Quelles initiatives françaises pour aider le Liban ?
Le président français Emmanuel Macron prend la parole lors d'une réunion du Conseil national de défense au palais de l'Élysée à Paris le 10 mars 2026. ©THOMAS PADILLA/POOL/AFP

Face à l’offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l’Iran et à la reprise des frappes israéliennes à Beyrouth, le président français Emmanuel Macron a multiplié les initiatives pour tenter de contenir l’escalade et soutenir l’État libanais.

Privilégiant la voie diplomatique, le chef de l’État tente de se positionner comme médiateur dans le conflit opposant Israël au Hezbollah, tout en cherchant à faire entendre la voix des autorités libanaises. Mais face à la régionalisation du conflit et à la radicalisation de ses acteurs, son influence reste limitée.

Des efforts diplomatiques

Le 3 mars, lors d'une allocution solennelle, Emmanuel Macron a mis en garde Israël contre une opération terrestre au Liban qui constituerait «une escalade dangereuse et une erreur stratégique», tout en estimant que le Hezbollah avait commis «une faute majeure» en reprenant ses attaques sur Israël.

Le lendemain, le président français s’est entretenu avec son homologue américain Donald Trump, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre libanais Nawaf Salam.

Dans un message publié sur X, Macron a indiqué avoir appelé Netanyahou «à préserver l’intégrité territoriale du Liban et à s’abstenir d’une offensive terrestre».

À ses interlocuteurs libanais, il a promis que «la France prendra des initiatives immédiates pour soutenir les populations libanaises déplacées» face à «l'urgence humanitaire dans le sud du Liban».

Paris a également assuré poursuivre «son soutien aux efforts des Forces armées libanaises, afin qu'elles puissent assumer pleinement leurs missions de souveraineté et mettent un terme à la menace posée par le Hezbollah».

L’entourage du président a également fait savoir qu’il avait échangé avec Donald Trump afin d’«alerter» le président américain «sur la situation au Liban à laquelle la France demeure très attentive».

Le 5 mars, le président français a annoncé discuter d’un «plan» avec les différentes parties prenantes afin «d'empêcher» que le Liban ne soit à nouveau entraîné dans la guerre, répondant à un appel en ce sens du président Joseph Aoun.

Ce dernier a demandé à son homologue français d’intervenir auprès d’Israël afin d’empêcher le bombardement de la banlieue sud de Beyrouth, après un ordre d’évacuation appelant les habitants à quitter la zone. Il lui a également demandé son aide «pour parvenir à un cessez-le-feu dans les plus brefs délais».

Emmanuel Macron a indiqué s'être de nouveau entretenu avec les autorités libanaises «afin d'établir un plan en vue de mettre un terme aux opérations militaires que le Hezbollah et Israël mènent actuellement de part et d’autre de la frontière».

«Les autorités libanaises ont pris auprès de moi l'engagement de prendre le contrôle des positions tenues par le Hezbollah et d'assumer pleinement la sécurité sur l'ensemble du territoire national», a relevé Emmanuel Macron.

Dans cette perspective, la France va «renforcer sa coopération avec les Forces armées libanaises et mettre à leur disposition des véhicules de transport blindés ainsi qu’un soutien opérationnel et logistique», a-t-il ajouté à l'issue d'une rencontre entre le chef d'état-major des armées françaises, le général Fabien Mandon, et le président Aoun.

«Préoccupé par le déplacement des dizaines de milliers de civils libanais qui fuient actuellement le sud», Emmanuel Macron a également annoncé «l'envoi immédiat d'une aide humanitaire» à leur intention. «Plusieurs tonnes de médicaments sont en cours d'acheminement, ainsi que des solutions d’abri et d’aide», a-t-il précisé.

Cinq tonnes de matériel médical et «plusieurs tonnes de matériel humanitaire» arriveront «dès la semaine prochaine au Liban», a précisé le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur TF1.

Le président français a par ailleurs réitéré que «le Hezbollah doit immédiatement cesser les tirs vers Israël» et «Israël renoncer à toute intervention terrestre ou d'envergure sur le territoire libanais».

«Dans ce moment de grand danger, je demande au Premier ministre israélien de ne pas étendre la guerre au Liban», a-t-il insisté. «Je demande aux responsables iraniens de ne pas impliquer davantage le Liban dans une guerre qui n’est pas la sienne», a-t-il ajouté.

Le 6 mars, Emmanuel Macron a condamné l’attaque israélienne contre une position de la Finul au Liban-Sud, la qualifiant «d’attaque inacceptable».

«La France œuvre avec ses partenaires à éviter que le conflit ne se propage davantage dans la région», a affirmé le chef de l’État sur X, soulignant le «rôle clé de stabilisation au sud du Liban» joué par la Finul.

Emmanuel Macron a assuré que la France resterait «engagée» dans cette force, qui compte environ 700 militaires français. Il a également insisté sur la nécessité de respecter «la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie et du Liban, comme de chaque pays de la région».

Le 9 mars, Emmanuel Macron s’est de nouveau entretenu avec Benjamin Netanyahou au sujet de la situation au Liban et dans la région.

Des résultats incertains

Malgré cet activisme diplomatique, la capacité d’influence de la France reste limitée. Ni Israël ni le Hezbollah ne semblent pour l’heure disposés à réduire leurs opérations, chacun estimant agir dans son bon droit. La régionalisation du conflit et la multiplication des acteurs rendent par ailleurs la tâche encore plus complexe.

Dans ce contexte, la marge de manœuvre diplomatique de Paris apparaît étroite. Si la France demeure l’un des principaux partenaires internationaux du Liban et un acteur influent au sein de la Finul, les décisions stratégiques des protagonistes du conflit se jouent essentiellement à Washington, Tel-Aviv et Téhéran.

Pour les diplomates français, l’objectif immédiat consiste donc moins à imposer un cessez-le-feu qu’à tenter de limiter les conséquences du conflit sur le Liban.

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