Le désarmement du Hezbollah, la conditionnalité de l’aide américaine et la nécessité d’élargir la stratégie à l’économie et aux réformes politiques ont dominé les débats lundi lors d’une audition consacrée au Liban devant le Congrès américain, où responsables et experts ont évoqué une «fenêtre historique mais limitée» pour restaurer la souveraineté de l’État libanais.
Désarmement du Hezbollah et conditionnalité de l’aide américaine
Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de lier le soutien de Washington à des progrès concrets face au Hezbollah. L’ancien secrétaire d’État adjoint américain pour le Proche-Orient, David Schenker, a affirmé que la formation chiite pro-iranienne «continue de représenter une menace pour les Américains, les Israéliens et les Juifs dans le monde», rappelant son «long historique d’opérations extérieures».
S’il a reconnu que le mouvement avait été récemment affaibli sur le plan militaire, il a jugé que «le processus de désarmement reste très lent et que le gouvernement libanais hésite». Selon lui, «l’aide américaine doit être fondée sur la performance et non sur un soutien ouvert», soulignant que l’armée libanaise demeure «essentielle à la stabilité», mais que son appui doit être «strictement lié à des avancées réelles contre l’influence du Hezbollah».
Dans le même sens, le représentant démocrate Brad Sherman a estimé que la situation actuelle constituait «une occasion historique de désarmer le Hezbollah et de mettre fin à son contrôle sur l’État libanais». Il a appelé à conditionner l’aide américaine à «des résultats tangibles», mettant en garde contre les efforts du mouvement pour «se reconstruire et se réarmer».
Un carrefour stratégique pour le Liban
Le républicain Mike Lawler a pour sa part déclaré que «le Liban se trouve aujourd’hui à un carrefour historique», estimant que le cessez-le-feu conclu en novembre offrait «une opportunité sans précédent pour aider Beyrouth à se libérer de l’influence iranienne et à renforcer sa souveraineté». Il a évoqué la possibilité, à plus long terme, de voir le Liban devenir «un véritable partenaire régional», n’excluant pas son intégration future dans un processus de normalisation, tout en avertissant que cette opportunité «pourrait être perdue si des décisions rapides ne sont pas prises».
Il a toutefois mis en garde contre toute réduction de l’aide sécuritaire à un moment qu’il juge «particulièrement sensible».
Le rôle central de l’économie parallèle et des réseaux financiers
La journaliste et chercheuse Hanin Ghaddar, opposante au Hezbollah et de confession chiite, a déplacé le débat sur le terrain économique. Selon elle, «la puissance du Hezbollah n’est plus seulement militaire, mais repose désormais sur une économie financière parallèle à l’État». Elle a estimé que «tout désarmement échouera s’il ne s’attaque pas d’abord aux réseaux monétaires non régulés qui permettent à la formation de survivre».
Mme Ghaddar a expliqué que le Hezbollah s’était «repositionné au cœur de l’économie du cash après l’effondrement du système bancaire», citant les sociétés de transfert d’argent, les bureaux de change et les marchés informels comme des canaux de financement échappant au contrôle de l’État. Elle a également averti que la reconstruction pourrait devenir «un nouvel outil de financement du mouvement si elle n’est pas strictement encadrée par les institutions officielles».
Au-delà du sécuritaire: élections, réformes et reconstruction
Enfin, Dana Stroul, ancienne responsable du Pentagone pour le Moyen-Orient, a jugé que «le désarmement du Hezbollah, bien qu’indispensable, ne peut constituer à lui seul une stratégie». Selon elle, l’approche américaine doit être élargie pour inclure «les élections, la reconstruction, l’économie et la réforme politique», dans un contexte régional marqué par «un affaiblissement de l’Iran».
Elle a appelé à lier le soutien américain à «la transparence, à la performance et aux réformes», avertissant qu’un retrait ou un vide américain risquerait de «renforcer l’influence du Hezbollah», tout en estimant qu’il existe «une opportunité réaliste d’ouvrir un long processus de désescalade, voire de paix future avec Israël».



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