Des jihadistes du groupe Lakurawa ont tué des dizaines de personnes mercredi lors d’attaques visant sept villages de l’État de Kebbi, dans le nord-ouest du Nigeria, selon la police et un rapport de sécurité confidentiel consulté par l’AFP jeudi.
La multiplication de la violence des groupes jihadistes et des bandits au Nigeria au cours des derniers mois a suscité l'ire des États-Unis, qui ont mené des frappes aériennes surprises en coordination avec les autorités nigérianes le jour de Noël dans l’État de Sokoto (nord), voisin de celui de Kebbi, ciblant des jihadistes.
Le président américain Donald Trump a dénoncé une «persécution» et un «génocide» des chrétiens dans le pays le plus peuplé d'Afrique, des accusations qui ont toujours été rejetées par les autorités nigérianes – et la plupart des experts –, les violences touchant généralement chrétiens et musulmans sans distinction.
«Malheureusement, des dizaines de personnes ont été tuées lorsque les habitants de Mamunu, Awasaka, Tungan Tsoho, Makangara, Kanzo, Gorun Naidal et Dan Mai Ago se sont mobilisés pour résister aux assaillants», a déclaré à l’AFP le porte-parole de la police de l’État de Kebbi, Bashir Usman, concernant l'attaque des sept villages qu'il a imputée au groupe Lakurawa.
De son côté, le rapport de sécurité évoque plus de «30 civils tués» dans cinq villages différents.
Les attaques ont eu lieu dans la zone administrative d'Arewa dans l'après-midi de mercredi.
Insécurité dans la région
D’après Bashir Usman, un habitant de Kanzo, les assaillants ont tué jusqu'à huit personnes dans son village et volé du bétail.
«Nous étions chez nous. Nous avons entendu des coups de feu, les gens qui étaient dehors ont commencé à courir vers leurs abris, des coups de feu ont touché certaines personnes et lorsque les assaillants sont partis, nous avons trouvé huit cadavres», a raconté à l'AFP M. Usman.
«On nous a également dit que les assaillants venaient d'un village voisin et qu'ils s'étaient également rendus dans d'autres villages depuis le nôtre», a-t-il ajouté.
«Les forces de sécurité, composées de policiers, de militaires et de milices locales, ont immédiatement été mobilisées dans les zones touchées, et des patrouilles et des opérations coordonnées sont actuellement en cours pour appréhender les responsables», a assuré le porte-parole de la police locale.
«La situation s'est stabilisée et les autorités dialoguent avec les chefs communautaires tout en exhortant la population à rester calme, à éviter de diffuser des informations non vérifiées et à coopérer avec les forces de sécurité pendant que les efforts se poursuivent», a-t-il ajouté.
Le week-end dernier, non loin des lieux des attaques, le festival des pêcheurs d'Argungu avait réuni des milliers de personnes sous une chaleur écrasante de 39°C, en présence du président nigérian Bola Ahmed Tinubu.
Ce festival était devenu l'un des plus grands événements culturels du Nigeria, attirant des visiteurs internationaux, avant que l'insécurité et le manque de financement ne le réduisent à une célébration occasionnelle.
Jihadistes et bandits
Comme d'autres États du nord du Nigeria, l’État de Kebbi, à la frontière avec le Niger, est confronté à une double insécurité: d'une part la violence de groupes jihadistes, dont Lakurawa, principalement actifs dans les pays voisins, et d'autre part celle de bandes criminelles, appelées localement «bandits», qui procèdent fréquemment à des attaques contre des villages et des enlèvements massifs contre rançon.
Depuis quelques années, l'émergence de Lakurawa dans le nord-ouest a exacerbé la violence dans la région, contraignant les gouvernements des États concernés à recruter davantage de milices d'autodéfense.
Certains chercheurs ont récemment établi un lien entre Lakurawa et l'État islamique au Sahel, qui est principalement actif au Niger et au Mali voisins, bien que d'autres restent sceptiques.
Les recherches sur Lakurawa sont compliquées car cette appellation a été utilisée pour désigner divers combattants dans le nord-ouest.
Depuis 2009, l'insurrection jihadiste au Nigeria, menée principalement par Boko Haram et sa faction rivale, l’État islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), a fait plus de 40.000 morts et deux millions de déplacés dans le nord-est du pays, selon l'ONU.
Divers groupes jihadistes se sont séparés ou ont émergé parallèlement à l'insurrection, connus pour plusieurs attaques et enlèvements massifs, malgré la répression militaire.
La hausse des attaques et des enlèvements avait poussé le président Tinubu à déclarer fin novembre l'état d'urgence sécuritaire dans le pays et augmenter les effectifs des forces armées et de police afin d'intensifier la lutte contre les criminels, qui trouvent en général refuge dans des zones forestières reculées et difficiles d'accès.
AFP



Commentaires