En pleine guerre, les Iraniens peinent à s’informer ou à contacter leurs proches, après le blocage massif d’internet décidé par les autorités. Dans de nombreuses régions du pays, l’accès au réseau est devenu extrêmement limité, rendant les communications presque impossibles.
Selon l’observatoire NetBlocks, qui surveille la liberté de communication en ligne, le trafic internet en Iran reste «autour de 1% de ses niveaux habituels». Dans un message publié sur le réseau social X, l’organisme souligne que «le blackout d’internet dépasse désormais les 120 heures, avec une connectivité qui reste au point mort».
Les autorités iraniennes ont interrompu l’accès à internet samedi, peu après le début des frappes aériennes menées par Israël et les États-Unis contre l’Iran. Depuis, une grande partie de la population se retrouve plongée dans un quasi-blackout informationnel.
La République islamique dispose depuis des années d’un système particulièrement développé de contrôle du réseau. Même en temps normal, l’accès à internet est fortement restreint et plusieurs réseaux sociaux étrangers, comme Facebook, Instagram ou YouTube, sont régulièrement bloqués ou difficiles d’accès.
Pour contourner ces restrictions, de nombreux Iraniens utilisent habituellement des réseaux privés virtuels (VPN). Mais depuis la coupure actuelle, ces solutions fonctionnent très difficilement.
À Téhéran, un habitant joint par l’AFP explique que la connexion est devenue presque inutilisable. «Le débit est très lent», confie-t-il sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité. «On ne peut pas appeler et les messages vocaux n’arrivent pas. On ne peut qu’écrire».
Dans certaines villes, les habitants parviennent parfois à se connecter brièvement avant de perdre de nouveau l’accès. «La situation est déplorable», raconte un résident de Boukan, dans l’ouest du pays. «La connexion apparaît puis disparaît. Elle est tellement lente que les VPN ne fonctionnent même pas».
Pour les Iraniens vivant à l’étranger, cette coupure accroît l’angoisse. L’impossibilité de joindre leurs proches rend la situation encore plus stressante.
«C’est une source de stress supplémentaire», explique Awyar Shekhi, de l’organisation de défense des droits humains Hengaw. «Beaucoup vivent dans l’angoisse pour leurs familles, sans savoir si elles ont trouvé un abri ou si elles ont dû quitter leurs maisons».
Des voyageurs ayant quitté l’Iran pour rejoindre la Turquie racontent également avoir dû se déplacer sans connexion internet, et donc sans accès aux services de navigation sur téléphone comme Google Maps.
Menaces contre ceux qui contournent les restrictions
Selon NetBlocks, les autorités ont également renforcé les pressions contre les internautes tentant de contourner les blocages. L’organisation évoque «un environnement de plus en plus orwellien», dans lequel les opérateurs télécoms menacent d’actions en justice les utilisateurs qui cherchent à se connecter au réseau mondial.
Certaines personnes ayant utilisé un VPN ont ainsi reçu un message d’avertissement sur leur téléphone: «Si vous vous connectez à plusieurs reprises à l’internet international dans les prochains jours, votre ligne sera bloquée et les mesures nécessaires seront prises pour transmettre votre dossier aux autorités judiciaires».
Des coupures déjà utilisées par le passé
L’Iran a déjà recouru à ce type de coupure massive d’internet à plusieurs reprises. Les autorités avaient notamment bloqué l’accès au réseau pendant plusieurs semaines lors des grandes manifestations de janvier, ainsi que durant la guerre de douze jours avec Israël en juin 2025. À cette occasion, elles avaient également perturbé le fonctionnement des terminaux Starlink, interdits dans le pays. Cette technologie permet normalement d’accéder à internet par satellite via le réseau de satellites de la société SpaceX, fondée par Elon Musk.
Face à la coupure actuelle, de nombreux Iraniens n’ont d’autre choix que de se tourner vers l’intranet national, un réseau interne lancé en 2016 qui permet d’accéder uniquement à des services et plateformes locales, isolant ses utilisateurs du reste de l’internet mondial.
Lors d’une précédente coupure de trois semaines en janvier, les pertes économiques avaient été estimées à près de 30 millions d’euros par jour, selon le ministre iranien des Télécommunications Sattar Hashemi, qui avait alors mis en garde contre de possibles «conséquences sociales et sécuritaires».
Le fils du président iranien Massoud Pezeshkian, Yousef Pezeshkian, avait même appelé le 24 janvier à lever ces blocages, estimant que leur maintien creusait «le fossé entre la population et le gouvernement».



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