Iran, incertitudes stratégiques et dynamiques conflictuelles
©Ici Beyrouth

L'Iran demeure un des principaux obstacles à l'instauration d'une paix durable et à la résolution négociée des conflits au Moyen-Orient. Son impérialisme alimente de multiples foyers de tension. Les discussions autour d'une possible confrontation entre les États-Unis, Israël et le régime islamique de Téhéran ne se limitent pas à la sphère iranienne et ont des répercussions sur la stabilisation géopolitique de toute la région. La chute éventuelle du régime iranien et ses conséquences, tant régionales qu’internationales, sont des enjeux cruciaux à examiner. Les calculs géostratégiques portent sur un ensemble complexe de variables interconnectées, influençant la stabilité régionale et les équilibres entre États. Nous assistons à une période de bouleversements qui remet en question les fondements de la géopolitique régionale, la configuration étatique, les perspectives de paix et les récits qui les accompagnent.

Les « théâtres opérationnels intégrés » qui ont permis l'expansion iranienne ne sont pas encore entièrement neutralisés, et les démarches diplomatiques n'ont jusque-là pas réussi à inverser les politiques de déstabilisation ainsi que les cycles de violence qu'elles engendrent. Les objectifs diplomatiques en Iran, au Liban, à Gaza, en Irak et au Yémen sont loin d’être atteints. L'Iran s'efforce de réactiver ses mandataires, de saboter les médiations diplomatiques et de réanimer les dynamiques de conflit, notamment à travers les guerres civiles, le chaos institutionnalisé et la guerre froide renouvelée.

Les récits politiques opposant l'alliance américano-israélienne à l'Iran semblent inévitables, et les bases de toute négociation restent irréconciliables. Il est légitime de se demander s'il existe une possibilité de surmonter les divergences stratégiques et intellectuelles qui rendent ces dilemmes si complexes. La question cruciale est de savoir si ces dilemmes stratégiques peuvent être perçus comme un tout intégré ou s'ils doivent être considérés comme des problèmes distincts. Sur le plan analytique, ces enjeux distincts font partie d'une même trame géostratégique, mais sur le plan opérationnel, ils sont souvent traités séparément. Cependant, la dynamique iranienne reste le fil conducteur des différents enjeux politiques et stratégiques en présence.

Nous considérons le conflit actuel comme une prolongation de la dynamique qui a mené à la dissolution des “plateformes opérationnelles intégrées”. Malgré les obstacles et les dommages infligés à l'expansion iranienne, le régime persiste dans sa politique de sabotage. Il maintient une stratégie de conflits prolongés et de militarisation à outrance des enjeux. Bien que les politiques d’endiguement aient montré une certaine efficacité, elles s'avèrent insuffisantes, surtout dans un contexte où les médiations diplomatiques stagnent, laissant entrevoir un avenir incertain. Le régime iranien continue de jouer la montre, de manœuvrer et de se dérober aux efforts visant à contrer son déclin inéluctable. L’armada dépêchée envoie un message sans ambages au régime iranien, soulignant l’urgence de prendre des engagements tangibles. Dans le cas contraire, le processus se poursuivra afin d'enrayer les effets destructeurs d’une politique de subversion résolue.

La réponse attendue a été très décevante. En effet, le régime a organisé des pogroms d'une ampleur sans précédent (30 000 en deux jours), recouru à un terrorisme incontrôlé et refusé de s'ouvrir à des négociations avec les divers courants d'opposition. Parallèlement à la politique de terreur domestique, la poursuite des objectifs stratégiques et militaires avait repris son cours après les défaites successives du 13 juin 2025. L’intensité des affrontements ne décroît pas de part et d'autre, et la probabilité d’une guerre est prépondérante. La brutalité du régime témoigne à la fois de sa vulnérabilité et de sa légitimité défaillante. L'absence d'un agenda diplomatique cohérent met en lumière son inflexibilité et sa volonté d'arracher des concessions temporaires et de reporter des échéances.

Le régime islamique semble déterminé à poursuivre sa militarisation, notamment en matière balistique et nucléaire, tout en s'engageant dans des conflits par procuration à travers la région. Sa politique s’articule autour d’un axe double, celui de la destruction de l'État d’Israël et de l’éradication de toutes formes d’opposition politique qui remettrait en question sa survie. Aucun de ces objectifs ne s'inscrit dans le cadre d'une diplomatie professionnelle. Le régime iranien s'oppose à la possibilité d'une diplomatie d’urgence, alors que les tensions prolifèrent chaque jour.

Cela dit, il ne faudrait pas oublier qu’avec un régime totalitaire la possibilité même d’une diplomatie de la deuxième voie ou celle d’une diplomatie multilatérale est préemptée au point de départ. Une société civile aussi dynamique et entreprenante, associée au dynamisme d’une diaspora qui lui emboîte le pas, se trouve entièrement reléguée au profit d’une dictature cléricale qui l’a vampirisée. La planification stratégique américano-israélienne cherche à examiner les aléas liés au changement de régime, les impacts d'une transition étroitement encadrée et ses incidences sur la sécurité régionale, notamment en Asie du Sud, en Asie centrale et en Europe.

La prolifération des tensions géopolitiques et l'escalade de la violence interne aggravent les ambiguïtés statutaires du régime iranien et remettent en cause sa légitimité. Le régime s'est engagé dans une épreuve de force ouverte et violente avec la société civile iranienne. Il semble n'avoir d'autre choix que de recourir au terrorisme d’État tout en poursuivant sa politique de déstabilisation régionale. L'Arabie saoudite, les pays du Golfe et la Turquie affichent leur méfiance vis-à-vis des mutations virtuelles et s’inquiètent des réajustements géopolitiques qui pourraient en émaner. Une éventuelle alliance entre les États-Unis, Israël et le nouveau régime en Iran ne serait pas de bon augure. Nous nous trouvons face à une dynamique de changement de régime où les États-Unis et les États régionaux doivent minutieusement examiner les scénarios à venir afin d’éviter les dérapages, les alternatives douteuses et les projections chaotiques en perspective.

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