Le Liban rejoindra-t-il le grand corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe (IMEC), ce mégaprojet destiné à relier l’Asie à l’Europe via le Golfe et la Méditerranée? Longtemps tenu à l’écart du tracé initial, le pays du Cèdre pourrait finalement voir sa position reconsidérée, sous impulsion française.
Mercredi matin, l’émissaire du président français, Gérard Mestrallet, ancien PDG de GDF Suez (devenu ENGIE), a rencontré le chef de l’État, Joseph Aoun, pour exposer les contours et les enjeux stratégiques du projet. Selon lui, Paris plaide pour l’intégration du Liban au corridor, estimant que le pays constitue un relais logistique naturel à l’est de la Méditerranée — et qu’il a, plus que jamais, besoin d’un levier de relance économique.
Un projet d’envergure mondiale
Officiellement lancé lors du sommet du G20 à New Delhi en septembre 2023, l’IMEC (India–Middle East–Europe Economic Corridor) ambitionne de redessiner les routes du commerce mondial.
Le corridor prévoit la mise en place d’un réseau intégré multimodal de 4 800 kilomètres combinant donc transport maritime, liaisons ferroviaires et routières, interconnexions énergétiques et infrastructures numériques.
Son coût global est estimé à 500 milliards d’euros, pour un calendrier de réalisation compris entre huit et dix ans.
Le dispositif s’articule autour de deux branches principales:
- Un corridor oriental, reliant l’Inde aux pays du Golfe, notamment via des liaisons maritimes vers les Émirats arabes unis.
- Un corridor nord, prolongeant la connexion du Golfe vers l’Europe à travers des réseaux terrestres et maritimes.
Objectif: réduire les délais de transit, abaisser les coûts logistiques et proposer une alternative stratégique aux routes dominées par le canal de Suez.
Un projet freiné par les tensions régionales
À ce stade, les partenaires identifiés incluent l’Inde, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la Jordanie, Israël, la Grèce, ainsi que plusieurs États membres de l’Union européenne.
L’instabilité sécuritaire persistante à Gaza depuis octobre 2024, ainsi que les tensions géopolitiques entre Israël et l’Iran, ralentissent toutefois l’avancement des études préparatoires, selon Gérard Mestrallet. Le contexte régional demeure un facteur d’incertitude majeur pour la concrétisation du corridor.
Le Liban: occasion manquée ou opportunité historique ?
D’après des sources proches du dossier, Beyrouth aurait tout intérêt à «prendre le train en marche». L’adhésion au projet pourrait générer des revenus fiscaux estimés entre 3,5 et 4,5 milliards de dollars et permettre la création d’environ 5 000 emplois.
Au-delà des retombées financières immédiates, l’intégration à l’IMEC repositionnerait le Liban sur la carte économique et géopolitique régionale, après plusieurs années d’effacement.
Mais le coût du ticket d’entrée est élevé: la participation libanaise au mégaprojet est évaluée entre 170 et 190 milliards de dollars. Un engagement massif pour un pays en crise profonde.
Investir pour exister
L’équation est simple: il n’y a pas de rendement sans investissement, ni de profit sans prise de risque. En d’autres termes, on n’a rien sans rien.
Pour le Liban, l’IMEC représente moins un projet d’infrastructure qu’un choix stratégique: rester en marge des nouvelles routes du commerce mondial — ou redevenir un carrefour.




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