Gouvernement libanais: médaille olympique du lancer de patate chaude
©Ici Beyrouth

Depuis plusieurs mois, le gouvernement libanais semble avoir choisi une méthode devenue familière: annoncer des mesures lourdes de conséquences, provoquer une indignation immédiate et des manifestations de colère, puis profiter de la distinction entre les rôles exécutif et législatif pour renvoyer la responsabilité finale au Parlement. Une manière de gouverner qui tient moins de la réforme que de la fuite en avant cosmétique.

La première illustration en a été la pseudo-loi sur le «trou financier». Présentée comme une tentative de clarification des pertes et de restitution des dépôts, elle a en réalité suscité une levée de boucliers quasi générale. La raison en est simple: le texte faisait peser l’essentiel du coût de la crise sur les déposants et les banques, tout en exonérant largement l’État de ses propres responsabilités et en cherchant à mettre sous le tapis des décennies de gabegie et de corruption. Autrement dit, ceux qui ont financé, sans le savoir, un système vérolé devaient en payer seuls l’effondrement.

Face au rejet massif, le Conseil des ministres n’a pas corrigé le tir: il a simplement transmis le dossier au Parlement, lui passant la patate chaude et adoptant, de fait, une posture de Ponce Pilate: décider sans assumer.

Et voilà que la séquence se répète, presque à l’identique. Après les manifestations des employés du secteur public, étranglés par l’effondrement du pouvoir d’achat, la réponse gouvernementale a été d’annoncer une hausse de la TVA et une nouvelle taxe sur l’essence afin de financer des augmentations de salaires. Une décision économiquement bricolée et socialement injuste, puisque ces prélèvements touchent, par définition, tout le monde et donc, essentiellement, les classes populaires et les ménages déjà fragilisés.

Là encore, plutôt que d’assumer un choix politique clair, le gouvernement transmet le dossier explosif au Parlement, comme s’il s’agissait d’un simple relais administratif, laissant aux députés le soin d’en porter seuls le coût politique. Même si la démarche s’inscrit dans une logique institutionnelle, le fait de transmettre une rafale de procédures dans lesquelles l’impréparation rejoint l’irresponsabilité n’est ni honnête ni moral.

Cette méthode produit un double effet pervers. D’un côté, elle alimente la colère sociale en donnant le sentiment que les décisions sont improvisées et déconnectées de la réalité économique. De l’autre, elle place les parlementaires dans une impasse politique, à quelques mois d’échéances électorales majeures que sont les législatives. Personne ne veut porter des lois impopulaires.

Conséquence: des textes condamnés à rester lettre morte, conçus davantage pour l’effet d’annonce que pour être appliqués.

Ce mélange d’improvisation et de défausse institutionnelle finit par ressembler à une gouvernance du « patchwork », faite de mesures partielles, contradictoires et sans vision d’ensemble. Or le Liban n’a plus le luxe de ces jeux d’apparence. La crise exige des décisions cohérentes et équitablement réparties entre l’État et les citoyens.

À défaut, le pays continuera d’avancer dans une zone grise où l’on légifère pour la forme, où l’on gouverne sans décider et où la responsabilité disparaît derrière les institutions.
Groucho Marx disait: La politique est l’art de chercher des problèmes, de les trouver, d’en faire un mauvais diagnostic et d’appliquer ensuite les mauvais remèdes.» 

Médaille d’or je vous dis…

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