À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, retour sur plusieurs figures iraniennes qui ont marqué la science, la médecine, l’éducation, les arts et les droits humains. Autant de pionnières dont les réalisations ont laissé une empreinte durable sur la société iranienne.
Le 8 mars est souvent l’occasion de rappeler les luttes menées par les femmes à travers le monde. Mais cette date permet aussi de mettre à l’honneur celles dont les accomplissements ont façonné l’histoire, parfois sans recevoir toute la reconnaissance qu’ils méritaient. En Iran, malgré les contraintes politiques, sociales et culturelles qui ont traversé les différentes périodes de son histoire, de nombreuses femmes ont joué un rôle majeur dans les domaines scientifiques, intellectuels, juridiques et artistiques.
Certaines ont contribué à sauver des vies par la recherche médicale. D’autres ont ouvert l’accès à l’éducation pour les filles, défendu les libertés fondamentales ou porté la voix des Iraniennes sur la scène internationale. D’autres encore ont renouvelé les mathématiques contemporaines ou raconté au monde, par l’écriture et l’image, l’expérience de la révolution, de l’exil et de la mémoire.
Leurs parcours rappellent une réalité trop souvent reléguée à l’arrière-plan : l’histoire de l’Iran ne s’est pas seulement écrite dans les palais du pouvoir, les révolutions ou les crises géopolitiques. Elle s’est aussi construite grâce à des femmes pionnières, savantes, artistes, éducatrices et militantes.
Azar Andami, médecin microbiologiste et artisane d’un vaccin qui a freiné le choléra

Dans les années 1960, plusieurs régions d’Iran sont frappées par une épidémie de choléra, une maladie infectieuse redoutable, susceptible de se propager rapidement par l’eau contaminée et de provoquer de nombreuses victimes.
Azar Andami, médecin et microbiologiste iranienne, joue alors un rôle décisif dans la mise au point d’un vaccin contre cette maladie. Chercheuse à l’Institut Pasteur de Téhéran, elle participe au développement d’un vaccin qui contribuera à freiner la propagation du choléra en Iran et dans plusieurs pays voisins.
Cette avancée scientifique permet de protéger des millions de personnes dans la région. Elle illustre aussi le niveau atteint par la recherche médicale iranienne à cette époque, dans un contexte d’essor scientifique nourri par des collaborations internationales.
Le parcours d’Azar Andami rappelle enfin que, bien avant les grands bouleversements politiques de la fin du XXe siècle, des femmes iraniennes occupaient déjà une place importante dans certains secteurs de la recherche de haut niveau.
Maryam Mirzakhani, mathématicienne de génie et première femme récompensée par la médaille Fields

Lorsqu’elle reçoit la médaille Fields en 2014, Maryam Mirzakhani entre dans l’histoire mondiale des mathématiques. Cette distinction, souvent présentée comme l’équivalent du prix Nobel pour cette discipline, n’avait encore jamais été attribuée à une femme.
Née à Téhéran en 1977, Maryam Mirzakhani révèle très tôt des aptitudes exceptionnelles. Durant sa scolarité, elle remporte deux médailles d’or aux Olympiades internationales de mathématiques, concours particulièrement sélectif qui réunit les meilleurs jeunes talents du monde.
Ses travaux portent notamment sur la géométrie hyperbolique et la théorie des surfaces de Riemann, deux domaines essentiels pour comprendre certaines structures complexes en mathématiques théoriques.
Par la profondeur et l’originalité de ses recherches, elle renouvelle l’étude des surfaces courbes et des espaces géométriques, ouvrant de nouvelles pistes dans plusieurs branches des mathématiques contemporaines.
Professeure à l’université Stanford, Maryam Mirzakhani est devenue bien plus qu’une chercheuse d’exception : une figure d’inspiration pour des générations de jeunes femmes attirées par les sciences. Sa mort en 2017, à seulement 40 ans, a suscité une vive émotion dans le monde académique.
Shirin Ebadi, juge devenue avocate et première Iranienne à recevoir le prix Nobel de la paix

Toutes les contributions majeures ne passent pas par les laboratoires ou les amphithéâtres. Certaines s’inscrivent dans le champ du droit, de la justice et de la défense des libertés.
Shirin Ebadi en est l’une des incarnations les plus fortes. Juriste iranienne, elle devient dans les années 1970 l’une des premières femmes juges du pays, à une époque où cette fonction demeure encore largement masculine.
Après la révolution islamique de 1979, elle est forcée de quitter la magistrature, les nouvelles autorités estimant que les femmes ne peuvent plus exercer ce rôle.
Elle choisit alors une autre voie : celle du barreau. Devenue avocate, elle se consacre à la défense des droits humains et représente au fil des ans de nombreux prisonniers politiques, journalistes, intellectuels et militants de la société civile.
En 2003, son engagement est consacré par le prix Nobel de la paix. Elle devient ainsi la première femme musulmane à recevoir cette distinction.
Mais cette reconnaissance internationale fait aussi d’elle une cible pour le pouvoir iranien. Menaces, harcèlement judiciaire, pressions sur ses proches et confiscation de ses biens la poussent finalement à l’exil. Depuis l’étranger, Shirin Ebadi poursuit son combat pour la démocratie, l’État de droit et les droits des femmes iraniennes.
Alenush Terian, physicienne solaire et première femme professeure de physique en Iran

