Deux questions majeures sont passées au premier plan de la scène politique internationale. Il s’agit de la conférence annuelle sur la sécurité de Munich et des potentielles projections militaires dans le golfe Persique. L’une est plutôt un enjeu à moyen terme, l’autre est urgente ; dans les deux cas, les décisions auront des conséquences profondes. La conférence a été assez instructive pour l’ordre géopolitique mondial : elle a dissipé pour la première fois les ambiguïtés entourant l’avenir de l’alliance transatlantique.
Le discours du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a réaffirmé la centralité de l’alliance transatlantique et ses ancrages civilisationnels. En soulignant l’enracinement culturel de cette alliance, il a levé tous les doutes quant à son avenir et à sa fondation normative. La mise en lumière des principaux thèmes autour desquels l’alliance historique s’est construite et a fonctionné lors des huit dernières décennies, a dissipé l’atmosphère corrosive qui régnait pendant la première phase de l’administration Trump. Une approche conciliante et un sentiment d’unité remplacent désormais la truculence et les incertitudes qui ont entaché le processus de la politique étrangère. Un sentiment de continuité politique faisait depuis longtemps défaut.
On observe un mouvement évident d’une diplomatie transactionnelle et cynique vers une conduite des affaires internationales plus structurée et fondée sur des principes. Le fait que le secrétaire Rubio ait insisté sur l’ancrage civilisationnel de cette alliance élève le débat diplomatique à un autre niveau de communication et de gestion opérationnelle. Les liens de filiation entre les États-Unis et l’Europe rattachent la diplomatie à une communauté de valeurs qui explique l’engagement centenaire des États-Unis envers la sécurité stratégique de l’Europe. Néanmoins, l’Europe doit se recentrer sur ses missions stratégiques différées, qui impliquent de reconquérir son autonomie morale et opérationnelle, d’autant plus que les menaces à la sécurité liées aux dysfonctionnements de l’ordre international se font de plus en plus sévères.
Les débats en cours sur le budget de l’OTAN, les contributions inégales des États membres, les dysfonctionnements du système de sécurité européen et la réponse inconsistante aux défis posés par les migrations de vaste ampleur sont des questions très importantes. La refonte de l’architecture transatlantique exige une restructuration profonde pour corriger les déséquilibres et apporter davantage de cohérence au dispositif opérationnel. Le conflit en Ukraine, les guerres commerciales avec la Chine, les menaces sécuritaires suscitées par les régimes crypto-communistes et le poids du terrorisme international et de la criminalité organisée pèsent considérablement sur la sécurité occidentale. Ils sapent en outre la crédibilité des institutions internationales, minées par des contradictions profondes qui remettent en cause les logiques sous-jacentes et leur efficacité.
Le secrétaire Rubio appelle à la réforme de cet ordre mondial créé par l’Amérique et à la correction de ses institutions déformées. Nous sommes loin des visions radicales et de la diplomatie personnalisée qui ont marqué le style diplomatique inaugural de l’administration Trump. Les envoyés spéciaux ne peuvent pas remplacer une diplomatie structurée, que ce soit au niveau interétatique ou dans la diplomatie publique sous ses divers aspects. La conférence de Munich a irrévocablement marqué un tournant dans la vie et l’avenir de la sécurité occidentale et dans son impact décisif sur l’ordre mondial et la gestion des conflits dans différentes régions du monde. Ce sentiment d’unité retrouvée est de bon augure, surtout à un moment où des régimes néo-totalitaires tentent de saboter l’OTAN et de remettre en question la notion même et la pertinence de la sécurité occidentale.
À ce stade, la confrontation avec l’Iran paraît plus pressante que la guerre en Ukraine. Les démarches diplomatiques en cours ne semblent pas produire de résultats tangibles pendant que les conflits s’enveniment, mettant en péril la paix régionale et mondiale. La destruction par Israël des nœuds de sécurité établis par le régime islamique à travers le Moyen-Orient, a entraîné la rupture des équations stratégiques et des plateformes de projection militaire à travers divers théâtres opérationnels. L’agenda diplomatique est manifestement obsolète et fondé sur une perception paranoïaque de la position politique de l’Iran sur la scène internationale.
La destruction des infrastructures militaires massives, l’anéantissement de sites nucléaires et de missiles, et la neutralisation des États auxiliaires ont considérablement affaibli les capacités de projection de la politique de puissance iranienne ; les asymétries de pouvoir pourraient être dissuasives si les dirigeants en place évaluaient la situation de manière réaliste. Les postures suicidaires, les erreurs de calcul stratégiques et l’hubris politique sont trompeuses et contre-productives alors que la coalition américano-israélienne se prépare à un scénario de guerre totale. Les capacités militaires hypothétiques, l’intensification de la répression intérieure et les risques de guerre civile et de chaos institutionnel sont des défis majeurs. Les enjeux stratégiques ultimes concernent les alternatives qui devraient relayer l’effondrement d’une autocratie profondément enracinée et sanglante, ainsi que ses effets en cascade et ses répercussions sur des ordres régionaux et nationaux déstabilisés.




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