À l’heure où la sécurité personnelle de l’ayatollah Ali Khamenei est mise à l’épreuve par une conjoncture régionale de plus en plus périlleuse — menaces étrangères, pressions israéliennes, et même les provocations verbales du président américain, Donald Trump, invitant le guide suprême à se «tenir sur ses gardes» — une question s’impose: qui assure la protection de l’homme le plus puissant d’Iran ?
Il faut dire qu’au cœur de l’appareil sécuritaire iranien, certains noms circulent dans l’ombre, sans visage, sans passé public, presque sans existence officielle. Hassan Mashrouhi-Fard est de ceux-là. Un homme que l’on ne voit pas, mais dont la fonction dit tout: protéger, jusqu’au dernier souffle, le guide suprême iranien.
L’homme sans visage
Dans la République islamique, la visibilité est souvent un signe de pouvoir. Pour certains, au contraire, l’invisibilité en est la forme la plus pure. Hassan Mashrouhi-Fard appartient à cette seconde catégorie. Son nom n’apparaît que rarement dans les médias iraniens, et lorsqu’il surgit, c’est sous forme de brèves mentions officielles, sans biographie détaillée, ni parcours public.
De sa personne, une seule photographie officielle circule réellement: celle prise lors de sa nomination à la tête du corps chargé de la protection du guide suprême. Un cliché figé, presque anodin, mais qui suffit à situer le personnage au sommet de la hiérarchie sécuritaire iranienne. Depuis, le silence. Pas d’interview télévisée, pas de déclarations publiques, pas même de présence régulière lors des cérémonies officielles. Dans un système où l’image sert la propagande, cette absence n’est pas un oubli: c’est une méthode.
Gardien du sanctuaire
Hassan Mashrouhi-Fard commande le corps dit Vali-e Amr, l’unité d’élite chargée de la sécurité personnelle de l’ayatollah Ali Khamenei. Créée dans les années 1980, cette structure relève de l’appareil des Gardiens de la révolution et constitue le dernier rempart autour du guide. Sa mission n’est pas seulement protocolaire: elle est existentielle. Assurer la survie du cœur du régime.
Cette unité ne se limite pas à des gardes du corps au sens classique. Elle s’apparente à une forteresse humaine et technologique, composée de milliers d’hommes triés sur le volet, formés à la protection rapprochée, à la contre-ingérence et à la surveillance interne. Sa logique est celle des cercles concentriques: protéger le chef, mais aussi surveiller ceux qui le protègent. Dans ce dispositif, Mashrouhi-Fard occupe ainsi la position la plus sensible: celle de commandant de la dernière ligne de défense.
Un pur produit du contre-espionnage
Avant d’accéder à cette fonction, il aurait fait carrière au sein des structures de contre-espionnage des Gardiens de la révolution. Plusieurs sources concordantes le décrivent comme issu de l’organisation de protection du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), une entité chargée de surveiller… les services eux-mêmes. Une police des polices, au cœur du système sécuritaire iranien.
Ce parcours éclaire sa nomination. Dans un Iran confronté à des infiltrations étrangères répétées, notamment attribuées aux services israéliens, la priorité n’est plus seulement de protéger physiquement le guide suprême iranien, mais de verrouiller l’information, de traquer les fuites et de contrôler les loyautés. Confier la sécurité du chef à un spécialiste du contre-espionnage relève d’une logique de méfiance absolue.
Certaines indications suggèrent d’ailleurs que Mashrouhi-Fard aurait longtemps opéré sous une autre identité au sein de l’appareil sécuritaire, brouillant volontairement les pistes. Dans cet univers, changer de nom est moins une anomalie qu’une précaution.
Une nomination dans un moment de doute
Son arrivée à la tête du corps de protection du guide suprême s’inscrit dans une période de recomposition interne des services de sécurité iraniens. Plusieurs remaniements ont touché, ces dernières années, les structures du renseignement et du contre-espionnage, sur fond de rivalités internes et de préoccupations croissantes face aux opérations clandestines menées sur le territoire iranien.
Dans ce contexte, placer un profil issu du cœur du contre-espionnage à la tête de la garde personnelle du guide traduit une priorité: restaurer l’étanchéité d’un système que les fuites et les attaques ciblées ont fragilisé. Le protecteur doit désormais être aussi enquêteur, analyste, filtre humain. À Téhéran, Hassan Mashrouhi-Fard apparaît ainsi comme l’un des gardiens les plus discrets, et peut-être les plus redoutés, du sanctuaire khameneïste.




Commentaires