Face aux pressions américaines, l’axe pro-iranien resserre les rangs
©Ici Beyrouth

L’arrivée, ce lundi, de plusieurs navires de guerre américains aux abords du golfe Persique, dont le porte-avions USS Abraham Lincoln, a accentué la pression sur l’Iran, menacé d’une nouvelle opération militaire américaine.

Selon plusieurs sources de suivi maritime, l’USS Abraham Lincoln aurait ensuite désactivé son système d’identification automatique (AIS), une pratique courante pour les bâtiments militaires opérant dans des zones sensibles, afin de limiter leur traçabilité.

La semaine dernière, le président américain Donald Trump a affirmé que les États-Unis déployaient une «flotte massive» vers l’Iran et le golfe Persique «au cas où», tout en réitérant sa volonté de privilégier un accord diplomatique avec l’Iran plutôt qu’un affrontement direct. Mi-janvier, Trump avait annulé in extremis une intervention dans le pays face à l’ampleur de la répression contre les manifestations.

Pressée tant sur le plan interne qu’externe, la République islamique d’Iran pourrait faire appel, en cas d’attaque significative, à ses alliés de «l’axe de la résistance». Une stratégie qui lui permettrait de multiplier les fronts, accentuant le coût et les difficultés de toute intervention américaine et israélienne, maximisant ainsi ses chances de survie.

De nombreux groupes de l'axe, comme le Hezbollah, les Houthis et le Kataeb Hezbollah irakien, ont réagi aux pressions américaines en réaffirmant leur soutien à Téhéran et leur disposition à intervenir en cas d’agression contre la République islamique.

Hezbollah: des capacités militaires amoindries

Au Liban, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a affirmé lundi dans un discours à l’occasion d’un rassemblement en soutien à l’Iran que le Hezbollah s’estimera «visé» et «concerné» par toute attaque américaine contre l’Iran.

Il a également affirmé que le mouvement était «déterminé à se défendre» et «choisira en temps voulu comment agir, s’il interviendra ou pas», soulignant qu’une «guerre contre l’Iran embraserait cette fois-ci la région». Il a en outre déclaré que des émissaires étrangers avaient été envoyés auprès du mouvement ces deux derniers mois pour tenter d’obtenir «un engagement du Hezbollah à ne pas intervenir» en cas de guerre avec l’Iran.

Bien que profondément affaibli par sa confrontation avec Israël et toujours exposé à des frappes quasi quotidiennes dans le Liban-Sud, le Hezbollah conserve néanmoins des capacités militaires. Mais ces dernières sont très difficiles à évaluer, et les rares estimations restent sujettes à caution.

Selon un rapport daté de janvier du centre de recherche israélien Alma, le rythme de reconstitution militaire du Hezbollah dépasserait «l’ampleur des actions de neutralisation menées par l’armée israélienne». Le rapport affirme ainsi que le mouvement disposerait actuellement d’un arsenal de roquettes et de missiles d’environ 25.000 unités, composé majoritairement de roquettes de courte et moyenne portée. Le Hezbollah posséderait également environ 1.000 drones suicides.

Le rapport estime que l’organisation concentre ses efforts sur la production locale d’armes sur le sol libanais, ainsi que sur la remise en état et la réparation de ses équipements. Le Hezbollah poursuivrait parallèlement les opérations de contrebande d’armes avec un accent particulier sur la voie maritime, en plus du trafic terrestre via la Syrie, malgré les dispositions du gouvernement libanais et du nouveau pouvoir syrien contre ses opérations.

La force combattante du mouvement est estimée entre 40.000 et 50.000 combattants actifs, auxquels s’ajouteraient entre 30.000 et 50.000 réservistes. Son unité d’élite, la force Radwan, compterait actuellement environ 5.000 membres, dont près de 3.000 combattants. En raison des nombreuses frappes israéliennes, le Hezbollah fait face, toujours selon le rapport, à une crise de leadership au sein de ses directions politique et militaire, fragilisant ainsi ses capacités d’action.

Houthis: menace de reprise des attaques en mer Rouge malgré un front intérieur incertain

Au Yémen, les Houthis ont publié lundi une vidéo montrant un navire en flamme, accompagnée du mot «bientôt», suggérant une reprise des attaques en mer Rouge. Selon une source militaire houthie, le groupe n'autorisera aucun navire de guerre ou porte-avions américain à s'approcher de la mer Rouge et de la mer d'Arabie, considérant cela comme une menace directe pour le Yémen.

