Capitaine chez University of Warwick, promu de Beginner à Novice, Jad Achour a décroché le bronze aux Winter Nationals 2026 en arena polo à Rugby Polo Club. Une médaille, oui. Mais surtout un récit : celui d’un joueur qui tombe, se relève, remonte… et trace sa voie, Liban en bandoulière.
En 2025, Jad Achour avait déjà frappé fort en menant Warwick à l’or aux SUPA Summer Nationals — un sacre retentissant obtenu à peine huit mois après ses débuts à cheval. Cette fois, c’est l’hiver, l’arena, la rudesse de Rugby… et un nouveau podium qui confirme que l’exploit n’était pas un accident.
Le chukka de l’adrénaline
Le moment-clé de son tournoi, Achour le situe en finale, dans le dernier chukka (période de jeu, NDLR). « Après ma chute, je me suis relevé immédiatement, même si j’étais clairement sonné, et je suis remonté à cheval sans hésiter pour terminer le chukka final », a-t-il déclaré à Ici Beyrouth. L’ironie du sport, parfois cruelle et magnifique, surgit d’un coup : « C’était le moment décisif du match et, paradoxalement, c’est devenu mon meilleur chukka du tournoi. » Achour dit avoir « très bien marqué » et « très bien défendu », et insiste sur le collectif : cette solidité, avec « le reste de l’équipe », leur permet de conserver l’avantage et de gagner.
La chute, puis l’hôpital
Il y avait déjà un handicap avant même le premier galop : « Je jouais déjà avec un orteil cassé avant le tournoi », confie-t-il à Ici Beyrouth. Juste avant l’ultime chukka, le sort s’acharne : « Cinq minutes avant le dernier chukka, mon cheval a marché dessus, ce qui a provoqué une douleur extrêmement intense. » Il entre dans l’arena, serre les dents, puis tombe sur une action défensive, « en marquant un joueur ».
Ce qui l’a tenu debout, il le résume en quelques mots : « L’adrénaline, l’importance du moment, la persévérance et surtout le sens de responsabilité que je ressentais envers mon équipe. » Mais une fois descendu du cheval, tout retombe « brutalement ». Achour décrit alors l’après-match : douleurs et vertiges, puis une prise en charge immédiate. « Des membres de l’équipe ainsi que le président m’ont accompagné aux urgences pour effectuer les examens et établir le diagnostic », précise-t-il à Ici Beyrouth.
Le cap mental et la vision tactique
Passer de Beginner à Novice n’est pas un simple changement d’étiquette. « Cette année, le rythme a clairement augmenté », explique Achour à Ici Beyrouth. Pour s’endurcir, il a cherché à jouer plus souvent : tournois amicaux interuniversitaires — notamment ceux d’Halloween et de Noël — afin de se confronter régulièrement à la pression « d’un cadre compétitif réel », sans le poids d’un tournoi officiel.
Surtout, il a mis le focus sur ce qui fait la différence à ce niveau : « lecture de la ligne de balle, positionnement, qualité du marquage, discipline défensive, compréhension des phases clés ». Et il tranche : « Le mental et la vision tactique ont été les plus grandes évolutions » de sa progression.
La leçon de Surrey
La demi-finale perdue 1–0 contre University of Surrey Polo Club reste, pour lui, une piqûre utile. « Le match a basculé dès le début », analyse-t-il à Ici Beyrouth : manque de coordination, « très grand manque de communication », défense insuffisamment organisée, stratégie collective floue. « À ce niveau, un seul moment de désorganisation peut suffire à concéder un but, et dans un match aussi serré cela ne pardonne pas. »
C’est là que son discours devient un mini cours de polo : pour rebondir, Warwick se recentre sur « une discipline absolue » autour du marking et de la règle d’or “Man Line Ball”. Sa formule est nette : « D’abord le marquage individuel, ensuite le contrôle de la ligne de balle, puis seulement l’attaque de la balle. » Une hiérarchie qui, dit-il, « a totalement changé notre cohésion et notre efficacité collective ».
Gagner à nouveau
Le bronze n’est pas une fin. C’est un jalon. « Pour 2026, je veux doubler mes entraînements », annonce-t-il à Ici Beyrouth, avec une feuille de route claire : passer Upper Novice d’ici les Summer Nationals et « gagner à nouveau au Royaume-Uni », cette fois en catégorie Novice.
À moyen/long terme, l’ambition devient structurante : viser les “Inters”, devenir Open player, obtenir un polo handicap — le sésame qui ouvre la porte des tournois plus compétitifs.
Le Liban, projet à bâtir
Le chapitre libanais reste vivant. « Le projet de développement du polo au Liban reste pleinement d’actualité », affirme Achour à Ici Beyrouth. Il dit avoir échangé avec des Libanais de la diaspora intéressés, et cite une rencontre avec Michel Noumair, avec qui il a discuté du projet lors des Winter Nationals.
La condition est évidente : « En espérant une amélioration de la situation au Liban et une future stabilité, l’objectif est de commencer à œuvrer concrètement vers la structuration et la mise en place de ce projet. »
Achour conclut à Ici Beyrouth comme on signe une ligne de conduite : l’identité comme force, la performance comme moyen, et cette conviction qui claque : « Je ne suis pas là pour suivre une trajectoire. Je suis là pour en tracer une. »

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