Personne ne s’attend à ce que la loi électorale actuelle demeure en vigueur indéfiniment. Sur le plan constitutionnel, elle figure sans doute parmi les plus contestables qu’ait connues le Liban : présentée comme une loi fondée sur la proportionnelle, elle fonctionne en réalité selon une logique majoritaire. En fait, elle cherche à limiter la concurrence aux seuls partis, tout en réduisant toutes les capacités des indépendants à réaliser une quelconque percée.
Cette loi nécessite, par ailleurs, une véritable refonte: une réforme capable de sortir le pays du carcan confessionnel et de produire des élites juridiques et législatives qui accomplissent véritablement leur mission au sein du Parlement. Or, dans les faits, le travail des députés fait défaut dans ce domaine, et l’institution parlementaire apparaît incapable de proposer aux citoyens un projet convaincant en matière de reddition des comptes, de contrôle, et de promulgation des lois.
Pour le moment, toutefois, cette loi remplit ses objectifs politiques en matière de représentation des communautés. Elle permet notamment aux chrétiens d’élire le plus grand nombre de députés chrétiens, comparativement aux lois adoptées après Taëf. Quant aux dix députés que les chrétiens peinent à élire, il s’agit en réalité de sièges imposés par les Syriens dans différentes régions, au service de leurs alliés, lorsqu’ils ont décidé de faire passer le nombre de députés de 108 à 128.
Partant, et alors que les discussions sur une prorogation du mandat du Parlement refont surface, certaines voix émergent avec un optimisme jugé excessif. Elles estiment que cette prorogation devrait, à ce stade, contribuer à l’élaboration d’une nouvelle loi électorale.
Or, c’est précisément ce que veut le Hezbollah.
À ce moment critique pour le Hezbollah, selon sa propre lecture, par un resserrement de l’étau et un isolement croissant, la recherche d’une nouvelle loi électorale lui rend service. Elle lui offrirait un exutoire politique lui permettant de compenser ce qu’il estime avoir perdu sur les plans sécuritaire et militaire.
La formation pro-iranienne avait d’ailleurs anticipé ce tournant, comme en témoignent les multiples déclarations de son ancien secrétaire général, Hassan Nasrallah, notamment sur l’évolution démographique en faveur de la communauté musulmane, et plus particulièrement de la communauté chiite.
Dans cette perspective, le Hezbollah cherche à engranger des gains politiques qu’il pourrait ensuite échanger contre ses armes, et à élargir son entrée dans des domaines plus vastes de la vie politique libanaise, sous prétexte qu’il aurait renoncé à l’armement et ne représenterait plus une menace sécuritaire intérieure.
Certes, la loi électorale actuelle n’est pas idéale, et la recherche d’une nouvelle loi relève, à tout moment, du devoir des législateurs. Une telle démarche demeure néanmoins nécessaire pour éviter de tomber dans une spirale malsaine d’érosion confessionnelle et de domination des majorités sur les minorités.
Il n’en reste pas moins que, dans les circonstances actuelles, le choix du timing porte en lui de nombreuses intentions dissimulées, qui ne servent en rien la formule libanaise. Il rend le Liban otage des conditions régionales et transforme la loi électorale en un instrument de compensation face aux pertes et aux défaites successives.



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