Après l’évacuation de la banlieue sud de Beyrouth, où peuvent aller les habitants ?
©Ici Beyrouth

Au lendemain de l’ordre d’évacuation, donné mardi, par l’armée israélienne contre plus de 100 villages et villes du Liban-Sud, un deuxième avertissement de la même ampleur a été lancé, jeudi, aux habitants de la banlieue sud de Beyrouth. En quelques heures, un mouvement massif de la population a été observé. Des rues entières, habituellement saturées de circulation, se sont vidées, tandis que des colonnes de voitures quittaient Haret Hreik, Bourj el-Brajné, Hadath ou encore Chiyah.

Si nombre de ces déplacés ont, sans tarder, trouvé refuge dans diverses rues de la capitale, la question du sort de ces quelque 10.000 civils évacués en moins d’un jour, se pose aujourd’hui, alors que les forces israéliennes ont mené, dans la nuit de mercredi à jeudi, quelque 26 frappes contre Dahiyé.  

Un ordre d’évacuation inédit par son ampleur

Selon le message diffusé par le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, les habitants de plusieurs quartiers – notamment Haret Hreik, Bourj el-Brajné, Hadath et Chiyah – ont été appelés à quitter immédiatement leurs domiciles et à se diriger «vers le Nord, en direction de Tripoli via l’axe Beyrouth-Tripoli, et vers l’Est, vers le Mont Liban, par l’autoroute rapide du Metn».

Jusqu’à présent, les avertissements israéliens visaient généralement des immeubles précis ou des périmètres limités. L’appel à l’évacuation de quartiers entiers marque donc un changement d’échelle, qui entraîne mécaniquement des mouvements de population massifs. Dans l’immédiat, la majorité des habitants quittant la banlieue sud s'est dirigée vers les régions situées à l’est et au nord de Beyrouth.

Les localités les plus accessibles ont, par ailleurs, été celles du Mont-Liban, notamment Baabda, Aley, le Chouf et certaines zones du Metn. Ces régions disposent de réseaux familiaux importants, une grande partie des habitants de la banlieue sud de la capitale y possédant des résidences secondaires ou des proches capables de les accueillir temporairement.

Des capacités d’accueil limitées

Mercredi soir, la ministre libanaise des Affaires sociales, Hanine Sayed, a annoncé que, face à l’afflux de déplacés, le gouvernement avait décidé d’ouvrir l’ensemble des écoles et universités publiques du pays afin de les transformer en centres d’hébergement d’urgence. Elle a également appelé les familles ayant fui les zones bombardées à se diriger vers le nord du pays, notamment vers les régions du Akkar et du Liban-Nord, ainsi que vers la Békaa, où des capacités d’accueil sont en cours de mobilisation.

Elle a, en outre, signalé, que les autorités préparaient l’ouverture de centres supplémentaires dans la capitale pour accueillir les déplacés, notamment à la Cité sportive de Beyrouth, à la gare routière Charles Hélou et à la piscine olympique de Dbayeh.

Dans les faits, le réseau scolaire public – composé de plusieurs centaines d’établissements répartis sur le territoire – constitue la principale infrastructure mobilisable rapidement. Toutefois, et selon les experts, toutes les écoles ne sont pas structurellement adaptées pour accueillir des familles sur une durée prolongée, notamment en matière d’accès à l’eau, aux sanitaires, à la séparation des espaces de vie et à la gestion logistique quotidienne.

Par ailleurs, 399 établissements ont déjà été mobilisés comme centres d’hébergement lors des précédentes vagues de déplacements liées aux bombardements au Liban-Sud et aux tensions frontalières, ce qui réduit leur disponibilité actuelle. Dans plusieurs régions, les capacités sont ainsi partiellement saturées avant même l’arrivée des nouveaux déplacés, même si 42 autres centres restent encore susceptibles d’être activés en cas de besoin.

Selon des estimations relayées par des sources humanitaires, plus de 83.847 personnes (soit 18.033 familles) auraient déjà quitté le Liban-Sud avant le dernier ordre d’évacuation visant la banlieue sud de Beyrouth. Ce chiffre, auquel s’ajoutent encore quelque 65.000 déplacés internes enregistrés depuis 2024, illustre la pression structurelle qui pèse sur les mécanismes d’accueil, tandis que les réseaux d’entraide familiale — historiquement la première solution de refuge au Liban — atteignent progressivement leurs limites.

D’un autre côté, les infrastructures publiques pourraient, certes, servir d’abris d’urgence si les déplacements se prolongent, mais leurs capacités restent contraintes par des moyens financiers limités, une logistique complexe et une coordination dépendante des financements disponibles.

Aujourd’hui, ces enjeux deviennent d’autant plus critiques que les ordres d’évacuation sont souvent émis dans des délais très courts, laissant peu de temps aux habitants pour s’organiser. Combien de temps les capacités d’accueil pourront-elles résister à de nouvelles vagues de déplacements massifs si les bombardements et les ordres d’évacuation se poursuivent ? Et comment le Liban pourra-t-il gérer cette crise à moyen et à long terme ?

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