À supposer que les élections législatives se tiennent bien en mai prochain — ce qui reste en soi loin d’être acquis dans un Liban soumis aux incertitudes sécuritaires et politiques — et à la veille de la commémoration, le 14 février prochain, de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, une question s’impose au cœur des équilibres internes: Saad Hariri, dont le discours est tant attendu, s’apprêterait-il à revenir dans l’arène politique?
2025 ou l’ombre d’un retour
Pour les proches du cercle Hariri interrogés par Ici Beyrouth, les réponses à tous les questionnements seront données dans le cadre du discours que l’ancien Premier ministre prononcera samedi, en hommage à son père. «Nous préférons ne rien anticiper, mais nous tenons à préciser qu’un éventuel retour ne se heurte à aucun obstacle, encore moins à un quelconque veto saoudien, les relations entre Saad Hariri et le royaume étant excellentes», confie-t-on à Ici Beyrouth.
Depuis son retrait de la vie politique en 2022, Saad Hariri aurait maintenu un silence public soigneusement calibré. Pourtant, au cours de l’année écoulée, plusieurs signaux auraient suggéré qu’un repositionnement serait en cours.
En février 2025 déjà, sa participation à la commémoration du 14 février avait mobilisé des foules importantes, révélant qu’il disposerait encore d’une base populaire significative, et qu’une partie de l’électorat sunnite continuerait de le considérer comme un leader incontournable. Ses déclarations laissant entendre qu’il «resterait aux côtés» de ses partisans avaient alors été interprétées comme une promesse de présence politique durable.
Au fil de 2025, des émissaires et proches du courant auraient poursuivi des contacts politiques et diplomatiques. L’un d’eux, à savoir l’émissaire spécial de M. Hariri, Georges Chaabane, s’était notamment rendu à Moscou, en septembre 2025, pour réaffirmer la position de l’ancien Premier ministre sur le monopole des armes par l’État, ce qui laisserait penser qu’il chercherait à maintenir une forme de visibilité politique indirecte sur la scène internationale.
Dans le même temps, la machine interne du courant du Futur se serait progressivement remise en marche. Des tournées organisées également en 2025, par son secrétaire général Ahmad Hariri, dans plusieurs régions — de la Békaa au Nord — auraient visé à réactiver les réseaux locaux et à préparer la commémoration du 14 février, alors placée sous le slogan «pour les vingt ans, nous revenons sur notre place».
Ces initiatives avaient alors été perçues par les partisans du courant du Futur comme un signal, voire une lueur d’espoir: celui d’un retour qui ne serait pas improvisé, mais préparé avec méthode, selon une approche graduelle et prudente.
Vers un revirement en 2026?
Selon plusieurs informations concordantes, des préparatifs organisationnels et des sondages internes, en vue des législatives de 2026, auraient été menés, révélant une «envie populaire» de voir le courant revenir dans le jeu électoral.
La stratégie qui se dessinerait serait toutefois différente de celle du passé. Si la décision de se lancer dans la bataille électorale était prise, le courant pourrait privilégier des listes composées de personnalités indépendantes ou locales, plutôt que de s’engager dans des alliances partisanes classiques. Cette approche viserait à réintroduire progressivement le courant dans la vie parlementaire sans provoquer de confrontation directe avec les autres forces politiques.
Toutefois, cette participation ne signifierait pas nécessairement un retour personnel et direct de Saad Hariri dans la vie politique. Plusieurs observateurs continueraient d’affirmer qu’il pourrait maintenir une position de retrait officiel, se contentant de superviser à distance la recomposition de son courant, en raison notamment des nombreux obstacles qui continuent de peser sur toute perspective de retour.
Les questions financières et organisationnelles du courant resteraient déterminantes, tout comme la nature des relations avec l’Arabie saoudite, dont le soutien avait longtemps constitué un pilier essentiel de son influence. À partir de 2016, ces liens s’étaient progressivement tendus, Riyad reprochant à Hariri sa prise de position à l’égard du Hezbollah. En 2017, cette rupture avait culminé avec sa détention à Riyad, où il avait été contraint de présenter sa démission du poste de Premier ministre.
Par ailleurs, le paysage politique libanais aurait profondément changé depuis son retrait. De nouvelles figures sunnites auraient tenté de s’imposer localement, essayant même, selon une source proche de Saad Hariri, de s’approprier l’héritage politique et le soutien traditionnel de Riyad, notamment avec l’affaire Abou Omar. Pour rappel, il s’agit d’un scandale politico‑judiciaire qui a secoué le Liban à la fin de 2025 et mis en lumière la fragilité du système politique face aux promesses d’influence extérieure. Il s’agit d’un homme, connu sous le nom d’Abou Omar, qui se serait fait passer, des années durant, pour un prince saoudien influent, offrant à des hommes politiques libanais un soutien de Riyad en échange de paiements ou de promesses de soutien politique.
C’est donc dans ce contexte que le discours du 14 février serait particulièrement scruté. Si une annonce directe de retour resterait peu probable, Saad Hariri pourrait plutôt privilégier une formulation ambiguë, laissant entendre qu’il «accompagnerait» ses partisans sans s’engager explicitement, comme ce fut le cas en 2025. Par ailleurs, la participation du courant du Futur aux prochaines législatives dépendrait, elle, à la fois de l’évolution régionale, de la tenue effective du scrutin et de sa capacité à garantir des conditions politiques favorables.




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