Zakhia Saliba signe une première au Liban : valve pulmonaire sans chirurgie lourde
Première au Liban : une valve pulmonaire posée par cathéter à l’Hôtel-Dieu. ©©DR

Une prouesse médicale sans précédent au Liban : il y a quelques jours, le Pr Zakhia Saliba a réalisé à l’Hôtel-Dieu de France (HDF) la première implantation au Liban d’une valve pulmonaire auto-expansible par voie percutanée, déployée sans ballon. Une avancée majeure pour des patients nés avec une cardiopathie congénitale et déjà opérés à cœur ouvert, qui ouvre la voie à des traitements moins invasifs. Au plus près de cette première libanaise, Ici Beyrouth est allé mesurer ce qu’elle change, au-delà du geste.

Il est des avancées médicales de nature à infléchir une trajectoire humaine. Celle réalisée à l’HDF ouvre une page nouvelle : le Pr Zakhia Saliba, cardiologue congénitaliste à l’Hôtel-Dieu de France, a mené avec son équipe l’implantation d’une valve pulmonaire auto-expansible par cathétérisme — une première au Liban. L’objectif est clair : éviter, quand c’est possible, la lourdeur d’une chirurgie de reprise à cœur ouvert chez des patients porteurs de cardiopathies congénitales. Une première libanaise, qui s’inscrit dans une histoire plus longue de la cardiologie interventionnelle congénitale.
 

Quand la malformation est réparée… mais que la valve finit par lâcher
Le Pr Saliba contextualise d’emblée : « En général, les valves pulmonaires nécessitant une intervention font partie d'une cardiopathie congénitale, type tétralogie de Fallot, ayant nécessité une ou plusieurs chirurgies à cœur ouvert durant l'enfance. » Autrement dit : des enfants opérés, qui grandissent, puis reviennent des années plus tard avec une valve devenue dysfonctionnelle.

La tétralogie de Fallot, l’une des cardiopathies congénitales les plus connues, implique des anomalies anatomiques qui perturbent la circulation. La chirurgie corrige le problème, mais le temps peut fragiliser la voie de sortie du ventricule droit et la valve pulmonaire. Et quand la fuite s’installe, elle agit comme une usure silencieuse : le ventricule droit se dilate progressivement, et la fatigue s’accumule.
 

Éviter la chirurgie de reprise : le cathétérisme comme alternative
C’est là que le cathétérisme prend tout son sens. « Pour éviter une "re-chirurgie" extrêmement lourde, nous avons conçu une valve qui peut être implantée par cathétérisme, sans ouvrir le thorax. » Dans la logique du congénital, éviter une reprise chirurgicale n’est pas un luxe : c’est une stratégie de protection, surtout chez des patients déjà passés une ou plusieurs fois par la chirurgie à cœur ouvert.

Et l’acte réalisé récemment à l’HDF marque une étape. « J'ai effectué la semaine dernière une première implantation au Liban d’une valve pulmonaire auto-expansible à l’Hôtel-Dieu. » Une phrase simple, mais qui contient une bascule : celle d’une nouvelle génération de dispositifs capables de s’adapter à des anatomies plus complexes.
 

Auto-expansible : quand la matière et l’ancrage font la différence
Pourquoi “auto-expansible” change la donne ? Parce que la difficulté, dans certains cœurs congénitaux opérés, n’est pas d’atteindre la zone, mais de s’y fixer de manière stable. Le Pr Saliba détaille la nature du dispositif : « La particularité de la valve que j'ai implantée la semaine dernière réside dans son caractère auto-expansible (en nitinol, un alliage à mémoire de forme). »

Le nitinol, alliage à mémoire de forme, permet au stent valvulaire de se déployer progressivement et d’exercer une force radiale continue. Mais toutes les anatomies ne se ressemblent pas, et c’est là que la comparaison avec les valves montées sur ballonnet devient essentielle. « Contrairement aux valves montées sur ballonnet — que nous utilisons lorsque la zone d'ancrage est étroite ou rigide (conduit chirurgical préalable) — cette nouvelle valve est particulièrement indiquée pour les artères pulmonaires réparées chirurgicalement par élargissement et patch, sans conduit ni valve biologique.»

