La scène politique libanaise s’est longuement attardée sur les «pulvérisateurs de poison» évoqués par le président de la République, le général Joseph Aoun, dénonçant ceux qui portent atteinte à la présidence de la République à l’étranger.
Or, il semble que cette pratique soit devenue une spécialité libanaise. L’expérience montre, depuis la révolte jusqu’à aujourd’hui, que le véritable problème du Liban en matière de réputation internationale provient précisément de ces acteurs, venus de tous bords, qui s’emploient à la ternir.
L’affaire de l’avocat Fawzi Mechleb illustre parfaitement ce phénomène. Considéré comme l’un des relais du Courant patriotique libre pour lancer accusations, polémiques et controverses, notamment contre le ministère de l’Énergie, Mechleb a été poursuivi par le ministre Joe Saddi, non à titre personnel, mais au nom du ministère.
Il lui est reproché d’avoir contacté une banque étrangère pour l’inciter à suspendre des transferts vers le ministère de l’Énergie. Une démarche qui revient, de facto, à provoquer une panne d’électricité généralisée dans le simple but de régler des comptes politiques avec un ministre de l’Énergie affilié aux Forces libanaises.
Cette situation rappelle la période de la crise bancaire après 2019, lorsque les «pulvérisateurs de poison» s’étaient multipliés, s’attaquant à la réputation internationale du Liban et de son secteur bancaire, en tentant de déposer des plaintes à l’étranger, sans se soucier des conséquences potentielles.
Si ces démarches avaient été traitées à la légère, le Liban et ses banques auraient pu être placés sur liste noire, rendant impossible le moindre transfert en dollars pour l’importation du mazout, du blé ou de médicaments. Le pays aurait alors été totalement isolé, uniquement parce que certains cherchaient à régler leurs comptes avec les banques libanaises, en masquant la réalité de la crise et en sapant la confiance internationale, comme s’il s’agissait d’un différend personnel, alors que la crise est, de toute évidence, une crise de gouvernance.
Dans ce contexte, la diffusion de poison à l’étranger n’est plus une simple dérive, mais une véritable problématique nationale qui exige un traitement ferme et urgent. La réputation du Liban à l’étranger ne peut être laissée entre les mains de quelques individus animés par la rancœur, connus pour leurs appartenances et leurs positions, et qui tentent de se venger de leurs adversaires politiques en punissant l’ensemble du peuple libanais.
Imaginons un instant que l’inverse se soit produit lors de l’affaire des navires turcs: si des adversaires du Courant patriotique libre avaient contacté des banques étrangères en évoquant des soupçons de corruption liés à ces navires, poursuivant leurs dénonciations jusqu’au gel des crédits, le discours aurait-il alors été jugé acceptable au nom du positionnement politique?
Mais encore, la diffusion de poison, en tant que telle, n’est-elle pas fondamentalement contraire au principe même de souveraineté?



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