Dans son article consacré au débat sur la normalisation entre le Liban et Israël, Le Monde choisit un angle commode : celui d’une « minorité très visible » qui pousserait vers la paix, comme si le refus de la guerre était une marginalité, presque une anomalie politique. Cette lecture est non seulement réductrice ; elle est révélatrice d’un vieux réflexe intellectuel qui consiste à considérer que le Liban serait condamné à rester prisonnier du Hezbollah, de la confrontation permanente et du tabou imposé par la peur.
Or, la réalité est autrement plus simple : une grande partie des Libanais ne veut plus de guerre. Elle ne veut plus que le pays soit détruit au nom d’agendas régionaux. Elle ne veut plus que le Hezbollah décide seul du sort des frontières, des villages du Sud, de l’économie et de l’avenir national. Elle veut un État, une souveraineté, des frontières stables et une paix durable avec le voisin israélien, dès lors que les intérêts du Liban sont garantis. Dans cette optique, le président de la République Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam insistent sur la nécessité de négociations directes avec Israël. L’État libanais a également affirmé sa volonté de démanteler le Hezbollah, tout en qualifiant les activités militaires du mouvement d’illégales.
C’est cette voix que portent MTV et This is Beirut. Et contrairement à ce que suggère l’article, ces médias ne sont pas « allés trop loin ». Ils ont simplement osé aller là où beaucoup n’osent pas encore s’aventurer : dans le camp de la souveraineté, de la responsabilité et de la paix. Donner la parole à des responsables israéliens ou ouvrir un débat sur la fin de l’état de guerre ne relève pas d’une faute journalistique. C’est, au contraire, un acte de courage dans un pays où le mot « paix » a été confisqué par ceux qui préfèrent entretenir la peur.
MTV et This is Beirut n’ont ni peur ni honte de défendre cette ligne. Ils défendent les intérêts du Liban, non ceux du Hezbollah. Ils défendent le droit des Libanais à vivre sans bombardements, sans menaces, sans chantage militaire. En dépit de la loi de boycott, instrument d’un autre âge devenu outil d’intimidation politique, ils posent une question essentielle : qui sert vraiment le Liban ? Ceux qui parlent de paix, ou ceux qui condamnent le pays à une guerre permanente ?
La réponse est évidente. Promouvoir la paix n’est pas une trahison. La trahison, c’est d’avoir normalisé la guerre. C’est d’avoir accepté qu’une milice impose au pays son agenda, ses alliances et ses catastrophes. C’est d’avoir transformé le Liban-Sud en zone sacrificielle. C’est d’avoir laissé croire que tout contact, tout débat, toute réflexion stratégique sur Israël serait moralement interdit, alors même que le Liban paie chaque jour le prix de cette impasse.
L’article de Le Monde s’appuie notamment sur des intervenants connus pour leur hostilité régulière envers les médias souverainistes comme MTV et This is Beirut. Leur lecture n’est pas neutre. Elle s’inscrit dans un univers idéologique bien identifié, marqué par une sensibilité de gauche libérale et par des réseaux de la société civile, souvent associés par leurs adversaires à l’écosystème Soros. On peut parfaitement défendre cette vision. Mais il faut alors la nommer. Ce n’est pas une vérité objective descendue du ciel : c’est une grille de lecture politique, avec ses biais, ses alliances et ses angles morts.
Même procédé lorsqu’il s’agit de promouvoir la paix avec Israël. En quoi cela serait-il honteux ? Dans un pays épuisé par la faillite, la violence et les guerres importées, défendre la paix est une position honorable. Ceux qui s’en indignent devraient expliquer pourquoi ils préfèrent que le Liban reste otage de la logique du Hezbollah. Car au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit : choisir entre un pays normal, souverain et pacifié, ou un pays militarisé, appauvri et suspendu aux décisions de Téhéran.
La tentative de réduire le camp de la paix à une minorité chrétienne ou médiatique est donc une manœuvre intellectuelle faible. Elle permet d’éviter le vrai débat : le Hezbollah n’a plus le monopole moral de la cause nationale. Il ne représente pas l’ensemble des Libanais. Il ne peut plus imposer indéfiniment au pays sa définition de l’honneur, de la résistance et de la souveraineté. Pour beaucoup de Libanais, l’honneur aujourd’hui consiste à sauver le pays, pas à l’entraîner dans une nouvelle guerre.
MTV et This is Beirut ont le mérite de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : le Liban doit sortir de la logique de guerre. Il doit parler, négocier, défendre ses droits, garantir ses frontières et construire une paix durable. Cela ne signifie ni capitulation, ni naïveté, ni alignement. Cela signifie simplement que l’intérêt national libanais doit primer sur les slogans creux et les aventures militaires.
Le vrai scandale n’est donc pas que des médias libanais défendent la paix. Le vrai scandale est qu’il faille encore du courage pour le faire.



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