L’histoire scientifique iranienne compte également une autre grande pionnière : Alenush Terian. Née en 1920 dans une famille arménienne d’Iran, elle devient la première femme professeure de physique du pays.
Spécialiste de la physique solaire, elle consacre une grande partie de sa carrière à l’étude du Soleil et des phénomènes astronomiques. Son travail contribue à structurer un champ scientifique encore en développement en Iran.
À l’université de Téhéran, elle participe à la création et au renforcement de programmes de recherche en astronomie. Son rôle ne se limite pas à la production scientifique : elle prend également part à la formation de nouvelles générations d’étudiants et de chercheurs.
À une époque où les femmes sont encore rares dans les disciplines scientifiques, Alenush Terian s’impose comme une figure de référence. Son parcours demeure aujourd’hui un symbole fort de l’accès des femmes aux sciences exactes et à l’enseignement supérieur.
Leila Keshavarzi, inventrice récompensée pour ses innovations lors d’une exposition internationale

Les générations plus récentes prolongent cette tradition d’excellence dans les sciences et la technologie.
En 2025, l’inventrice iranienne Leila Keshavarzi se fait remarquer lors de l’Exposition internationale des inventions en Chine, l’un des grands rendez-vous mondiaux consacrés à l’innovation.
Ses projets y remportent plusieurs médailles d’or face à près de 1 000 inventeurs venus de 57 pays. Cette distinction souligne la capacité d’innovation d’une nouvelle génération de chercheuses et d’ingénieures iraniennes qui s’imposent sur la scène internationale.
Cette reconnaissance illustre également un phénomène plus large : dans plusieurs filières scientifiques iraniennes, les femmes représentent aujourd’hui une part importante des effectifs universitaires. Malgré les obstacles, elles continuent de faire avancer la recherche, l’ingénierie et les technologies appliquées.
Marjane Satrapi, autrice et cinéaste de Persepolis, qui a raconté la révolution et l’exil au monde

La contribution des femmes iraniennes ne se limite pas aux sciences, au droit ou à l’éducation. Elle s’exprime aussi avec force dans le domaine artistique et culturel. Marjane Satrapi s’est imposée comme l’une des voix les plus puissantes de la diaspora iranienne.
Son œuvre la plus célèbre, Persepolis, retrace son enfance pendant la révolution islamique et son adolescence en exil en Europe. À travers ce récit autobiographique, elle donne à voir l’histoire contemporaine de l’Iran sous un angle intime, politique et profondément humain.
Publié au début des années 2000, ce roman graphique connaît un succès international et permet à un vaste public de découvrir la complexité de l’expérience iranienne à travers le regard d’une jeune fille confrontée à la violence de l’Histoire.
Adapté au cinéma en 2007, le film d’animation Persepolis remporte le prix du jury au Festival de Cannes. Grâce à son œuvre, Marjane Satrapi a contribué à inscrire durablement les voix féminines iraniennes dans l’espace culturel mondial.
Fatemeh Baraghani, écrivaine militante et fondatrice d’une école pour filles à Téhéran

Bien avant ces figures contemporaines, d’autres femmes ont posé les premières pierres de l’émancipation féminine en Iran. Fatemeh Baraghani fait partie de ces pionnières.
Écrivaine et militante, elle s’engage dès la fin du XIXe siècle en faveur de l’éducation des filles, dans une société où l’accès des femmes au savoir reste encore fortement limité.
Dans son ouvrage Les Vices des hommes, publié en 1895, elle critique les inégalités entre hommes et femmes et appelle à une réforme sociale. Son texte s’inscrit dans un moment de prise de conscience intellectuelle et politique autour de la condition féminine.
En 1907, elle fonde à Téhéran l’une des premières écoles modernes destinées aux filles. Cette initiative marque une étape majeure dans l’histoire de l’éducation féminine en Iran et ouvre la voie à de nombreuses générations d’élèves, d’étudiantes et de professionnelles.
Une histoire de l’Iran aussi écrite par des femmes
Ces femmes appartiennent à des époques différentes et à des univers parfois très éloignés les uns des autres. Pourtant, leurs trajectoires racontent une même histoire : celle d’une présence féminine continue dans les grandes avancées scientifiques, intellectuelles, éducatives, juridiques et culturelles du pays.
Certaines ont permis de sauver des vies, d’autres ont fait progresser le savoir, ouvert les portes de l’école, défendu les libertés fondamentales ou transmis au monde une mémoire iranienne intime et politique.
Leurs parcours rappellent que les Iraniennes ne sont pas seulement au cœur des mobilisations contemporaines pour leurs droits. Elles participent depuis longtemps à la transformation profonde de leur société.
À l’occasion du 8 mars, leurs réalisations rappellent qu’au-delà des combats visibles, l’histoire avance aussi grâce à des trajectoires individuelles d’exception. Et parmi elles, celles de ces femmes iraniennes qui, chacune dans leur domaine, ont bel et bien changé le cours de l’histoire.




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