L'euro dépasse le seuil de 1,20 dollar: quelles conséquences?
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Catapulté par une présidence Trump qui affole les marchés et plombe le billet vert, l'euro a franchi mardi le seuil de 1,20 dollar pour la première fois depuis quatre ans et demi.

Le déclencheur a été l'indifférence exprimée mardi par Donald Trump vis-à-vis de la chute de la devise américaine, le chef d'État estimant que «le dollar se porte très bien».

Lancée en 1999 à 1,17 dollar, la monnaie unique européenne était montée jusqu'à un record à plus de 1,60 dollar lors de la crise des subprimes de 2008, qui avait affaibli la monnaie américaine, avant de redescendre.

L'euro n'avait pas repassé le seuil de 1,20 dollar depuis 2021, lorsque les économies européennes bénéficiaient du soutien des politiques publiques durant la période de la pandémie de Covid-19.

Entre gain de pouvoir d'achat pour les ménages de la zone euro mais difficultés pour ses exportateurs, un euro fort fait des gagnants mais aussi des perdants.

«Bonne nouvelle pour les ménages européens»

Une grande partie des produits importés dans la zone euro le sont en dollars, le pétrole et les matières premières étant généralement libellés dans la devise américaine.

Un euro plus fort soutient donc «le pouvoir d'achat des ménages européens, favorisant la consommation et le tourisme à l'étranger», explique John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement chez Cité Gestion Private Bank.

À l'inverse, les Américains perdent au change lors de leurs voyages en zone euro ou lorsqu'ils importent des produits européens, d'autant plus chers s'ils sont soumis à des surtaxes supplémentaires imposées par l'administration Trump.

«Un euro fort est une bonne nouvelle pour les entreprises importatrices européennes, en particulier dans la chimie, la construction, l'aérien ou les secteurs fortement consommateurs d'énergie et de matières premières», ajoute l'analyste.

«Coup dur à l'export»

«En revanche, c'est un vent contraire pour les exportateurs, notamment l'automobile, la mécanique et les biens d'équipement», note M. Plassard.

C'est aussi un frein «pour les groupes du luxe comme LVMH, déjà confrontés à une baisse de la demande», note Kathleen Brooks, analyste pour XTB.

L'Allemagne et son industrie exportatrice sont particulièrement vulnérables. Les entreprises de l'UE subissent déjà l'accord scellé en juillet dernier avec les États-Unis, qui impose des droits de douane de 15% à leurs importations sur le territoire américain.

À contrario, en rendant les importations plus abordables et en tirant l'inflation vers le bas, l'appréciation de l'euro pourrait encourager la Banque centrale européenne à de nouvelles baisses de taux, ouvrant la voie à des crédits plus avantageux pour les Européens.

«Une place à prendre?»

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a affirmé qu'il ne fallait «pas être naïfs» en croyant que «l'euro remplacera bientôt le dollar».

Mais sans supplanter le billet vert comme devise de référence dans les échanges internationaux et comme réserve de valeur, l'euro gagne en attractivité, et avec lui la dette européenne.

Les États européens pourraient alors profiter du «privilège exorbitant» jusqu'ici réservé aux États-Unis, expression de l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing désignant la position dominante du billet vert.

Mais pour Ipek Ozkardeskaya, de Swissquote Bank, interrogée par l'AFP, «la montée du populisme compromet la discipline budgétaire» et reste un «obstacle à l'essor de l'euro», les investisseurs préférant alors des actifs tangibles comme les matières premières.

«Comment expliquer la hausse de l'euro?»

Il y a un an, l'euro avait frôlé la parité avec un dollar dopé par la perspective que les droits de douane promis par Donald Trump fassent grimper l'inflation aux États-Unis.

Mais depuis son investiture, la monnaie unique européenne est remontée de 15% face au dollar.

Les investisseurs sont rebutés par une politique changeante, faite de menaces militaires et douanières, de revirements incessants et de pressions sur la Réserve fédérale pour qu'elle abaisse ses taux, menaçant son indépendance.

La politique intérieure contestée de M. Trump — en particulier après la mort d'un second citoyen américain tué par un agent fédéral de l'immigration — fait en outre planer la menace d'une nouvelle paralysie budgétaire.

«À l'inverse, l'Europe apparaît comme une zone de relative stabilité institutionnelle», explique John Plassard.

AFP

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