Les marchés mondiaux digèrent lundi le revers majeur infligé vendredi par la Cour suprême des États-Unis à la politique agressive de droits de douane de Donald Trump, jugée en grande partie illégale, replaçant l’incertitude douanière au premier plan des préoccupations.
Les précieux montent
«L’or et l’argent progressent depuis que les droits de douane sont revenus à la une des médias», et après une forte correction plus tôt dans le mois, note Ipek Ozkardeskaya.
Vers 08H15 GMT, l’once d’or prenait 0,58% à 5.107,45 dollars et celle d’argent 1,63% à 84,6470 dollars.
«L’incertitude entourant la politique commerciale américaine et la faiblesse du dollar renforcent la demande pour les valeurs refuges», explique Soojin Kim, analyste chez MUFG.
Sur le marché des changes, le dollar perdait 0,28% face à la monnaie unique, à 1,1817 dollar pour un euro.
Vendredi, le rendement de l’emprunt américain à échéance de 10 ans a légèrement augmenté, sur fond d’inquiétudes concernant un éventuel remboursement de droits de douane qui n’auraient jamais dû être perçus, ce qui alourdirait la dette américaine, désormais proche des 39.000 milliards de dollars. Vers 08H15 GMT, il se détendait à 4,07%, contre 4,08% vendredi à la clôture.
Le pétrole flanche
Les prix du pétrole baissent, les investisseurs évaluant la possibilité d’une reprise des négociations diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran malgré les déploiements militaires en cours au Moyen-Orient.
Alors que Donald Trump a indiqué envisager une frappe limitée, des responsables iraniens ont affiché leur optimisme quant à la possibilité d’une solution diplomatique «gagnant-gagnant», avec de nouvelles discussions prévues à Genève.
Vers 08H15 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord perdait 0,85% à 71,15 dollars, et celui de son équivalent américain, le WTI cédait 0,92% à 65,87 dollars.
Les Bourses hésitent entre prudence et optimisme
Dans les premiers échanges européens, la Bourse de Paris perdait 0,28%, Francfort 0,70% et Londres 0,19%.
L’Asie se montrait plus optimiste. Dans les derniers échanges, la Bourse de Hong Kong progressait de 2,53%, et à Séoul, l’indice Kospi a gagné 0,65%.
Les Bourses de Shenzhen et Shanghai, fermées depuis le 13 février, rouvriront mardi. La Bourse de Tokyo était également fermée en raison d’un jour férié.
Vendredi, la Cour suprême des États-Unis a jugé que Donald Trump avait outrepassé ses pouvoirs en imposant des droits de douane sur de nombreux produits entrant aux États-Unis, infligeant un sérieux revers au président américain sur un élément central de son programme économique.
En réponse, Donald Trump a annoncé avoir signé un décret imposant une nouvelle taxe douanière mondiale de 10%, avant de porter samedi ces nouveaux droits de douane à 15% «avec effet immédiat».
«Cela laisse subsister un niveau d’incertitude important, même si les marchés avaient initialement salué vendredi la clarté de taxes limitées à seulement 10%», commente Jim Reid, économiste à la Deutsche Bank.
«À plus long terme, la réalité est que le droit de 15% ne peut rester en vigueur que 150 jours (jusqu’à fin juillet), après quoi une approbation du Congrès serait nécessaire pour le prolonger», relève-t-il.
«Personne ne sait ce qui va suivre», résume Ipek Ozkardeskaya. «La Maison Blanche a affirmé que les accords bilatéraux déjà conclus restaient valables, mais personne ne comprend comment les partenaires commerciaux pourraient se voir imposer 15% supplémentaires tout en conservant leurs accords initiaux.»
«Il n’y a pas non plus de clarté quant à la question de savoir si, et comment, les États-Unis rembourseront les entreprises soumises illégalement aux droits de douane», poursuit-elle.
«C’est le chaos tarifaire total de la part de l’administration américaine. Personne n’y comprend plus rien», a écrit l’eurodéputé social-démocrate allemand Bernd Lange sur son compte X.
La Commission européenne a exigé dimanche «des éclaircissements complets sur les mesures que les États-Unis ont l’intention de prendre».
Au-delà des droits de douane, la semaine sera également marquée par des développements géopolitiques, avec un nouveau cycle de discussions États-Unis–Iran prévu jeudi à Genève autour d’un potentiel accord sur le nucléaire iranien.
Côté publications d’entreprises, les investisseurs prêteront attention mercredi aux résultats du mastodonte américain des puces Nvidia.
AFP



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