Élus de gauche et associations ont dénoncé jeudi l'appel du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à la démission de la rapporteuse spéciale de l’Organisation des Nations unies pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese, accusée de déclarations antisémites.
L'intéressée dénonce, elle, des «accusations mensongères» et une «manipulation» de ses propos.
La polémique n'a cessé d'enfler après une lettre adressée mardi par un groupe de députés du camp présidentiel à Jean-Noël Barrot, pour dénoncer des propos «antisémites» de l'experte italienne auprès de l'ONU et demander que la France «œuvre» pour qu'elle soit «déchue de tout mandat onusien».
Selon eux, cette experte a désigné dans une intervention publique «Israël comme un ennemi commun de l'humanité».
Le lendemain, Jean-Noël Barrot a demandé devant le Parlement la démission de Mme Albanese pour ses «propos outranciers et coupables qui visent (...) Israël en tant que peuple et en tant que nation, ce qui est absolument inacceptable».
Il a été rejoint jeudi par son homologue allemand, Johann Wadephul, qui a affirmé sur la plateforme X: «Je condamne ses récentes déclarations sur Israël. Elle ne peut tenir dans sa fonction».
Les soutiens de Mme Albanese ont dénoncé, eux, une décision basée sur une «fausse information».
Des parlementaires et responsables de gauche français (Écologistes, LFI...) ont écrit à M. Barrot en lui demandant de «clarifier» sa déclaration et de «revenir» sur son appel à la démission.
«M. Barrot, vous parlez mais pas en notre nom», a lancé jeudi soir le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, en meeting à Creil. «Nous ne demandons pas que cette femme soit renvoyée de sa fonction. C'est l'inverse, nous demandons qu’elle soit décorée», a-t-il ajouté, dénonçant l'instrumentalisation d'une «citation fausse».
L'association Juristes pour le Respect du Droit International (Jurdi) a annoncé jeudi adresser un signalement à la justice pour «diffusion de fausses nouvelles», pour des déclarations «frauduleusement» attribuées à Mme Albanese.
Les propos au cœur de la polémique ont été tenus lors d’un forum organisé à Doha par la chaîne Al Jazeera, au cours duquel Mme Albanese a évoqué un «ennemi commun» qui a permis, selon elle, un «génocide» à Gaza.
«Nous qui ne contrôlons pas de vastes capitaux financiers, ni les algorithmes ni les armes, constatons désormais qu'en tant qu'humanité, nous avons un ennemi commun», a-t-elle ajouté.
«Je n'ai jamais, jamais, jamais dit Israël est l'ennemi commun de l'humanité», s'est-elle ensuite défendue mercredi sur la chaîne France 24: «J'ai parlé des crimes d'Israël, de l'apartheid, du génocide et j'ai condamné comme l'ennemi commun le système qui ne permet pas de traduire en justice et d'amener à une cessation des crimes d'Israël».
Interrogé sur le sujet, le porte-parole du Quai d'Orsay a affirmé que c'était «l'ensemble de ses propos qui fait que le ministre appelle à sa démission», et non une «fausse phrase» que le ministre «n'a pas citée».
«La France a, à de multiples reprises, eu l'occasion de s'inquiéter des prises de position de Madame Albanese sur les dernières années», a indiqué Pascal Confavreux, évoquant son «absence de neutralité» et son «attitude militante».
Jean-Noël Barrot a reçu le soutien de l'ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kushner, qui l'a remercié sur X «d'avoir appelé à la démission de Francesca Albanese», dénonçant ses «propos haineux répétés».
Dans un rapport de 2024, elle écrivait qu'il existe des «motifs raisonnables» de croire qu’Israël a commis plusieurs actes de «génocide» durant la guerre déclenchée par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas du 7 octobre 2023.
Israël l'a interdite d'accès à son territoire et Washington a également imposé des sanctions contre elle en juillet.
AFP



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