logique » qu’ait connue le Parlement depuis l’indépendance – les inquiétudes portent surtout sur ce que le Hezbollah pourrait préparer, même s’il n’en parle pas encore publiquement : travailler à la mise en place d’une nouvelle loi électorale qui consoliderait sa position et son espace politique, lui permettant d’assurer des gains en jouant sur la démographie ou en exploitant certaines opportunités politiques.

Le Hezbollah ne considère plus sa force militaire comme son principal atout, conscient que la réalité militaire ne lui est plus favorable. Il cherche désormais à obtenir des gains institutionnels qui protégeraient son existence et lui permettraient d’assurer la continuité de sa présence au pouvoir aux côtés de sa base, comme c’est le cas depuis 2005, date de son entrée pour la première fois au gouvernement.

C’est là la préoccupation essentielle qui devrait être abordée avec attention : le Hezbollah commence à réfléchir sérieusement à un système politique différent, alors que son rôle militaire touche à sa fin.

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