Importations record, exportations faibles : le Liban replonge dans ses déséquilibres
©Ici Beyrouth

Près de 20 milliards de dollars d’importations en 2025. Le chiffre marque un tournant. À fin novembre, la facture des importations libanaises s’élève à 19,377 milliards de dollars, soit un niveau proche de 20 milliards en rythme annualisé. Un seuil que le pays n’avait plus approché depuis l’effondrement financier de 2019.

Dans le même temps, les exportations atteignent 3,211 milliards de dollars. Le déficit de la balance commerciale se creuse ainsi à 16,166 milliards de dollars sur les onze premiers mois de l’année, contre 13,222 milliards sur la même période en 2024, soit une aggravation de 22,27 %.

Le constat est sans appel : le Liban importe près de cinq fois plus qu’il n’exporte.

Une dynamique de reprise… tirée par la consommation

La hausse des importations (+23,29 % en un an) reflète en partie la reprise progressive de l’activité commerciale, soutenue par la croissance du tourisme et l’augmentation des transferts des expatriés. Ces flux ont permis de réinjecter des devises dans l’économie et d’alimenter la demande intérieure.

Les exportations progressent également (+28,70 %), mais leur niveau demeure structurellement faible. Le taux de couverture des importations par les exportations ne dépasse pas 16,61 %, ce qui signifie que le besoin en devises reste permanent.

Autrement dit, l’économie continue de fonctionner selon un modèle fortement dépendant des entrées de dollars externes.

Un retour aux déséquilibres d’avant-crise

En 2019, les importations atteignent 22 milliards de dollars, pour moins de 3 milliards d’exportations. La crise financière avait brutalement comprimé la facture à 8 milliards en 2020, sous l’effet de la pénurie de devises.

La trajectoire actuelle montre un retour progressif vers les niveaux d’avant-crise :
11 milliards en 2021,
14 milliards en 2022,
près de 20 milliards en 2025.

Les projections pour 2026 tablent déjà sur 22 milliards de dollars.

Certes, l’inflation mondiale – estimée entre 20 et 30 % sur la période – explique une partie de la hausse en valeur. En volume, les importations restent inférieures à celles de 2019. Mais en termes monétaires, le pays dépasse désormais ses niveaux d’avant-effondrement.

Une dépendance structurelle

Le Liban importe environ 85 % de ses besoins de consommation. Ce ratio illustre la faiblesse persistante de la base productive locale.

Durant la crise, l’industrie et l’agriculture avaient enregistré un sursaut, porté par la préférence pour les produits nationaux. Mais avec la stabilisation relative du marché des changes et le retour des devises, la consommation s’est rapidement réorientée vers les produits importés.

L’économie demeure dominée par les services – tourisme et transferts de la diaspora – tandis que les secteurs productifs peinent à se consolider faute d’infrastructures, de politiques industrielles cohérentes et de soutien structurel.

Une géographie commerciale révélatrice

La Chine reste le premier fournisseur du Liban (2,221 milliards de dollars), suivie de la Suisse (1,860 milliard) et des Émirats arabes unis (1,632 milliard).

À l’export, la Suisse arrive en tête (622 millions de dollars), devant les Émirats (525 millions) et l’Égypte (152 millions).

Les produits métalliques dominent les importations (23,02 %), suivis des pierres et métaux précieux (19,46 %) et des industries chimiques (8,04 %).
Côté exportations, les pierres et métaux précieux représentent à eux seuls un tiers des ventes à l’étranger (33,10 %).

Cette structure confirme une spécialisation limitée et une faible diversification productive.

Le spectre de 2019

La crise de 2019 n’avait pas débuté par une flambée des prix, mais par une pénurie de dollars lorsque les financements extérieurs se sont interrompus. Aujourd’hui, la stabilité du taux de change repose encore largement sur la continuité des flux entrants : transferts, recettes touristiques et capitaux.

Un ralentissement de ces entrées suffirait à créer des tensions sur la liquidité en devises.

Certes, la balance des paiements ne présente pas actuellement de déficit marqué, et le budget de l’État enregistre même un excédent. Mais ces équilibres demeurent fragiles, car ils ne reposent pas sur une base productive solide.

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