Les Houthis ont entamé ces derniers jours de nombreux exercices militaires et auraient reçu, selon Middle East Monitor, des instructions des Gardiens de la révolution islamique les appelant à se préparer à de potentielles nouvelles offensives en mer Rouge. Ainsi, le mouvement mènerait depuis plusieurs jours des opérations de recrutement à grande échelle.

Cependant, le soutien houthi à l’Iran pourrait être entravé par un renouveau des combats sur la scène locale. En effet, après l’effondrement du Conseil de transition du Sud (CTS), le Conseil présidentiel de direction (CPD) soutenu par l’Arabie saoudite pourrait décider de lancer une large offensive contre le groupe.

Alors que le conflit est largement gelé depuis 2022 et que les Houthis contrôlent toujours la capitale Sanaa, le président du CPD, Rashad al-Alimi, a déclaré sa volonté à terme de vaincre les Houthis et de reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire yéménite.

Néanmoins, une victoire éclair du camp loyaliste reste peu probable, alors que les Houthis ont résisté depuis 2023 aux attaques menées par les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël, après avoir déjà tenu tête à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite.

S’il reste très difficile d’établir une estimation claire de l’arsenal militaire houthi et d’évaluer les effets des attaques américaines et israéliennes sur leurs équipements, il est certain que le groupe conserve une capacité de frappe, notamment en mer Rouge.

Avant le début de la guerre, la CIA estimait que le groupe comptait environ 200.000 combattants. Ils peuvent également agir sur terre, sur mer et dans les airs grâce à un arsenal très développé de missiles, chars, bateaux rapides et drones, en grande partie de production locale.

Milices irakiennes: promesse de riposte régionale en cas d’attaque contre l’Iran

En Irak, certaines milices pro-iraniennes du Hachd al-Chaabi, une coalition paramilitaire de milices formée en 2014 contre l’État islamique, ont également affirmé leur soutien à l’Iran.

Le secrétaire général du Kataeb Hezbollah, Abou Hussein al-Hamidawi a publié un communiqué, dimanche soir, appelant ses combattants à se préparer à ce qu’il a décrit comme «une guerre totale» en soutien à l’Iran. «Nous insistons sur le fait que les forces de l’axe doivent soutenir l’Iran et l’aider par tous les moyens possibles», a-t-il déclaré.

Al-Hamidawi a souligné qu’une guerre contre l’Iran «ne serait pas une partie de plaisir» pour ses ennemis, ajoutant que «vous goûterez au contraire aux formes de mort les plus amères, et il ne restera plus rien de vous dans notre région».

Parallèlement, Firas al-Yasser, membre du bureau politique du Harakat Hezbollah al-Nujaba, a déclaré lundi auprès de Shafaq News que «les factions de la résistance» n’attendront pas que les hostilités atteignent le territoire irakien pour participer à toute riposte à une attaque contre l’Iran. Il a estimé qu’une frappe contre l’Iran «plongerait la région dans une confrontation plus large impliquant les États du Golfe et l'Irak», et que la riposte iranienne serait «non conventionnelle quant aux cibles ou bases militaires visées».

Il a également affirmé que les «groupes de résistance armés irakiens joueraient un rôle central dans la défense de la sécurité et de la stabilité régionales», arguant qu'un affaiblissement de l'Iran servirait de prélude à de futures attaques contre l'Irak.

De son côté, le bureau central de l’orientation idéologique de l’organisation Badr a affirmé, lundi, que les menaces américaines contre l’Iran constituent «une bataille existentielle entre le camp du bien et celui du mal». L’organisation a déclaré son soutien à la République islamique «face à l’arrogance américano-israélienne», qui vise «à affaiblir l’axe de la résistance et à briser la volonté des peuples libres». Il a conclu en affirmant qu’il «n’y a pas de place pour la neutralité, l’hésitation ou le silence».

Les effectifs de ces mouvements sont assez mal connus et mouvants. En effet, selon les estimations, le Kataeb Hezbollah compterait entre 3.000 et 30.000 hommes, ceux du Harakat Hezbollah al-Nujaba entre 4.000 et 7.000 et ceux de l’organisation Badr entre 10.000 et 50.000.


Ainsi, si la guerre a porté un coup certain à l’Iran et à ses alliés, ces derniers conservent cependant des capacités militaires réelles. Mais l’évolution vers une guerre régionale et l’implication de tous ces acteurs restent conditionnées à une large opération militaire américaine ou israélienne contre l’Iran, menaçant la survie de la République islamique. Reste à savoir si les États-Unis et leur allié israélien seront prêts à une telle extrémité.

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