Transport maritime: Ormuz déclaré «zone de guerre», des milliers de marins peuvent réclamer un rapatriement
Un pétrolier brut américain au large de la raffinerie Chevron d’El Segundo, en Californie, le 4 mars 2026. La guerre entre les États-Unis et l’Iran a pratiquement paralysé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial ainsi que d’importants volumes de gaz naturel liquéfié. ©Patrick T. Fallon / AFP

Le détroit d’Ormuz, ainsi que le Golfe et le Golfe d’Oman, ont été officiellement classés jeudi «zone d’opérations de guerre» par les organisations du secteur maritime. Cette décision donne des droits renforcés à des milliers de marins coincés dans la région, notamment la possibilité de demander à être rapatriés aux frais de leur armateur, dans un contexte de crise sécuritaire et logistique sans précédent.

Selon un communiqué conjoint de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) et des organisations représentant les employeurs du secteur maritime, cette classification reflète «l’ampleur des perturbations et des risques auxquels sont confrontés les équipages civils dans la région». Les acteurs du secteur évoquent «des centaines» de navires actuellement immobilisés dans le Golfe à cause de la guerre.

L’Organisation maritime internationale (OMI), agence des Nations unies chargée de la sécurité du transport maritime, estime qu’environ 20 000 marins se trouvent actuellement bloqués dans le Golfe. Son secrétaire général, Arsenio Dominguez, évoque également près de 15 000 passagers de navires de croisière immobilisés dans la zone.

La paralysie du trafic intervient après l’annonce par les Gardiens de la Révolution iraniens d’un contrôle «total» du détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique reliant le Golfe au Golfe d’Oman et par lequel transitent d’importants volumes d’hydrocarbures.

Lundi déjà, cette zone avait été classée «zone à haut risque» par les organisations maritimes, deux jours après les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran et l’extension du conflit dans la région.

Une décision aux implications humaines

Le passage au statut supérieur de «zone d’opérations de guerre» constitue le niveau de sécurité maximal prévu par les normes maritimes internationales. Il donne notamment aux marins le droit formel de refuser d’embarquer sur un navire, la possibilité de demander un rapatriement payé par l’armateur, ainsi que l’accès à différentes primes et indemnisations.

Dans la pratique toutefois, ces mesures posent d’importantes difficultés. «Si un navire compte 25 membres d’équipage, il faut généralement au moins 16 personnes pour assurer sa navigation en toute sécurité», explique Stephen Cotton, secrétaire général de l’ITF.

Autre complication majeure: la fermeture de l’espace aérien dans une grande partie de la région réduit fortement les possibilités de rapatriement, soulignent les organisations du secteur maritime.

Celles-ci appellent à une désescalade rapide, estimant que «le moyen le plus sûr de protéger les marins est un retour à la diplomatie».

Incidents et attaques contre des navires

Depuis samedi, l’Organisation maritime internationale indique avoir recensé sept incidents impliquant des navires dans le détroit d’Ormuz, qui ont fait deux morts et six blessés.

Jeudi encore, selon l’agence britannique de sécurité maritime UKTMO, un pétrolier ancré au large du Koweït a été secoué par une «forte explosion». Du pétrole s’est échappé du navire, mais l’équipage n’a pas été blessé.

Pour Arsenio Dominguez, ces attaques soulèvent une question avant tout humanitaire. «Au-delà de l’impact économique de ces attaques alarmantes, c’est une question humanitaire. Aucune attaque visant des marins innocents n’est jamais justifiée», a-t-il déclaré.

Risque de paralysie du commerce maritime

Le secrétaire général de l’OMI appelle également les compagnies maritimes à «faire preuve de la plus grande prudence» lorsqu’elles opèrent dans cette zone.

Dans ce climat de tension extrême, plusieurs grands armateurs internationaux ont déjà suspendu leurs routes vers le Golfe et commencent à détourner leurs cargaisons.

L’OMI affirme de son côté être prête à travailler avec l’ensemble des acteurs concernés afin de garantir «la sécurité et le bien-être des marins».

Selon les données du cabinet spécialisé Kpler, le trafic dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20% du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié (GNL), aurait chuté de 90 % mercredi.

Face à cette situation, le président américain Donald Trump a déclaré mardi que la marine américaine pourrait escorter des pétroliers à travers le détroit «si nécessaire».

Le même jour, le président français Emmanuel Macron a indiqué vouloir constituer une coalition internationale destinée à sécuriser les «voies maritimes essentielles à l’économie mondiale».

Plusieurs zones maritimes sont déjà considérées comme «zones d’opérations de guerre» par l’industrie du transport maritime, notamment la mer d’Azov, le nord de la mer Noire, le sud de la mer Rouge et le Golfe d’Aden.

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