La hausse des prix des carburants est loin d’avoir atteint son point culminant. À la pompe, l’essence devrait encore s’envoler — et ce, avant même l’entrée en vigueur du relèvement de la TVA de 11 % à 12 %. Dans ce contexte tendu, les propriétaires de stations-service montent au créneau et exigent une revalorisation de leur commission.
La décision du Conseil des ministres, mardi dernier, de porter les droits d’accise à 300.000 livres par bidon d’essence — soit environ 16.000 livres par litre — a ravivé les tensions. Pour les exploitants, cette augmentation ne leur profite en rien: il s’agit d’un prélèvement intégralement versé au Trésor public.
Ils réclament donc un traitement comparable à celui accordé récemment aux distributeurs de bonbonnes de gaz. Dans le baromètre hebdomadaire des dérivés pétroliers publié le 17 février par le ministère de l’Énergie et de l’Eau, la commission sur le gaz est passée de 25.000 à 100.000 livres par bonbonne, soit une multiplication par quatre.
Une promesse ministérielle en suspens
Les professionnels affirment avoir obtenu l’assurance du ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, qu’une revalorisation de leur commission serait envisagée. Selon eux, la décision aurait été temporairement différée afin de laisser aux consommateurs le temps d’absorber la hausse des accises et celle de la commission sur le gaz.
D’après Georges Brax, président du syndicat des propriétaires de stations-service, le ministère se serait engagé à trancher d’ici la fin du mois en cours.
Une revendication jugée «légitime»
Les exploitants estiment leur demande fondée. Depuis plusieurs mois, les charges d’exploitation se sont envolées. Le relèvement du salaire minimum, entré en vigueur le 1ᵉʳ août 2025 — de 18 millions à 28 millions de livres libanaises — a mécaniquement augmenté l’indemnité de logement et les cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale.
Résultat: le coût salarial aurait progressé d’au moins 14 millions de livres par employé, soit une hausse de plus de 55%. Si l’ajustement du salaire minimum constitue, selon eux, «un droit pour l’employé face à la cherté de la vie», il représente aussi une charge supplémentaire significative pour l’employeur.
Comment se forme le prix du bidon d’essence ?
Le prix affiché à la pompe repose sur une structure complexe. Sa base est constituée du prix CIF (Cost, Insurance, Freight), qui inclut le coût d’achat du pétrole sur le marché international, les frais de transport jusqu’au pays importateur et l’assurance. À lui seul, le prix CIF représente près de 70 % du prix du bidon d’essence.
Autrement dit, toute variation des cours mondiaux du pétrole finit par se répercuter localement, généralement avec un décalage de quelques semaines, le temps que le ministère actualise ses barèmes.
À ce prix de base s’ajoutent les droits d’accise — versés au Trésor public — ainsi que la TVA, calculée sur un montant incluant ces accises. Enfin, la commission vient rémunérer les acteurs de la chaîne d’approvisionnement, dont les stations-service.
L’ensemble de ces composantes détermine le prix final payé par le consommateur.
Un effet domino sur toute l’économie
Au-delà de la pompe, le carburant agit comme un puissant vecteur inflationniste. Chaque hausse se diffuse à l’ensemble des secteurs économiques: transport, alimentation, services, production industrielle.
L’essence reste ainsi le baromètre invisible des prix: dès qu’elle flambe, toute l’économie s’échauffe.




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