Écoles au Liban: vers une réouverture progressive ?
©Ici Beyrouth

Face à l’escalade sécuritaire et à la fermeture temporaire des établissements imposée par les autorités, le secteur éducatif au Liban tente de réorganiser ses priorités. La question centrale demeure celle de la reprise des cours et des modalités d’enseignement dans un contexte marqué par des déplacements de population et la transformation de nombreuses écoles en centres d’hébergement.

On rappelle, à cet égard, que dans la nuit de dimanche à lundi, le Hezbollah a tiré des missiles et des drones en direction d’Israël, provoquant une nouvelle escalade militaire dans le pays.

Dans ce cadre, le secrétaire général des écoles catholiques, le père Youssef Nasr, a indiqué que, si les conditions le permettent, le retour à l’enseignement présentiel pourrait reprendre dès mardi (soit le 10 mars prochain), là où cela sera possible et en fonction de l’évaluation de la situation sécuritaire.

Une reprise conditionnée à l’évolution sécuritaire

Interrogé par Ici Beyrouth, le père Nasr a rappelé que, lundi, le ministère de l’Éducation a publié un communiqué appelant à la fermeture des établissements publics comme privés. «Les écoles catholiques ont respecté cette décision, considérant que les circonstances justifiaient une suspension temporaire», note le secrétaire général.

Il poursuit. À partir de mercredi, certaines écoles catholiques ont commencé à organiser, là où cela est possible, un enseignement en ligne. Le secrétariat général a appelé les établissements à adopter cette solution de manière transitoire pour les jours suivants, tout en espérant un retour progressif au présentiel dès mardi prochain (soit le 10 mars), si les conditions sécuritaires le permettent.

Le père Nasr insiste cependant sur un point fondamental: les décisions doivent être prises dans le cadre d’un dialogue avec le ministère de l’Éducation et d’une vision globale couvrant l’ensemble du système éducatif. Selon lui, il ne s’agit pas uniquement de penser aux écoles situées dans des zones relativement sécurisées, mais également aux établissements implantés dans des régions en danger, aux élèves déplacés, aux écoles transformées en refuges et aux familles directement touchées par les combats.

Il appelle ainsi à l’ouverture d’une réflexion sérieuse sur l’avenir de l’éducation au Liban dans le contexte actuel: quelles solutions adopter ? Quels moyens mobiliser ? Comment adapter les dispositifs à chaque région ? Pour lui, chaque élève a droit à l’éducation et les réponses ne peuvent pas être uniformes.

Concernant les écoles privées situées dans des zones à risque ou accueillant un nombre important de déplacés, il estime qu’elles peuvent continuer l’enseignement en ligne. Il insiste sur la nécessité de varier les moyens selon les circonstances: «On ne peut pas faire pareil dans toutes les régions», mais il faut continuer à agir et à adapter les outils disponibles.

L’enjeu des écoles publiques

La situation apparaît toutefois plus complexe pour les écoles publiques, dont un grand nombre ont été transformées en centres d’hébergement pour les déplacés.

Le père Youssef Nasr souligne, à cet égard, que ces établissements appartiennent aux élèves libanais, même lorsqu’ils sont utilisés temporairement comme refuges. «Il faut penser à ces enfants et trouver des solutions adaptées», a-t-il insisté dans un entretien accordé à Ici Beyrouth. Et de rappeler que des précédents existent. Lors des crises passées, notamment en 2024, certaines écoles transformées en centres d’accueil ont permis aux élèves de suivre les cours en ligne, tandis que d’autres ont intégré temporairement les élèves déplacés dans des établissements privés fonctionnels. Selon lui, plusieurs solutions ont déjà été expérimentées et peuvent servir de base pour organiser la réponse actuelle.

Au-delà des décisions immédiates, la situation actuelle révèle une nouvelle fois la fragilité du système éducatif libanais face aux crises successives. L’enseignement ne peut pas être uniformisé à l’échelle nationale lorsque les réalités sécuritaires varient d’une région à l’autre.

Le père Youssef Nasr considère toutefois qu’il est indispensable d’essayer, de planifier et de proposer des solutions plutôt que d’interrompre totalement le processus éducatif.

La coordination entre le ministère, les syndicats, les réseaux d’écoles privées et les autorités locales apparaît ainsi comme un élément clé pour organiser une réponse cohérente. L’objectif commun reste la préservation du droit à l’éducation, la protection des élèves et la continuité pédagogique dans un contexte d’instabilité prolongée.

L’évolution de la situation sécuritaire dans les prochains jours déterminera si le retour progressif au présentiel pourra se concrétiser dès mardi là où cela est possible, ou si le système devra prolonger le recours à l’enseignement à distance et aux solutions hybrides.

 

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