Dix-sept ans après le succès critique et public du film Un prophète de Jacques Audiard, la série télé adaptée par Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit se déploie en huit épisodes de 52 minutes, diffusés sur Canal+ à partir du 2 mars. Elle suit Malik, jeune Mahorais plongé dans les trafics et la violence en prison, et reprend la trame du film sur la domination et l’affranchissement, tout en actualisant le contexte social et en explorant davantage la spiritualité et la tendresse des personnages.
Au cinéma, Un prophète de Jacques Audiard avait eu l'effet d'un coup de poing et reçu un triomphe critique: dix-sept ans après, ses créateurs ont tenté le pari d'adapter en série télé cette fresque sur l'univers carcéral et criminel.
Dans ce nouvel opus, les personnages ont changé, les trafics et leur violence aussi. Mais on retrouve à travers ses huit épisodes de 52 minutes la trame qui a fait la force du film multi-récompensé (Grand prix du jury à Cannes, 9 Césars), une parabole sur la domination et l'affranchissement.
Au départ, «on a dit non, on ne peut faire que de la merde», a raconté lors d'une rencontre avec la presse en janvier Abdel Raouf Dafri, couronné d'un César du meilleur scénario original pour le film en 2010.
Il s'est finalement laissé convaincre par le producteur Marco Cherqui, et l'exemple de la série Fargo, adaptation réussie du film culte des frères Coen.
Le projet avait été annoncé dès 2018, sans Jacques Audiard, qui a été «bienveillant», assure Abdel Raouf Dafri.
Cette série, diffusée sur Canal+ à partir du 2 mars, «c'est un récit d'éducation, d'apprentissage, et d'intelligence parce que c'est la seule façon qu'a le personnage de survivre», résume Nicolas Peufaillit, son autre scénariste.
Violence et «tendresse»
Ce personnage, c'est Malik El Djebenna, petit délinquant qui débarque en prison sans bagage et doit se placer sous la coupe d'un boss pour survivre. Le rôle, qui avait révélé le talent de Tahar Rahim, a été complètement retravaillé et confié à un acteur débutant de 27 ans, Mamadou Sidibé.
Dans la nouvelle version, Malik est un jeune Mahorais qui sert de mule pour transporter de la drogue. C'est «le déclassé, le mec qui est tout en bas de l'échelle» de nos jours, et «qui ne sait pas très bien qui il est» en France, explique Abdel Raouf Dafri. Mais c'est aussi un «roi de la survie, qui sait se laisser sous-estimer», complète Nicolas Peufaillit.
Il réchappe par miracle de l'effondrement d'un immeuble vétuste à Marseille, mais l'événement le conduit en prison.
Une fois à la prison des Baumettes, c'est auprès d'un promoteur immobilier influent d'origine algérienne, lié aux caïds autant qu'aux politiciens locaux, qu'il trouve refuge, jusqu'à se sentir plus en sécurité en prison, au milieu des livres de la bibliothèque. Niels Arestrup avait impressionné dans un rôle du parrain corse tyran et protecteur. Cette fois, le rôle échoit à Sami Bouajila.
Comme le film, la série repose beaucoup sur l'ambivalence de la relation entre Malik et Massoud.
Mais le décor dans lequel ils évoluent a été remis à jour, selon le regard des scénaristes sur l'évolution de la société française.
Ainsi, la religion et la spiritualité sont beaucoup plus présentes, tandis que certains types de violence rappellent les narcomicides les plus terrifiants.
Mais le réalisateur, l'Italien Enrico Maria Artale, a voulu aussi filmer «la tendresse, plutôt que les côtés violents, animaux, qu'on est un peu trop habitués à voir» chez les jeunes criminels.
Le tournage s'est déroulé entre Marseille et les Pouilles italiennes, où la prison a été reconstituée. Et les créateurs ne cachent pas la tentation d'une suite.
Par Andréa BAMBINO / AFP



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