Le Pentagone et au moins un gouvernement du Golfe discutent de l’acquisition de drones intercepteurs conçus en Ukraine afin de contrer les attaques de drones iraniens, selon des acteurs du secteur de la défense ukrainien cités par le Financial Times.
Depuis le début de la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, plusieurs pays du Golfe ont utilisé des missiles Patriot coûteux pour se protéger des vagues de drones Shahed. Mais leurs stocks diminuent, ce qui les pousse à chercher des solutions moins onéreuses inspirées de l’expérience ukrainienne face aux attaques russes.
Selon l’article du Financial Times, en Ukraine, des drones intercepteurs produits en série et coûtant quelques milliers de dollars ont été développés pour abattre les versions russes des Shahed. À titre de comparaison, ces drones d’attaque coûtent environ 30.000 dollars, alors que les missiles d’interception utilisés par les systèmes Patriot peuvent valoir plusieurs millions de dollars.
Un responsable ukrainien a qualifié les discussions avec le Pentagone de sujet «sensible», tout en soulignant l’intérêt croissant pour ces technologies. Selon lui, ces drones intercepteurs peuvent neutraliser les Shahed «à un coût très faible». Toute vente de ces systèmes, même s’ils sont fabriqués à l’étranger, devrait toutefois se faire en coordination avec Kyiv.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué mardi avoir évoqué cette technologie avec l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad al-Thani, et le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed al-Nahyan. Il a affirmé que l’expertise de l’Ukraine pour contrer les drones Shahed est «actuellement la plus avancée au monde», tout en précisant que toute coopération ne devra pas affaiblir les capacités de défense ukrainiennes.
Selon des experts, cités par le Financial Times, l’Iran pourrait disposer de dizaines de milliers de drones Shahed. Depuis les frappes américaines et israéliennes contre son territoire, Téhéran en a lancé des centaines, notamment vers des pays du Golfe, dans le but de semer la peur et d’épuiser les systèmes de défense adverses.
Ces drones sont difficiles à neutraliser car ils peuvent être dissimulés et lancés depuis de nombreux sites, contrairement aux missiles dont les lanceurs peuvent être ciblés avant le tir.
Pour y faire face, Kyiv utilise également des canons antiaériens et des véhicules équipés de mitrailleuses. Depuis l’automne, l’Ukraine déploie aussi des drones intercepteurs rapides capables d’atteindre 250 km/h, contre 185 km/h pour un Shahed.
En revanche, l’Ukraine ne dispose pas encore d’un système efficace contre les nouveaux drones Geran-3 produits en Russie, équipés d’un moteur à réaction et capables de dépasser 550 km/h. Selon le ministère ukrainien de la Défense, Moscou en aurait lancé 54.000 l’an dernier.
Kyiv reste également attentive à ses propres stocks de munitions anti-drones. L’Ukraine espère toutefois que si les pays du Moyen-Orient utilisent ses intercepteurs à la place des missiles Patriot, davantage de missiles PAC-3 pourront rester disponibles pour l’Ukraine, qui en a besoin contre les missiles de croisière et balistiques.
Zelensky a indiqué avoir demandé à ses équipes de présenter des options aux pays intéressés, estimant que l’Ukraine peut aussi contribuer à «rétablir une navigation sûre» dans le Golfe.
Parmi les drones intercepteurs ukrainiens déjà déployés figurent le Merops, un drone à voilure fixe développé par des entreprises financées notamment par l’ancien dirigeant de Google Eric Schmidt, ainsi que le Sting, un quadricoptère produit par la société ukrainienne Wild Hornets. D’autres modèles sont également développés par plusieurs entreprises ukrainiennes spécialisées.
Selon un expert cité par le Financial Times, les tactiques iraniennes dans le Golfe rappellent celles utilisées par la Russie contre la ville portuaire d’Odessa: les drones volent au ras de l’eau pour éviter les radars et compliquer leur interception. Des drones intercepteurs déployés en mer auraient alors les meilleures chances de les neutraliser.
En Ukraine, une douzaine d’entreprises produisent déjà ce type d’intercepteurs cinétiques, souvent sous forme de petits drones rapides coûtant seulement quelques milliers de dollars.
Longtemps considérés comme une menace mineure, les drones Shahed ont récemment démontré leur capacité à causer des dégâts. Une vidéo diffusée samedi montre notamment l’un d’eux détruire une antenne satellite dans une base navale américaine à Manama, au Bahreïn, siège de la 5e flotte américaine.
«Le fait que ces drones parviennent à passer, et même à atteindre une base militaire majeure en plein jour, est stupéfiant», a déclaré au Financial Times une source ayant servi au quartier général de cette flotte.



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