Escalade de la guerre des drones au Soudan: ce que l'on sait
Un drone Bayraktar TB2 de fabrication turque est photographié en vol le 16 décembre 2019 à la base aérienne militaire de Gecitkale, près de Famagouste, dans la République turque de Chypre du Nord (RTCN) autoproclamée. ©BIROL BEBEK / AFP

Le conflit entre l'armée et les paramilitaires au Soudan a connu ces derniers mois une intensification des frappes de drones contre des positions militaires mais aussi des maisons, des écoles, des marchés ou des hôpitaux.

Les affrontements ont fait des milliers de morts et des millions de déplacés depuis avril 2023, plongeant le pays dans une crise humanitaire majeure.

Inquiétudes internationales 

Le Haut-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, Volker Türk, a récemment déploré «les conséquences dévastatrices pour les civils de cette escalade dans l'usage des systèmes de drones».

Des médias proches de l'armée ont rapporté ce mois-ci que les forces régulières avaient détruit des drones utilisés par les FSR. De leur côté, les paramilitaires annoncent régulièrement la destruction de drones turcs dans les zones de combats.

Lors de la dernière session du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Soudan, la ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a affirmé que toute trêve serait impossible tant que les rivaux pourraient se procurer «plus d'armes létales, avec le soutien extérieur d'au moins une douzaine d'États qui les financent, les fabriquent, les transportent ou les font transiter».

Les Émirats arabes unis ont été accusés à plusieurs reprises d'armer les FSR, des accusations qu'Abou Dhabi dément farouchement.

L'Égypte, l'Arabie saoudite, l'Iran et la Turquie soutiennent le général Abdel Fattah al-Burhane, commandant de l'armée régulière et dirigeant de facto du pays depuis le coup d'État de 2021.

Drones utilisés par l'armée 

Les FSR accusent l'armée d'utiliser des drones turcs Bayraktar TB2. Le TB2 – d'une longueur de 6,5 mètres et d'une envergure de 12 mètres – peut parcourir 150 kilomètres et voler pendant 27 heures avec une charge de 150 kg.

Selon les FSR, l'armée déploie aussi des drones Bayraktar Akinci, plus sophistiqués, d'une portée de 7.500 km avec 25 heures d'autonomie.

Des images satellite vérifiées par l'AFP montrent la présence récurrente, ces derniers mois, d'avions correspondant à des drones Bayraktar sur une base aérienne située dans le sud-ouest de l'Égypte, à environ 60 kilomètres de la frontière soudanaise. Le Caire a toujours nié toute implication militaire dans le conflit.

Selon le Conflict Observatory, financé par les États-Unis, l'Iran a livré à l'armée des drones Mohajer-6 entre décembre 2023 et juillet 2024.

L'Observatoire a aussi identifié un Mohajer-6 stationné au sol à Khartoum en 2024. Long de 5,6 mètres, avec une portée comprise entre 500 et 2.000 km, ce drone de combat équipé de caméras peut transporter des missiles air-sol.

Selon le chercheur français Roland Marchal, les drones fournis par l'Iran ont joué un rôle crucial dans la contre-offensive qui a permis à l'armée de reprendre Khartoum et Wad Madani, une ville clef du centre du pays, au printemps 2025.

Drones utilisés par les FSR 

Dans une enquête en 2025, Amnesty International a démontré que les paramilitaires utilisaient des drones chinois Wing Loong II et FH-95, fournis par les Émirats.

Amnesty a également identifié des fragments d'une bombe Norinco GB50A, compatible avec les engins chinois, après une frappe des FSR sur une ville du Darfour-Nord en mars 2025. Le marquage indiquait une fabrication en 2024.

La présence de FH-95, d'une portée de 250 km, avec une charge utile de 200-250 kg, a été documentée par le laboratoire HRL de l'université américaine de Yale, qui en a recensé trois entre décembre 2024 et janvier 2025, à l'aéroport de Nyala (au Darfour-Sud), contrôlé par les FSR.

Le HRL signale également un usage plus fréquent par les FSR de «drones kamikazes».

Des images satellite de janvier et février 2026 identifient au moins 85 objets correspondant à ces munitions rôdeuses sur deux sites à Nyala : l'aéroport et l'ancien quartier général de la mission onusienne.

L'armée a frappé à plusieurs fois l'aéroport de Nyala, affirmant que des armes y étaient livrées par les Émirats.

De nombreux « drones kamikazes » repérés à Nyala ressemblent à des drones de type Shahed‑136 conçus par l'Iran, selon le HRL. Avec une portée de 1.500 à 2.500 km et une envergure de 2,5 mètres, le Shahed‑136 se détecte difficilement.

AFP

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