Le 25 février, une nouvelle vague de retour volontaire de déplacés syriens est prévue. Il s’agira du deuxième convoi pour l’année 2026 et du quinzième depuis le lancement du programme en juillet 2025.
Si les départs se sont accélérés au lendemain de l’annonce du plan libanais et de sa mise en œuvre en étroite collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), les chiffres actuels montrent une réalité plus nuancée. Aux vagues de retours de déplacés syriens vers leur pays d’origine se sont ajoutées de nouvelles arrivées, mais aussi une baisse des candidats au programme de retour volontaire et un poids financier et social qui demeure lourd pour le pays.
Selon les dernières données du HCR, plus de 670.000 Syriens ont quitté le Liban depuis 2024, qu’il s’agisse de retours spontanés ou de départs facilités. Un mouvement significatif, sans pour autant mettre un terme à une crise migratoire qui continue de peser sur un Liban déjà fragilisé.
Combien de départs en un an?
Depuis janvier 2025, 552.413 Syriens ont été retirés des registres du HCR au Liban en raison d’un retour confirmé ou présumé vers la Syrie, selon des chiffres de l’instance onusienne mis à la disposition d’Ici Beyrouth. Parmi eux, l’écrasante majorité – 494.969 personnes – est rentrée de manière spontanée, sans passer par les programmes organisés.
À ces départs s’ajoutent 57.444 Syriens ayant bénéficié du programme de retour volontaire facilité par le HCR, qui inclut entretiens de vérification, accompagnement administratif et aide financière au retour.
Ces chiffres s’ajoutent aux quelque 120.000 Syriens déjà sortis des registres avant l’été 2025, portant le total des départs à plus de 670.000 en un peu plus d’un an. Une évolution majeure dans un pays où la présence syrienne constituait, depuis plus d’une décennie, l’un des principaux enjeux démographiques, économiques et sécuritaires.
Combien de Syriens demeurent encore au Liban?
Malgré ces départs massifs, le Liban reste l’un des principaux pays d’accueil. Les estimations actuelles indiquent qu’entre 1,3 et 1,5 million de Syriens se trouvent encore sur le territoire.
Parmi eux, environ 800.000 à 900.000 restent inscrits ou présents dans les bases de données du HCR, tandis que plusieurs centaines de milliers ne sont pas enregistrés auprès des agences onusiennes. Autrement dit, si la population syrienne a diminué, elle demeure considérable à l’échelle d’un pays de moins de six millions d’habitants.
Les candidats au retour se font rares
Le programme de retours facilités, lancé en juillet 2025 en coordination avec la Sûreté générale libanaise et l’OIM, a suscité un intérêt initial important.
Au total, 143.800 Syriens ont exprimé leur volonté de rentrer via ce mécanisme. Il n’en demeure pas moins que la dynamique n’a pas tardé à s’essouffler, selon les constats documentés. En janvier 2026, seules 3.800 nouvelles demandes ont été enregistrées, soit à peine 2% de l’ensemble des manifestations d’intérêt depuis le lancement du programme.
Plus révélateur encore: à la fin janvier, il ne restait qu’environ 100 personnes dans le pipeline en attente de traitement pour un retour facilité. Autrement dit, la grande majorité de ceux qui souhaitaient rentrer l’ont déjà fait ou ont choisi de partir par leurs propres moyens.
Des convois organisés mais limités
Entre juillet 2025 et janvier 2026, 14 convois de retour volontaire ont été organisés conjointement par le HCR et l’OIM. Ils ont permis le transfert de 2.920 Syriens vers différentes régions de Syrie.
Le premier convoi de 2026 a quitté Beyrouth le 28 janvier, avec 40 personnes à bord en direction de la frontière de Masnaa. D’autres départs sont programmés tout au long de l’année, selon un calendrier établi avec la Sûreté générale. Selon un document fourni à Ici Beyrouth par le HCR, des rotations sont ainsi prévues les 25 février, 18 et 25 mars, 1er, 8, 15, 22 et 29 avril, puis les 6, 13, 20 et 26 mai, ainsi que les 3, 10, 17, 24 et 30 juin 2026, au départ de Beyrouth, Zahlé ou Tripoli selon les convois. Le rythme reste toutefois modeste, la majorité des retours continuant de s’effectuer de manière autonome.
Un paradoxe: de nouvelles arrivées massives
Alors que des centaines de milliers de Syriens quittent le Liban, de nouveaux flux continuent d’entrer. Depuis le 8 décembre 2024, environ 115.000 Syriens ont rejoint le pays, souvent dans des conditions précaires.
Selon une source du HCR interrogée par Ici Beyrouth, nombre d’entre eux ont fui sous la contrainte, arrivant avec des besoins humanitaires urgents. Si l’agence onusienne fournit depuis, une assistance de base à ces nouveaux arrivants – matelas, couvertures, vêtements – ainsi que des soins médicaux, un soutien psychosocial et des travaux de réhabilitation d’abris, le statut juridique de ces derniers demeure incertain. Le HCR attend toujours une décision des autorités libanaises sur le cadre légal qui leur sera appliqué et sur les solutions d’hébergement possibles.
Reconstruction en Syrie: quelles limites?
Si les retours se poursuivent, ils ne reposent pas sur une reconstruction massive de la Syrie. Le HCR indique travailler à l’intérieur du pays pour améliorer les conditions de sécurité et d’accès aux services, afin de rendre les retours plus durables.
Toutefois, l’absence de reconstruction à grande échelle et la situation économique syrienne continuent de freiner les retours de masse, plus durables. Une partie des déplacés reste, en effet, dans l’attente d’améliorations concrètes avant d’envisager un départ.
À Damas toutefois, les autorités affichent une volonté de relance. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Chaibani, a affirmé, le 14 février dernier, que la reconstruction constituait «le plus grand défi» auquel le pays est confronté, la qualifiant de «priorité absolue» pour le gouvernement.
Selon lui, près de quatre millions de logements ont été détruits et des villes entières ont été bombardées. Il assure que l’année 2026 doit marquer le début d’un véritable processus de développement économique visant à rebâtir les infrastructures et les habitations, affirmant que Damas a déjà sécurisé près de 60 milliards de dollars à travers des mémorandums d’entente et des contrats signés ces derniers mois.
Aides en baisse, pression maintenue
Pour les Syriens restés au Liban, l’assistance internationale se poursuit, selon la source du HCR interrogée, mais à un niveau réduit. Faute de financements suffisants, le nombre de bénéficiaires a donc fortement diminué.
Le HCR maintient néanmoins des aides jugées essentielles: soutien financier limité, assistance au logement, aide hivernale, distribution de biens de première nécessité et accompagnement juridique et psychosocial.
Cette réduction des aides intervient alors que le Liban traverse lui-même, encore et toujours depuis 2019, une crise économique profonde. Ainsi, un an après la quasi-accélération des retours, le bilan est tel que le mouvement de départ est réel, mais loin d’avoir résolu une équation démographique, économique et politique qui continue de peser lourdement sur le pays.




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