Les frappes américaines contre l'Iran pourraient gravement perturber l'approvisionnement mondial en pétrole brut et faire grimper les prix à des niveaux inédits depuis plusieurs années. L'AFP fait le point sur les risques.
Un producteur majeur
L'Iran figure encore dans le top 10 des producteurs mondiaux de pétrole, même si sa production a chuté depuis les années 1970, notamment sous l'effet des sanctions américaines successives.
« En 1974, l'Iran était le troisième producteur mondial après les États-Unis et l'Arabie saoudite, devant la Russie, avec environ six millions de barils par jour », a déclaré à l'AFP Arne Lohmann Rasmussen, analyste en chef chez Global Risk Management.
Aujourd'hui, l'Iran produit environ 3,1 millions de barils par jour, selon l'OPEP, dont la République islamique est membre. Ce volume reste considérable, et l'Iran détiendrait les troisièmes réserves mondiales de pétrole brut, ce qui lui confère une importance stratégique majeure. Son industrie pétrolière est par ailleurs jugée en bien meilleure santé que celle du Venezuela, autre pays frappé par des années de sanctions américaines.
Le détroit d'Ormuz
Le principal risque pour le marché pétrolier reste un blocage du détroit d'Ormuz, qui relie le Golfe persique au golfe d'Oman, et que l'Iran a fréquemment menacé de paralyser.
Cette voie maritime est de loin la principale route d'approvisionnement reliant les pays producteurs du Moyen-Orient au reste du monde. En 2024, quelque 20 millions de barils de brut y transitaient quotidiennement, soit près de 20 % de la consommation mondiale, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA).
Le détroit est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur, environ 50 kilomètres, et de sa profondeur limitée, n'excédant pas 60 mètres. « Le simple doute sur la sécurité du détroit suffirait à contraindre de nombreux navires à des difficultés de transit, les primes d'assurance s'envolant aussitôt », a averti Rasmussen. Selon Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank, seules l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent d'infrastructures alternatives significatives, capables d'acheminer au maximum 2,6 millions de barils par jour.
Un pétrole très rentable
Le pétrole iranien est relativement facile et peu coûteux à extraire, avec des coûts de production pouvant descendre à 10 dollars le baril, ce qui le rend particulièrement rentable. Seuls l'Arabie saoudite, l'Irak, le Koweït et les Émirats bénéficient de coûts comparables. À titre de comparaison, les grands producteurs occidentaux comme le Canada ou les États-Unis supportent des coûts compris entre 40 et 60 dollars le baril.
Avec de tels coûts, l'Iran profite de manière disproportionnée de la hausse des prix mondiaux, un facteur décisif pour une économie fortement dépendante des revenus pétroliers. Les sanctions américaines imposées depuis la révolution islamique de 1979 ont considérablement réduit ses débouchés à l'exportation, d'autant que Donald Trump a relancé sa politique de « pression maximale » sur Téhéran dès son retour à la Maison-Blanche. L'an dernier, Washington a ciblé les raffineries chinoises indépendantes, accusées d'acheter du brut iranien. La Chine continue néanmoins d'en acquérir à des prix inférieurs au marché. L'Iran exporte entre 1,3 et 1,5 million de barils par jour, dont plus de 80 % à destination des raffineries chinoises.
L'impact sur les voisins de l'Iran
Les pays voisins de l'Iran, des États du Golfe à la Turquie et au Pakistan, redoutent une réponse iranienne, leurs bases militaires américaines les plaçant en première ligne. Ils « savent qu'ils sont vulnérables, car les Iraniens disposent de suffisamment de missiles à moyenne portée pour frapper des points vitaux », a souligné Pierre Razoux, directeur des études à la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques. Les infrastructures à risque incluent les hubs pétroliers, les centrales électriques et les usines de dessalement.
Une envolée des prix du pétrole ferait par ailleurs peser le risque d'un retour de l'inflation mondiale. Un baril de brut à 100 dollars, un niveau inédit depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, pourrait également fragiliser Donald Trump avant les élections de mi-mandat, lui qui a promis à ses électeurs une énergie bon marché.



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