Dar al-Hadara prise pour cible: ce qui se cache derrière la maison d'édition du Hezbollah
©Ici Beyrouth

Au cœur de la banlieue sud de Beyrouth, et plus particulièrement à Haret Hreik, un bâtiment a été pris pour cible aux premières heures de la journée du mardi. Des frappes aériennes israéliennes ont visé Dar al-Hadara al-Islamiya. Officiellement présentée comme une maison d’édition et d’impression à vocation culturelle et religieuse, l’institution occupe une place bien plus structurante dans l’écosystème idéologique du Hezbollah.

Une maison d’édition pas comme les autres

Implantée dans un quartier considéré comme l’un des bastions du Hezbollah, Dar al-Hadara al-Islamiya (littéralement «Maison de la culture islamique») se consacre à la publication d’ouvrages religieux chiites, de traités théologiques et de textes doctrinaux. On y retrouve notamment des traductions et rééditions des écrits de l’ayatollah Ruhollah Khomeini et de l’ayatollah Ali Khamenei, figures centrales de la pensée politique de Wilayat al-faqih, principe fondateur de la République islamique d’Iran et référence idéologique majeure du Hezbollah.

La maison publie également des ouvrages consacrés à la Résistance, notion cardinale dans le discours de la formation chiite, articulée autour de la lutte contre Israël et de la légitimation du combat armé. À ce titre, Dar al-Hadara ne se limite pas à un rôle religieux: elle participe à la consolidation d’un récit politique et identitaire.

Un maillon du dispositif idéologique

Au-delà de la publication d’ouvrages, l’institution assure l’impression de supports pédagogiques destinés à des structures affiliées au Hezbollah. Parmi elles figure le réseau scolaire al-Mahdi, qui regroupe plusieurs établissements au Liban et qui relève de l’association éducative de la milice pro-iranienne. Ces écoles, tout en suivant les programmes officiels libanais, intègrent un encadrement religieux et idéologique spécifique.

Dar al-Hadara imprime également des documents destinés aux mouvements de jeunesse et aux organisations sociales gravitant autour du Hezbollah. Dans un système où la formation chiite ne se limite pas à une formation politique ou militaire mais fonctionne comme une véritable société parallèle – avec ses écoles, ses associations caritatives, ses médias et ses structures sanitaires – l’outil éditorial joue un rôle essentiel dans la diffusion de la ligne doctrinale.

Vecteur de propagande

Il faut dire que l’institution ne se contente pas de publier des livres. Elle sert aussi à produire des brochures, des affiches, des dépliants et divers supports destinés à ancrer la narration du Hezbollah auprès de sa base populaire. Dans un contexte de confrontation récurrente avec Israël, ces supports participent à la mobilisation communautaire et à l’entretien d’une mémoire militante structurée autour du martyre et de la résistance.

La centralité de l’outil médiatique et culturel dans la stratégie du Hezbollah n’est pas nouvelle. Depuis sa fondation dans les années 1980, le parti a investi dans la production intellectuelle et symbolique comme complément de son action militaire. À côté de sa chaîne Al-Manar (dont le bâtiment a été pris pour cible dans la nuit de lundi à mardi) et de ses organes de presse, les maisons d’édition constituent un levier plus discret mais tout aussi stratégique, dans le sens où elles façonnent le corpus idéologique transmis aux cadres, aux enseignants et aux militants.

Pourquoi une cible stratégique ?

La frappe contre Dar al-Hadara al-Islamiya s’inscrit dans une logique qui dépasse la seule dimension militaire. En visant une infrastructure culturelle, l’attaque touche un maillon de la chaîne de production idéologique du Hezbollah. Or, pour une organisation structurée à la fois comme formation politique, mouvement armé et réseau social, la bataille du récit est indissociable de la confrontation armée.

Cibler un centre d’impression, c’est affaiblir, du moins temporairement, la capacité de diffusion doctrinale et organisationnelle. C’est aussi adresser un message: l’appareil du Hezbollah ne se limite pas à ses positions militaires ou à ses dépôts d’armes, mais englobe un ensemble d’institutions civiles qui participent à sa cohésion interne et à sa légitimité communautaire.

Ainsi et au-delà des dégâts matériels, c’est un pan du dispositif culturel et éducatif de la milice qui a été directement visé, au moment où l’escalade régionale redéfinit, jour après jour, les lignes de front visibles et invisibles.

 

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