Une intensification anormale des contacts diplomatiques. Des appels et des déplacements ciblant des acteurs tous capables d’influencer Washington. Face aux menaces militaires américaines et à un isolement international croissant, Téhéran multiplie les démarches régionales pour tenter de désamorcer une escalade qu’il redoute, sans jamais l’admettre publiquement.
Depuis plusieurs jours, la diplomatie iranienne s’active à un rythme inhabituel. Au sommet de l’État comme au ministère des Affaires étrangères, les échanges se multiplient avec des capitales régionales clés, toutes en mesure, ou presque, de parler à Washington ou d’en influencer les choix.
Mardi, le président iranien Masoud Pezeshkian s’est entretenu par téléphone avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, allié central des États-Unis dans la région. Un échange intervenu quelques heures après que le président américain Donald Trump s’est prévalu de l’envoi d’une «armada» dans le Golfe et a de nouveau brandi la menace d’une intervention militaire.
Officiellement, Téhéran affiche la fermeté. Masoud Pezeshkian a dénoncé des menaces américaines destinées, selon lui, à perturber la sécurité régionale et à nourrir l’instabilité. Dans le même temps, l’Iran assure qu’il saura répondre à toute attaque, tout en rejetant la responsabilité des tensions sur les États-Unis.
Mais derrière ce discours de force, la mécanique diplomatique raconte une autre histoire. Le même jour, l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani, s’est lui aussi entretenu par téléphone avec le président iranien. Officiellement, les deux dirigeants ont évoqué les relations bilatérales et souligné l’importance du dialogue et de la diplomatie pour réduire les tensions et promouvoir la stabilité régionale. Une formulation convenue, mais révélatrice du rôle de Doha comme canal discret entre Téhéran et l’Occident.
Dans le même temps, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghtchi est en Turquie ce vendredi pour des discussions avec son homologue Hakan Fidan. Ankara, membre de l’OTAN et voisin direct de l’Iran, a déjà fait savoir son opposition à toute intervention militaire étrangère et sa disponibilité à faciliter une désescalade avec Washington.
Pris ensemble, ces contacts dessinent une diplomatie tous azimuts, tournée vers des partenaires régionaux capables de parler aux États-Unis.
Sans jamais demander explicitement une médiation ni reconnaître une position de faiblesse, Téhéran frappe aux portes régionales pour tenter d’influencer Washington sans jamais l’admettre publiquement.
Une posture que certains diplomates et observateurs décrivent comme une forme de mendicité diplomatique. Non pas une demande d’aide financière ou politique assumée, mais une dépendance croissante à des intermédiaires, imposée par l’absence de canal direct avec les États-Unis et par la crainte d’une escalade militaire imminente.
Cette offensive diplomatique intervient dans un contexte international de plus en plus défavorable pour l’Iran. Jeudi, l’Union européenne a franchi un nouveau cap en classant le Corps des Gardiens de la Révolution islamique sur sa liste des organisations terroristes, renforçant un peu plus l’isolement de Téhéran sur la scène internationale.
Cette diplomatie indirecte pourrait porter ses fruits, mais la menace d’une action militaire américaine demeure, et le calendrier d’une éventuelle frappe reste volontairement flou.
Les capitales sollicitées par Téhéran peuvent en effet disposer d’une influence suffisante pour freiner une escalade. Mais avec Trump, tout peut basculer d’une minute à l’autre.



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