La communauté musulmane, clé de toute paix crédible au Liban
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Le Liban se retrouve une fois de plus au bord d’une confrontation militaire, menaçant de répéter des scènes trop familières de destruction et de pertes humaines. Alors que les tensions régionales s’intensifient et que la perspective d’une frappe américaine contre l’Iran se précise, le Hezbollah semble prêt à placer le pays directement dans la ligne de feu pour défendre le régime iranien, avec peu de considération pour les intérêts nationaux.

Face à cette menace croissante, l’État libanais et les forces politiques opposées au Hezbollah peinent à exercer une influence réelle. Plutôt que de développer une stratégie visant à protéger le pays, ils restent spectateurs, n’émettant que des objections de principe, sans proposer de solution politique.

Élever le ton du débat politique ou parier sur des changements dans l’équilibre régional ne dégage aucun parti libanais de ses responsabilités. La protection du Liban ne se garantit ni par une posture passive, ni en attendant des arrangements régionaux. Elle exige une initiative politique audacieuse qui réaffirme la souveraineté du pays et affirme que sa sécurité n’est pas un détail secondaire des rivalités géopolitiques, mais une priorité absolue et non négociable.

Depuis des décennies, le Liban fait face à une hostilité permanente avec Israël, ponctuée de guerres périodiques et de coûts humains et matériels considérables. Cette situation a rendu le pays vulnérable à chaque secousse régionale et constamment exposé au risque de devenir un théâtre de conflits étrangers. Les tabous politiques entourant une éventuelle normalisation avec Israël doivent être confrontés et dépassés. L’intérêt national du Liban doit primer sur toute autre considération.

Parmi ces considérations figurent l’Initiative de paix arabe de 2002 et le cadre de longue date d’une solution à deux États entre Israéliens et Palestiniens. Dans les faits, l’Initiative de paix arabe a depuis longtemps perdu son élan, ce constat se renforçant face aux priorités régionales changeantes et à la vague d’accords bilatéraux de normalisation avec Israël. Quant à la solution à deux États, elle reste une entreprise complexe, dépendant en dernière instance des deux parties principales : Israéliens et Palestiniens.

Le Liban a payé un lourd tribut humain et économique au nom de la cause palestinienne. Continuer à fonder sa position sur les évolutions palestiniennes est peu susceptible de changer le cours des événements. Le refus de normaliser ses liens avec Israël n’a pas favorisé l’émergence d’un État palestinien, et un accord de paix ne serait pas déterminant pour sa création.

La paix libano-israélienne doit donc être envisagée à travers le prisme de la sécurité, de la stabilité et des intérêts nationaux, et non au travers de réflexes idéologiques ou de calculs régionaux sur lesquels Beyrouth exerce peu d’influence. Elle ne peut plus se limiter à une idée théorique ou à une opinion isolée.

Cela doit se traduire par des actions politiques organisées, telles que des réseaux de plaidoyer et des campagnes dans lesquelles partis politiques et personnalités publiques mettent publiquement les intérêts du pays au premier plan. L’option de la paix doit s’intégrer au débat public comme un projet politique sérieux, capable de répondre aux crises en cours tout en ouvrant des voies vers la stabilité, la prospérité et un avenir plus viable.

À cet égard, ce sont les figures et forces musulmanes sunnites et chiites, plutôt que les acteurs chrétiens, qui devraient prendre la tête de toute initiative de paix. L’histoire du Liban offre un précédent frappant : l’indépendance vis-à-vis de la France en 1943 n’aurait pas réussi sans une position chrétienne claire et audacieuse en faveur de la fin du mandat, alors que l’opposition musulmane était déjà acquise. De même, la fin de l’hégémonie syrienne en 2005 a gagné une légitimité nationale plus large et a finalement réussi lorsque des figures musulmanes se sont jointes aux forces chrétiennes dans cette cause.

Toute évolution stratégique sérieuse et crédible dans les relations avec Israël nécessitera donc une position claire et progressive des acteurs sunnites et chiites. Dans l’équilibre confessionnel délicat du pays, l’identité de ceux qui portent une initiative est souvent aussi déterminante que l’initiative elle-même. Concrètement, cela implique d’élire aux prochaines élections législatives des parlementaires sunnites et chiites qui soutiennent ouvertement la paix avec Israël. Ces élus présenteraient des études démontrant les effets positifs de la paix sur la sécurité et l’économie, incluant le tourisme, l’industrie manufacturière et les opportunités dans l’intelligence artificielle et d’autres technologies à forte valeur ajoutée.

Il est essentiel que ces représentants expliquent comment la paix pourrait servir les intérêts de la communauté chiite et du Liban-Sud, qui ont historiquement payé le plus lourd tribut dans le conflit avec Israël. Parallèlement, des délégations composées de figures sunnites et chiites devraient se rendre dans les capitales arabes et islamiques pour présenter la perspective libanaise sur la paix avec Israël et en souligner l’importance pour la stabilité intérieure et régionale.

En l’absence d’un projet clairement défini et prospectif, porté par l’État ou une grande force politique, la vie politique libanaise se réduit à la gestion de crises perpétuelles. Les échéances passent sans horizon, les crises économiques et sociales s’aggravent, et le rôle de la classe politique se limite à contenir les retombées, plutôt qu’à s’attaquer aux causes profondes avec une vision stratégique.

Dans cet environnement dysfonctionnel, un projet de paix avec Israël pourrait être la seule initiative capable de proposer une conception fondamentalement différente de l’avenir du Liban. Il ne s’agirait pas seulement de libérer le pays des cycles interminables de guerre, mais aussi de redéfinir sa posture régionale. Le Liban se trouve à la croisée des chemins entre crises sans fin et nouvelle vision stratégique. Au final, l’enjeu ne réside pas dans le slogan de la «paix» lui-même, mais dans la capacité du pays à dépasser la simple survie face aux crises et à restaurer l’espoir en un État fonctionnel.

 

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