Le moment est-il venu pour les Libanais d’investir dans la reconstruction de la Syrie? Une fenêtre qui s’ouvre à Damas.
Après des années de guerre, Damas tente de renouer avec son rôle historique: celui d’un État pivot, carrefour régional et économie productive – loin de l’image d’un État périphérique cantonné à la survie. Cette perspective suscite l’intérêt du secteur privé libanais, à l’instar d’acteurs internationaux qui se positionnent déjà sur les futurs chantiers.
Les atouts libanais face aux mégaprojets
Certes, les entreprises libanaises ne disposent ni de la taille ni des capacités financières pour décrocher les mégaprojets d’infrastructures lourdes – énergie, eau, télécommunications – chiffrés en milliards de dollars. Mais le Liban possède d’autres atouts. Tradition bancaire ancienne (49% sont détenteurs de parts dans les banques syriennes), expertise financière reconnue, réseaux commerciaux denses et proximité géographique: autant d’éléments qui pourraient positionner le pays comme plateforme de financement et hub logistique, notamment maritime, au service du chantier syrien.
L’avantage décisif de la géographie
La concurrence s’annonce rude. Les puissances régionales et internationales ne laisseront pas passer une telle opportunité. Mais la géographie, dans toute stratégie économique, reste un avantage déterminant. Et sur ce terrain, le Liban part avec une longueur d’avance.
Selon des sources de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban, plus de 500 hommes d’affaires ont déjà enregistré des sociétés libanaises en Syrie depuis la chute du régime de Bachar el-Assad. Objectif: réserver une place avant le lancement massif des projets de reconstruction.
Trois stratégies face à l’incertitude
Les entrepreneurs libanais se divisent toutefois en trois camps.
Les premiers considèrent que l’occasion est unique et qu’il faut agir vite.
Les deuxièmes adoptent une posture attentiste, exigeant des signaux politiques et économiques tangibles avant de s’engager.
Les troisièmes demeurent prudents, estimant que la visibilité macro- et microéconomique reste trop floue pour justifier un pari de long terme.
Cette prudence n’empêche pas les missions exploratoires régulières à Damas. Les investisseurs potentiels cherchent à évaluer la stabilité de l’environnement d’affaires et la viabilité de projets structurants.
Premier entrant ou suiveur stratégique?
Interrogé par Ici Beyrouth, un concessionnaire automobile invoque la théorie du «first-mover advantage»: entrer le premier sur un marché permet de capter la notoriété, de fidéliser la clientèle et de verrouiller des ressources clés.
À l’inverse, un acteur du secteur des assurances plaide pour le «second-mover advantage»: laisser les pionniers essuyer les risques et les coûts initiaux, puis entrer avec un modèle optimisé.
La nécessité d’un cadre officiel solide
Mohammad Choucair, président de la Chambre de commerce de Beyrouth et du Mont-Liban, souligne que le marché syrien couvre la majorité des secteurs vitaux et représente l’une des rares perspectives de croissance pour le secteur privé libanais.
Mais il met en garde: sans coordination officielle solide, sans garanties claires et sans diplomatie économique active, les initiatives individuelles pourraient se transformer en faux pas coûteux.
Une décision plus stratégique qu’économique
Malgré les années de guerre, les ponts entre les milieux d’affaires syriens et libanais n’ont jamais été totalement rompus. Les volumes d’échanges sont toutefois restés en deçà des attentes.
Aujourd’hui, la question n’est plus seulement économique. Elle est stratégique: le Liban saura-t-il transformer sa proximité géographique et son capital relationnel en levier de croissance régionale, ou laissera-t-il passer une nouvelle occasion historique?




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