Après le blackout en Iran, l'internet reste très filtré
Blocage d’internet, restrictions partielles et pertes économiques… Les Iraniens font face à un accès instable au web depuis janvier. ©Joe Klamar / AFP

Après une coupure d'internet sans précédent en Iran, imposée par les autorités en janvier face à la vague de contestation, les restrictions ont été assouplies mais l'accès reste fortement limité.

Le blocage a été instauré le soir du 8 janvier, lorsque de nombreux messages en ligne appelaient à rejoindre massivement les manifestations, dont la répression a fait des milliers de morts.

Quelle connexion internet en Iran?

La République islamique a développé au fil des ans une capacité hors du commun de contrôle de son réseau.

Même en temps normal, la navigation sur internet est donc restreinte, l'accès à de nombreux réseaux sociaux – dont Facebook, Instagram, YouTube et X – étant bloqué.

Les Iraniens se sont habitués à ces mesures, qu'ils contournent en ayant recours à des réseaux privés virtuels (VPN).

Mais le 8 janvier, les restrictions sont allées plus loin, en bloquant les VPN et en restreignant davantage encore l'accès à internet.

Des millions d'Iraniens n'ont eu d'autre choix que se tourner vers l'intranet national, lancé en 2016, qui permet d'accéder aux applications et sites internet nationaux, tout en isolant ses utilisateurs du reste de la planète.

Les autorités ont aussi réussi à perturber le fonctionnement des terminaux Starlink, interdits en Iran. Cette technologie permet de se connecter n'importe où à internet via le réseau de satellites de la société américaine SpaceX d'Elon Musk.

L'accès est-il revenu à la normale? 

À partir du 18 janvier, les autorités ont permis un accès limité au moteur de recherche Google et aux services de messagerie, élargissant la liste des sites autorisés, baptisée «liste blanche» par les médias locaux.

Et 10 jours plus tard, la plupart des services VPN étaient de nouveau accessibles mais de manière instable.

Selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, l'accès à internet «reste fortement filtré». La pratique de «la liste blanche et la connectivité intermittente continuent de limiter les contacts des Iraniens avec le monde extérieur», a-t-elle décrit sur X.

Début février, le ministre des Télécommunications Sattar Hashemi confirmait que l'Iran n'était «pas encore revenu aux conditions» de connexion en vigueur avant le 8 janvier.

Quel impact pour l'économie?

La coupure d'internet a lourdement pesé sur l'économie iranienne, déjà fragilisée par les sanctions internationales.

Le secteur du numérique a subi des pertes quotidiennes de près de 2,5 millions d'euros, tandis que l'économie dans son ensemble a enregistré des pertes estimées à près de 30 millions d'euros par jour, selon M. Hashemi.

Le ministre a également mis en garde sur de possibles «conséquences sociales et sécuritaires».

Maintenir cette situation sur le long terme est «techniquement possible», mais engendre des «difficultés qui se cumulent: inefficacité économique, fuite des capitaux, mécontentement social», estime Amir Rashidi, directeur des droits numériques et de la sécurité du groupe Miaan, basé à New York.

Ces dernières semaines, les autorités ont reçu de nombreuses demandes d'entreprises réclamant la levée des restrictions et une indemnisation, selon les médias iraniens.

Amir-Reza, jeune Iranien de 26 ans qui gère un site internet de vente de produits numériques, n'a pas pu reprendre son activité, dit-il à l'AFP.

«La coupure d'internet combinée aux fluctuations du taux de change nous causent des pertes d'au moins 100 millions de tomans (677 euros) par jour», calcule-t-il.

Et pour la vie quotidienne?

Pour l'expert Amir Rashidi, «la prolongation des restrictions risque d'isoler les entreprises, les jeunes actifs et les acteurs de la société civile qui dépendent de l'accès» à internet.

Javaneh, une professeure de yoga, raconte ainsi qu'elle ne peut toujours pas mettre de vidéos en ligne pour ses élèves.

Et pendant la coupure, elle n'a pu contacter que les personnes dont elle avait les numéros de téléphone pour leur proposer des séances en présentiel.

Amin, un traducteur indépendant de 29 ans, décrit un réseau «très instable», notant que même «les VPN payants se déconnectent trop souvent».

«Si je commence à calculer les pertes financières, je risque de faire une crise cardiaque!», confie pour sa part Alma, 26 ans, qui vend des articles en cuir sur internet.

AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire