Un mois après le déclenchement d’un vaste mouvement de contestation en Iran, la relation déjà explosive entre Washington et Téhéran est entrée dans une phase de tension aiguë. Les menaces répétées du président américain Donald Trump à l’égard du régime iranien, combinées à un redéploiement militaire américain dans la région, alimentent les spéculations sur une possible escalade, directe ou indirecte. Si la guerre ouverte reste évitée pour l’instant, les scénarios possibles dessinent une gamme d’options de plus en plus risquées.
Un contexte interne iranien de vulnérabilité extrême
Selon l’Institute for National Security Studies (INSS), les manifestations constituent le défi interne le plus grave auquel la République islamique ait été confrontée depuis sa création. La contestation, initialement partie des bazars de Téhéran, s’est étendue à l’ensemble des 31 provinces du pays, sur fond d’effondrement du rial, d’inflation galopante, de pénuries d’énergie et d’eau et d’un pouvoir d’achat en chute libre.
Cette fragilité interne est accentuée par l’affaiblissement de l’«axe de la résistance», sévèrement touché par les affrontements régionaux de 2024 et 2025, ainsi que par les frappes israéliennes de juin 2025 lors de la «guerre de douze jours».
C’est dans ce contexte que Donald Trump a multiplié les déclarations publiques, affirmant que les États-Unis viendraient «au secours» des manifestants iraniens si la répression se poursuivait. Des propos qui, selon l’INSS et l’Atlantic Council, ont contribué à renforcer la perception à Téhéran d’un risque réel d’intervention américaine.
Le signal militaire américain
La dimension militaire de la crise s’est matérialisée par le déploiement du groupe aéronaval de l’USS Abraham Lincoln vers le Moyen-Orient. D’après le Long War Journal, ce renforcement inclut un porte-avions, plusieurs destroyers et des milliers de militaires, venant s’ajouter aux forces déjà présentes dans le Golfe, notamment à Bahreïn et au Qatar.
Officiellement, cette posture vise à dissuader toute action iranienne contre les intérêts américains et à offrir à la Maison-Blanche une plus grande marge de manœuvre opérationnelle. Pour l’Atlantic Council, la présence du porte-avions remplit une double fonction : améliorer les capacités défensives américaines face à une éventuelle riposte iranienne et exercer une pression psychologique sur les dirigeants de la République islamique, conscients que toute escalade pourrait entraîner une réponse plus lourde encore.
Cette concentration de forces près des côtes iraniennes accroît le risque que la décision américaine de frapper repose autant sur la nécessité stratégique que sur la dynamique politique interne aux États-Unis, notamment la volonté de Trump de ne pas « perdre la face ».
Les options américaines : du symbole à la coercition
Les analyses de l’Atlantic Council et de l’INSS convergent sur un point : Washington dispose d’un éventail d’options, mais aucune n’est dénuée de risques.
Le scénario le plus limité serait celui de frappes symboliques, visant des cibles militaires ou liées aux programmes nucléaire et balistique iraniens. Une telle action permettrait au président américain de crédibiliser ses menaces sans s’engager dans une campagne prolongée, mais elle aurait peu d’impact direct sur la situation des manifestants.
Un second scénario consisterait à cibler plus directement l’appareil de répression, notamment les Gardiens de la révolution, le Basij ou des responsables sécuritaires de haut rang. Cette option, plus alignée sur la rhétorique de soutien aux manifestants, pourrait toutefois provoquer une réaction iranienne plus marquée et ouvrir une dynamique d’escalade difficile à contrôler.
Enfin, des frappes plus larges sur des capacités militaires stratégiques, comme les missiles balistiques, les infrastructures nucléaires et certaines installations critiques, sont également envisagées. Selon l’INSS, ce type d’action augmenterait considérablement les risques d’un conflit régional tout en réduisant la capacité de nuisance de l’Iran à moyen terme.
Les réponses iraniennes : une boîte à outils limitée mais dangereuse
Face à ces menaces, Téhéran dispose d’options de riposte réelles, mais potentiellement destructrices pour le régime lui-même. Une attaque contre des bases américaines dans le Golfe reste envisageable, utilisant missiles, drones et munitions furtives, mais elle pourrait provoquer une réponse massive des États-Unis.
Une attaque contre Israël, même limitée, pourrait démontrer la capacité de représailles iranienne tout en évitant un affrontement frontal avec Washington. Cela risquerait toutefois d’entraîner une riposte israélienne sévère et d’impliquer le Hezbollah, malgré son affaiblissement récent.
La fermeture du détroit d’Hormuz constitue le levier le plus radical, menaçant un quart du commerce pétrolier mondial et internationalisant immédiatement le conflit. La BBC précise que l’Iran pourrait aussi recourir à des mines maritimes ou à des attaques asymétriques contre la marine américaine, bien que ces scénarios soient considérés comme moins probables mais potentiellement très perturbateurs.
Enfin, une issue diplomatique reste possible. Téhéran pourrait reprendre les discussions sur le nucléaire, mais les concessions exigées par Washington, notamment l’arrêt de l’enrichissement et des limitations sur les missiles balistiques, semblent difficiles à accepter pour le guide suprême Ali Khamenei. La BBC évoque le «modèle vénézuélien», où une action rapide américaine pourrait modérer les politiques sans renverser complètement le régime.
Un équilibre instable mais pas inévitablement fatal
Aucune des sources ne conclut à l’inéluctabilité d’une guerre ouverte. L’INSS estime toutefois que la probabilité d’une action militaire américaine a augmenté, tandis que celle d’une désescalade sans recours à la force a diminué.
Les scénarios possibles soulignent la diversité des issues possibles : de frappes limitées à des représailles iraniennes majeures, jusqu’à un effondrement partiel ou total du régime.
L’expérience historique suggère que même une intervention bien planifiée peut déboucher sur des conséquences imprévisibles, allant de la modération du régime à l’émergence du chaos ou d’un gouvernement militaire.
Dans cet équilibre instable, la crise illustre moins une marche vers la guerre qu’un exercice complexe de dissuasion, où chaque acteur tente de maximiser ses gains sans franchir un seuil irréversible. La suite dépendra autant des dynamiques internes iraniennes que des calculs stratégiques américains, et de la capacité des alliés régionaux à contenir ou exploiter la crise.




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