Le Hezbollah en 2026: état des lieux d'un arsenal reconstruit à 20%

La nuit du dimanche au lundi, le Hezbollah a revendiqué pour la première fois depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 un tir de roquettes vers le nord d'Israël. Le groupe terroriste a présenté cette attaque comme une «vengeance pour le sang du Guide suprême Ali Khamenei», tué samedi dans les premières heures de la campagne de bombardements américano-israélienne contre la République islamique. 

Une roquette a été interceptée par l'armée israélienne au sud de Haïfa, plusieurs autres sont tombées dans des zones ouvertes sans faire de victimes. Le Hezbollah a qualifié l'attaque d'«avertissement» et exigé le retrait israélien des cinq positions frontalières toujours occupées en territoire libanais, en violation du cessez-le-feu. 

Ce tir de roquettes, aussi minable soit-il, pose une question centrale : dans quel état réel se trouvent les capacités militaires du Hezbollah, quinze mois après la guerre dévastatrice de 2024 ?

Un arsenal réduit mais loin d'être neutralisé

La guerre de 2024 a infligé des pertes considérables aux stocks d'armes du Hezbollah. Selon l'Institute for the Study of War (ISW), l'armée israélienne a décimé les arsenaux du groupe et détruit une grande partie de ses infrastructures militaires. 

Pourtant, le mouvement a entamé une reconstitution rapide. L'ISW estime que le Hezbollah a réapprovisionné au moins un cinquième de ses stocks d'avant-guerre. Le centre de recherche israélien Alma chiffre l'arsenal actuel à environ 25 000 roquettes et missiles, principalement à courte et moyenne portée, avec une capacité de tir de plusieurs dizaines de projectiles par jour. À cela s'ajoute un stock plus limité d'armements avancés – missiles de précision, missiles de croisière, systèmes de défense antiaérienne et missiles mer-terre – représentant de quelques dizaines à quelques centaines d'exemplaires chacun.

Le domaine des drones constitue un axe majeur de la reconstruction. Alma recense environ 1 000 drones kamikazes en possession du groupe, et souligne que l'étendue totale de la flotte de drones demeure mal connue. Le Hezbollah s'efforce par ailleurs de développer une production domestique d'armements sur le sol libanais, tout en poursuivant la contrebande via la voie maritime – désormais privilégiée – et les réseaux terrestres à travers la Syrie, malgré les opérations de contre-contrebande menées par le gouvernement syrien.

Une structure de commandement fragilisée

Sur le plan humain, le Hezbollah dispose encore d'une force combattante substantielle. Alma évalue le nombre de combattants actifs entre 40 000 et 50 000, auxquels s'ajoutent 30 000 à 50 000 réservistes. 

La pièce maîtresse de cette force offensive reste l'unité Radwan, que le groupe s'emploie à reconstruire en priorité. Elle compte aujourd'hui environ 5 000 membres, dont quelque 3 000 combattants et 2 000 personnels de soutien. Cette unité d'élite conserve des capacités d'infiltration terrestre et maritime, d'attaques antichar et de tirs de tireurs d'élite.

Mais le niveau du commandement constitue la vulnérabilité la plus aiguë de l'organisation. Les éliminations ciblées opérées pendant la guerre, puis tout au long du cessez-le-feu – dont celle de Haytham Ali Tabatabai en novembre 2025 – ont créé un vide à la tête du mouvement. 

Alma décrit une crise de leadership prolongée, des tensions internes entre responsables survivants, et une érosion accélérée de l'encadrement intermédiaire. Les commandants de terrain sont simultanément chargés des missions militaires et du soutien social aux familles de combattants touchés par la guerre, dans un contexte de frustration croissante au sein de la base populaire chiite.

Un redéploiement stratégique au nord du Litani

La configuration géographique du Hezbollah a profondément changé depuis 2024. L'ISW note que la décision du gouvernement libanais de mettre en œuvre un plan de désarmement de l’armée libanaise au sud du Litani a conduit le Hezbollah à y réduire drastiquement sa présence militaire. 

Les 10 000 soldats de l’armée déployés dans le sud compliquent également toute velléité de retour du groupe dans la zone frontalière. L'organisation a en conséquence concentré l'essentiel de ses forces au nord du Litani et dans la plaine de la Békaa, où se trouvent ses dépôts d'armes, ses tunnels stratégiques et ses infrastructures de lancement.

Cette nouvelle géographie militaire contraint le Hezbollah à repenser sa doctrine. Incapable de déployer ses unités Radwan le long de la frontière comme avant le 7 octobre, il s'oriente vers une stratégie fondée sur des frappes à longue portée depuis le centre et le nord du Liban. L'ISW signale que des missiles longue portée et d'autres actifs ont été positionnés dans des zones montagneuses de l'Iqlim al-Tuffah, d'al-Rihan et du district de Jezzine – secteurs sur lesquels les frappes israéliennes se sont intensifiées.

Le soutien iranien, pilier de la reconstruction

L'Iran demeure le principal moteur de la reconstruction du Hezbollah. Alma souligne que Téhéran maintient son engagement stratégique à travers la contrebande d'armes, des canaux de financement illicites, et un appui technique soutenu. Des personnels des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) et de la Force Qods sont présents sur le sol libanais, dispensant supervision, formation et expertise dans plusieurs domaines. 

Le Washington Institute confirme que des milliards de dollars continuent d'affluer vers le groupe via divers réseaux, malgré les sanctions et les réformes économiques du gouvernement libanais visant à restreindre les institutions financières du Hezbollah.

Une capacité de frappe réelle, conditionnée par Khamenei

La question centrale, au moment où le Hezbollah tire ses premières roquettes depuis novembre 2024, est celle de l'étendue réelle de son engagement futur. Les trois analyses convergent : le groupe peut opérationnellement rejoindre un conflit armé, mais son implication dépend d'une décision du Guide suprême. 

Pendant la guerre de douze jours contre l'Iran en juin 2025, le Hezbollah ne s'est pas engagé malgré la pression du CGRI, faute d'ordre de Khamenei. La mort de ce dernier change fondamentalement l'équation. Comme le relève l'ISW, une attaque perçue comme visant à provoquer l'effondrement du régime iranien – ce qui est précisément l'objectif déclaré de la campagne américano-israélienne – pourrait constituer la ligne rouge qui déclencherait une intervention à grande échelle. L'attaque de cette nuit ressemble encore à un avertissement calculé. Mais le Hezbollah, affaibli et désormais sans maître à Téhéran pour lui intimer la retenue, entre dans une zone d'imprévisibilité inédite.

Commentaires
  • Aucun commentaire