En clair : là où un ballonnet peut être pertinent pour une zone tubulaire, étroite, structurée, l’auto-expansible vise des voies de sortie larges, remodelées, parfois irrégulières. Et c’est précisément ce terrain qui rend l’acte exigeant. « Le défi principal ici était l’anatomie et l'ancrage : la valve doit s’auto-déployer et maintenir une force radiale précise pour rester stable dans ces voies de sortie larges et souvent asymétriques, là où les valves traditionnelles ne pourraient pas se fixer. »
 

Le bon timing : ne pas attendre que le ventricule droit bascule
Dans cette médecine du sur-mesure, l’indication ne se résume jamais à “il faut une valve”. Elle se décide sur un calendrier. Le Pr Saliba insiste sur les profils qui bénéficient le plus de cette option : « Cette option change radicalement la donne pour les patients déjà opérés d’une cardiopathie congénitale et qui présentent un dysfonctionnement valvulaire (sténose mais surtout fuite) pulmonaire secondaire. »

Le point charnière, lui, se lit sur le ventricule droit, notamment à l’IRM. « Le moment charnière : il "ne faut plus attendre" dès que le ventricule droit présente des signes de fatigue (dilatation excessive ou baisse de la fonction contractile à l'IRM). » Parce qu’au-delà d’un certain seuil, le muscle cardiaque ne récupère plus totalement. « L'objectif est d'intervenir avant que les lésions du muscle cardiaque ne deviennent irréversibles ou n'entraînent des troubles du rythme graves. »
 

Du bloc au cathlab : une expérience patient transformée
Le bénéfice le plus visible, pour le patient, se joue dès les premières heures. « On évite la sternotomie et la circulation extracorporelle. Le patient sort généralement après 24 à 48 heures, contre une semaine en chirurgie. » Moins de douleur, moins d’hospitalisation, moins de convalescence : ce n’est pas un détail, surtout pour des patients jeunes, actifs, suivis sur des décennies.

La question de la durabilité revient toujours. Le Pr Saliba répond sans détour : « Ces valves ont une longévité comparable aux valves chirurgicales classiques (10 à 15 ans), avec l'avantage immense de pouvoir être complétées par un nouveau cathétérisme le moment venu, sans jamais rouvrir le thorax. » La promesse est là : non pas une solution “définitive”, mais une trajectoire moins traumatique, où l’avenir se gère au cathéter plutôt qu’au bistouri.
 

Une filière qui monte en gamme, et un cap régional assumé
Cette première auto-expansible ne sort pas de nulle part : elle s’inscrit dans une continuité. « Après le succès des valves pulmonaires sur ballonnet que nous implantons au Liban depuis une dizaine d’années, cette technologie auto-expansible nous permet de traiter des cas beaucoup plus complexes. » Le pas franchi aujourd’hui élargit donc le champ des patients, notamment ceux dont l’anatomie large et asymétrique rendait l’ancrage plus délicat.

Mais une avancée de ce niveau ne repose pas sur un seul opérateur ni sur un seul dispositif. « Le développement de cette filière repose sur une "Heart Team" multidisciplinaire soudée, incluant cardiologues, chirurgiens, anesthésistes spécialisés et techniciens de salle de cathétérisme. » Et la prochaine marche est déjà identifiée : « Les prochaines étapes passent par une imagerie de pointe (scanner 3D/IRM) et une formation continue pour accroître le volume d'interventions et ancrer l’HDF comme centre de référence régional. »
 

De Necker à Beyrouth : la ligne de progrès

Dans le récit de l’innovation, il existe des fils invisibles entre les premières mondiales et les premières nationales. Le Pr Saliba tient à rappeler ce jalon fondateur : « Il est important de mentionner que j'avais déjà participé, avec le Pr Philipp Bonhoeffer en 2000 à l’hôpital Necker (Paris), à l’implantation percutanée d’une valve pulmonaire montée sur ballonnet, ce qui constituait à l'époque une première mondiale. » Vingt-six ans plus tard, la technologie a évolué, les indications se sont affinées, et le Liban inscrit à son tour une page dans cette médecine de précision.

Au fond, cette première libanaise ne raconte pas seulement une valve. Elle raconte une promesse : celle d’un cœur congénital qu’on n’attend plus de voir se fatiguer avant d’agir. Une intervention au bon moment, une sortie en deux jours, et surtout l’idée qu’au Liban aussi, la haute technicité peut rimer avec moins de cicatrices et plus d’avenir.

 

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